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Kinopoivre
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1,0
Publiée le 30 octobre 2013
TOUS les films de Resnais sont d'un chiant qui dépassent largement la moyenne. Mais il est convenu de le considérer comme un génie. La chose n'est pas rare, on fait pareil avec Tarantino, Kechiche, Scorsese, les frères Coen, Malick, Bergman, Bertolucci, Garrel, Breillat et un tas d'autres.
Qui a vu "L'année dernière à Marienbad" comprendra ce que je veux dire.
Pièce maitresse du travail fait par Resnais dans son étude cinématographique du lien flou entre la réalité et l’imaginaire, Providence est un film qui s’amuse à brasser tous les genres, du fantastique au drame psychologique en passant par la comédie, au risque de paraitre quelque peu foutraque, pour illustrer la démarche de création littéraire d’un vieil auteur. La façon qu’a le scénario de laisser constamment le spectateur dans le doute quant à la nature réelle ou fictive de chacune des scènes est un procédé qui, bien qu’il ait été depuis utilisé avec davantage de finesse, était si original à l'époque qu’il remporta l’un des nombreux césars que rafla le film en 1978. C’est peut-être plus la thématique, qui se concrétise dans les dernières minutes, de la volonté qu’a le narrateur de créer une histoire avant de mourir qui va aujourd’hui le plus parler aux cinéphiles désireux de redécouvrir cette œuvre méconnue dont le rythme lent et la narration bizarrement alambiquée rebuteront beaucoup de spectateurs.
Un film brillant, réalisé en 1977, il pose des bases scénaristiques, narratives et visuelles qui ont fait école : mise en abyme des personnages et du narrateur, mélange de réalité et d'imaginaire, étude de caractères, déstabilisation du spectateur, etc... Le décor, créé et filmé à la perfection, immerge dans une ambiance surréaliste : nature inquiétante, architectures mélangées, intérieurs et pièces à géométrie variable. A l'instar d'un Dirk Bogarde, procureur, dandy, impitoyable et blasé, les acteurs sont impeccables, dans des rôles ambigus et ambivalents. Les dialogues sont ciselés entre théâtre et tragédie fantastique. Resnais, déjà au sommet de son art.
Un pur chef d'œuvre, peut-être mon Resnais préféré. Subtil, intelligent, à la fois complexe et fluide, superbement interprété, magnifiquement écrit et filmé de main de maître. Un chef d'œuvre, je vous dis.
Il y a trois arbres dans «Providence» (Grande-Bretagne, 1976) d’Alain Resnais, celui, touffu et sombre, de la création ; celui, décharné et flétri, de l’imagination atrophiée et celui, fleuri et vert, de la vie. Chacun de ces arbres incarnent une «nappe du temps» comme le dit Deleuze. Ce récurant objet de travail chez Resnais, qu’est l’accointance du réel avec la fiction, donne là le fruit de l’impétueux récit d’un vieil écrivain. A l’aube de ses jours, le romancier réinvente sa vie et la réordonne dans un monde totalitaire fictionnel. Ce film de Resnais, mixe les couches de diégèse, passant de la diégèse première (le réel du film) à l’intra-diégèse (l’univers imaginaire du film). Entre ces deux étapes, ces deux pôles, l’écroulement de la vie chez l’écrivain ébranle et met en tension. C’est ainsi que l’imaginaire de l’homme lui joue des tours, la folie guette. Ce «footballeur» errant échappe à l’écrivain sans que nous ne sachions, in fine, l’enjeu de son apparition. Toutefois, la réussite du film n’est pas tant dans ce jeu du réel avec la fiction (Resnais l’a tellement mieux fait comme dans «La vie est un roman»), c’est surtout cette métamorphose opérée qui donne à la vie sa prédominance sur la fiction. Resnais le sait, la mort est une affaire de réel et non de fiction. L’idée n’est pas explicitée par «Providence» mais elle l’entoure : de la mort seul l’ouvrage survivra. L’ouvrage du romancier est à la fois sa littérature et sa progéniture. Cet ouvrage est réuni en un seul, la progéniture et la littérature malmenée en une nuit dans les délires d’une mort avenante. A la fois que s’allient le réel et la fiction, se confondent, comme souvent chez Resnais, la vie et la mort. Les deux premiers arbres du film, et surtout leur ordre d’apparition, laissent croire à une triste issue. Or le panorama à 360° sur le champ vert d’un printemps nouveau laisse espérer le prolongement de la vie. La mort, dans le réel, est reléguée à sa simple évocation, elle reste en hors-temps.
le film le plus intelligent qu'il m'ait ete donné de voir;tout y est parfait: du scenario aux dialogues brillantissimes, de la realisation parfaite, des interpretations originales , des decors inouis d'imagination de A Trauner . a voir pour la maestria de Resnais terriblement inspiré!!!!
Le meilleure Resnais et de loin. Les affres de la création, les interactions de l'art et de la vie, l'incommunicabilité, la culpabilité, la tendresse inexprimable, la vieillesse et la maladie, tout cela pour un film très dense donc mais qui ne devient jamais didactique. Gielguld, Bogarde, Warner et Burstyn sont tous impeccables (mention spéciale à ce génie qu'est John Gielguld).
Le générique est sobre (les noms sont seulement inscrits sur un fond noir) mais on est tout de suite capté par une belle et envoûtante musique. Providence est un film étrange, il est assez difficile de le noter. Le film ne m'a pas totalement plu mais je lui reconnais une réelle originalité, le jeu des acteurs est fabuleux. Si vous êtes un vrai cinéphile alors regardez Providence.