Emmanuelle Bercot signe encore une nouvelle fois un film très fort émotionnellement. Difficile de ne pas laisser couler quelques larmes devant cette histoire qui, si elle ne nous touche pas (encore) directement, fait plus probablement résonner des souvenirs de situations de proches s'étant retrouver dans la même situation.
C'est poignant, extrêmement touchant et bienveillant. La force du film repose sur le duo d'acteur Catherine Deneuve et Benoit Magimel. Mais je dirai même sur le trio d'acteurs, car le Docteur Gabriel Sara jouant son propre rôle, est absolument incroyablement humain, authentique, naturel et rassurant. On ne dirait pas qu'il n'est pas acteur professionnel. Puis il est vraiment intéressant de découvrir sa méthode de travail, envers sa propre équipe d'une part, mais aussi envers les malades et leurs proches. Car c'est ça qui est très pertinent dans le film, c'est qu'il s'attarde à la fois sur les sentiments et détresse du malade en déperdition mais aussi de celle de ses proches qui assistent impuissants à l'inexorable fin de la personne aimée. Et l'accent donné à la façon dont il s'exprime, dans le choix de ses mots, la façon dont il pèse chaque mot pour rester toujours dans la bienveillance et l'accompagnement du malade pour l'aider à faire face à la réalité. J'ai adoré la métaphore utilisée de devoir "ranger le bureau de sa vie avant de partir". Très beau.
Catherine Deneuve est magnifique malgré les évènements ayant touchés sa propre santé durant le tournage. Benoit Magimel délivre ici une de ses plus belles prestations de ces dernières années (moi qui suis pas un grand fan), il est ici toujours juste et sur le fil dans l'équilibre des émotions, sans trop en faire qui serait contre-productif et trop larmoyant. Il m'a semblé vraiment dans le bon rythme et les bonnes intentions tout du long, superbe direction d'acteurs de la réalisatrice. Il a également dû faire un régime pour perdre des dizaines de kilos, et ce à 3 reprises car il y a eu des interruptions de tournage à cause du COVID. C'est vraiment un gros travail sur le personnage qui a été fait par Benoit Magimel, qui lui ouvre très probablement les portes d'une nomination aux Cesars pour ce rôle.
J'ai également aimé que quasiment tout le personnel hospitalier que l'on voit dans le film jouent leur propre rôle. Cela apporte un vrai cachet de réalisme (alors que la situation réelle des hôpitaux n'apparait pas dans ce film).
Le seul bémol que je mettrais, c'est sur la relation entre Benjamin et Eugénie, l'assistante du docteur, qui m'a semblé un peu brutale, mal amenée car super rapide. Et qui me semble un peu facilement provoquée et acceptée alors que la barrière entre un patient et son infirmière est tout de même l'une des bases et grandes barrières à ne pas franchir déontologiquement. Je ne dis pas que ça n'existe pas ou ne doit pas exister, mais dans le film, c'est trop vite amené. On y croit même pas émotionnellement. C'est un détail mais qui gâche un peu le bon déroulé des autres arcs narratifs des personnages. Comme la relation qu'entretient Benjamin, prof, et sa bande de comédiens, que j'ai trouvé vraiment super touchant et mieux écrit.
En tout cas un très beau film qui porte un véritable regard humain et réconfortant sur les malades en fin de vie. Une vision saine du corps médical qui a le temps, qui prends le temps. Vision qui n'est malheureusement pas celle de nos gouvernements successifs, à la vue de la précarité et manque de moyens de plus en plus effroyables dans les hôpitaux.