Curieux film. Son titre d’abord, « Rien à foutre ». On pourrait croire que c’est l’état d’esprit de l’héroïne, hôtesse de l’air dans une compagnie low-cost. Pas du tout, elle est au contraire consciencieuse et avenante, à défaut d’être nécessairement très motivée et ambitieuse. Faut-dire qu’elle a récemment perdu sa mère accidentellement, ce qui a accentué son spleen latent et une certaine nonchalance. Elle balade son ennui aux quatre coins de l’Europe, entre les chambres d’hôtel minuscules, les rencontres d’un jour sur les messageries et les sorties en boîte où l’on noie son désœuvrement dans le bruit et l’alcool. Enfin, une vie pas bien passionnante malgré tout !
Et le spectateur est invité pendant toute la première partie du film à suivre les pérégrinations de la jeune femme un peu comme dans un documentaire sur la vie peu enthousiasmante des hôtesses de l’air des compagnies à bas coût. Cela se laisse regarder, même si on ne vient pas nécessairement au cinéma pour cela. Et Adèle Exarchopoulos est l’élément clé expliquant la grande mansuétude du spectateur. Elle est de tous les plans et le sourire est de cette excellente comédienne est vraiment craquant. On la verra, dans la deuxième partie du film, retrouver sa famille, sa sœur et son père, en Belgique, avant dans une troisième et dernière partie du film, rejoindre Dubaï pour occuper un nouvel emploi dans une compagnie aérienne plus huppée. Occasion pour les réalisateurs de nous offrir un nouveau petit documentaire sur les ors et les lumières de ces pétro-villes qui n’ont à offrir pour toute culture que celle du fric.
En fait, le « rien à foutre » est celui des réalisateurs, si l’on peut qualifier ainsi les auteurs de ce film-documentaire. Aucune construction de l’histoire présentée en trois épisodes chronologiques, une caméra à l’épaule pour faire croire au mouvement lorsque l’intrigue est au repos, longs plans fixes lorsque l’on veut simuler l’ennui, c’est plutôt réussi de ce côté là mais dangereux car on risque de perdre le spectateur indolent. Soit les réalisateurs sont des débutants qui veulent faire comme les grands mais ne maîtrisent encore pas toute la construction d’un vrai film, soit c’est du post-réalisme belge, mais si c’est le cas, cela fiche un peu le seum (belge aussi, bien entendu) !