Bien que l'Homme soit une espèce douée de parole, à certains niveaux il lui devient parfois complexe, voir impossible de communiquer. Ce film en témoigne, puis propose des solutions, les personnages tâtonnants, découvrants tant bien que mal ces solutions, apprennent à communiquer avec bienveillance et sincérité.
Nous assistons presque à un La Guerre du Feu de la parole, où l'Homme au lieu d'apprendre à faire du feu, apprend à communiquer, et le spectateur est touché lorsqu'il voit son sapiens sapiens parvenir -- enfin -- à ladite chose. Ce n'est sans doute pas un hasard si la scène culminante du film prend place dans un décor préhistorique, aux lianes et fougères, chapeautée des cris tout aussi archaïques des protagonistes. Cris d'une délivrance, lorsque la parole est enfin acquise.
Que le noir et blanc du film ne nous trompe pas, il est en réalité riche en ingéniosités. Ingéniosités principalement dans les exercices et solutions proposées dans le but de communiquer, et délier des blocages émotionnels.
Par exemple la profession de Johnny n'est pas arbitraire, il enregistre le son. Cela lui permet de créer une passerelle, une facilité entre la parole émise, son enregistrement, et sa rediffusion à l'ouïe de la personne concernée. Le jeune garçon Jessie s'exprimera à propos de son oncle en s'enregistrant, et ne sera entendu par son destinataire que bien après, ce qui facilite pour les deux interlocuteurs à la fois la parole, et l'écoute. Une bonne partie du poids émotionnel est relayée dans le dispositif d'enregistrement. Voici ce que j'appelle l'ingéniosité du film dans le but de faire communiquer ses personnages.
Souvent aussi, Jessie "joue un jeu" dans lequel il est un orphelin, et va parler de sa mère (pas si) imaginaire. L'enfant déplace le tabou de l'expression de ses sentiments, en en faisant une soi-disant fiction où il énumère enfin les qualités tant chéries de sa précieuse mère.
En somme, bien souvent les personnages trouveront la communication au moyen de "jeux", "d'exercices"; la trivialité de la chose permet encore une fois un détachement du sujet réel, tout-en le traitant réellement, et cela soulage de bien de l'orgueil, de la fierté, de la timidité..
Avant d'être une leçon pour une mère, un jeune garçon et un journaliste, c'est avant tout une leçon pour le spectateur, qui ne pourra plus prétexter qu'il n'a pas apprit à s'exprimer !