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Ray M.
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3,0
Publiée le 26 janvier 2022
Le titre prête à confusion, des gens ordinaires dans une famille ordinaire qui gèrent des situations ordinaires dans notre monde mais avec des acteurs extraordinaires de vérité.
Une heure trente six , pendant laquelle, je vis le moment d'une pure et simple incarcération . Tous les protagonistes sont, en effet, pris dans une espèce d'enfermement systémique , prisonniers du système, ils le sont et chaque détail ajoute à la souffrance. Spectatrice, je ressens une espèce d'aspiration dans un gouffre , une oppression ,je compatis avec les personnages de cette douloureuse comédie humaine , celle du managment , de la rentabilité à tous prix, de la performance quoiqu'il en coûte .Mais , comme on l'entend parfois , il n'y a pas seulement les chiffres , il y a des hommes et des femmes .Rappel salutaire ... Le Minotaure , comme le dit un de mes amis, est difficile à combattre , impossible même. Il a raison. L'autre monde, c'est , en général, le terme qui désigne le monde des morts, ici , l'on peut penser qu'il est celui auquel l'on aspirerait , un monde meilleur, lorsque celui , où nous vivons , soumis, ressemble à la mort.Le risque de mort symbolique est en effet , l'un des acteurs principaux, si l'on veut bien lire entre les lignes de l'écriture cinématographique.. Sauf lorsque l'amour l'emporte...Le titre du film est en effet problématique . Il nous invite à penser .Les acteurs , Vincent Lindon et Sandrine Kimberlain remplissent parfaitement leur rôle , sensibles ils le sont , et leur fils de cinéma , l'enfant symptôme , admirablement joué par Anthony Bajon paraît trouver son salut à la fin des comptes....Marie Drucker tient sa place , impeccable dans l'implacable exigence managériale.Que Stéphane Brizé soit ici remercié pour ce film puissant qui ,à bien des égards ,frôle les cinq étoiles, et emporte mon adhésion .
Avec Un autre monde, Stéphane Brizé clôt une trilogie entamée avec La loi du marché et poursuivie avec En guerre, toujours accompagné d'un Vincent Lindon investi comme jamais. Un autre monde est un portrait de dirigeant d'entreprise, ou plutôt d'un exécutant des directives d'un groupe américain, dans une vision juste et glacée d'une machine à broyer les humains, à savoir le capitalisme. Le film, dans sa structure très sèche, fait alterner scènes des vies professionnelle et privée de son personnage principal, sans qu'aucune ne réponde directement à la précédente, les informations ne nous étant communiquées que dans un plan ultérieur. Ce montage, qui peut sembler abrupt de prime abord, est la source de l'efficacité d'Un autre monde, nous obligeant sans cesse à l'attention du moment présent. Force est de constater que les séquences consacrées à la famille du héros sont relativement peu nombreuses (c'est dommage pour Sandrine Kiberlain, que l'on aurait aimé voir davantage) comparées aux passages dévolus aux séances de travail, au plus haut niveau. Ce sont ceux-ci les plus passionnants, lourds d'un cynisme effarant, plus on monte dans la hiérarchie. A ce propos, il convient de souligner la formidable prestation de Marie Drucker, plus que crédible dans un rôle terrifiant. Quant à Vincent Lindon , que dire d'autre sinon qu'il est parfait, comme d'habitude.
Ce nouveau film de Stéphane BRIZE est tout à fait dans la lignée de ces précédentes réalisations. Là encore, c’est le thème du travail avec le monde de l’entreprise et ses problèmes humains qui est évoqué. Dans ce film très réussi, on y trouve un Vincent LINDON en chef d’entreprise bouleversant de sincérité face à sa propre hiérarchie impitoyable. Le monde de l’entreprise traité dans ce film est en effet d’une cruelle réalité avec les conséquences humaines qui en découlent et c’est fort bien démontré dans ce film.