Après la sortie de L'exorciste du Vatican l'année dernière on pouvait imaginer « The Exorcism » comme étant une simple redite surfant sur le succès de son prédécesseur. En réalité il a été tourné en partie à la fin de l'année 2019 avant que le COVID ne vienne tout stopper. Après un changement de titre, anciennement The Georgetown project, et d'affiche, le film sort enfin cette année.
Comme nous le savons il y a des centaines de films d'exorcisme qui sortent chaque années. Curieusement la grande majorité sont des films de série B nourrissant la simple nostalgie. Et comme l’a démontré le récent four au box-office cuisiné par David Gordon Green, « L’Exorciste, Believer », il ne suffit plus de recycler pour attirer un semblant d'intérêt et de succès commercial. En parallèle l'immondice pantouflarde L'exorciste de Vatican s'est frayé un chemin honnête au box office, un comble.
The Exorcism arrive à contre courant en nous proposant ce qui est, je le cri haut et fort, le meilleur film de possession de ces dix dernières années. Un film extrêmement personnel pour l'acteur et réalisateur Joshua John Miller, qu'il n'a pas hésité à appeler « the project of a lifetime ». Fils du brillantissime acteur de cinéma et de théâtre Jason Miller, interprète du père Damien Karras dans l'Exorciste I & III, Joshua John Miller a co-écrit cette histoire avec son partenaire M. A. Fortin. Ensemble ils choisissent un angle radicalement différent de ce que nous avons pu voir en matière de films de possession, une mise en abîme. Miller met en scène un film sur la création d’un film d’exorcisme, visiblement un remake de l'exorciste premier du nom, avec comme toile de fond la légende des tournages maudits ou hantés.
Il s’ouvre sur une séquence extraordinaire. Un acteur en pleine répétition se fait tuer par une force invisible dans un décor de cinéma, une maison à trois étages dans laquelle le film va être tourné. Après cette disparition le metteur en scène choisi un nouvel acteur principal, Anthony Miller interprété par Russell Crowe.
Crowe se retrouve dans la peau de cette star de cinéma autrefois adulée et tombant en disgrâce à cause de problèmes d'alcoolisme et de toxicomanie. Torpillé par les médias, le film d'exorciste dans lequel il joue est sa chance de faire son retour, mais son instabilité psychique et ses propres démons vont ouvrir la porte à un démon qui est bien réel et qui va le posséder au fur et à mesure du tournage, menaçant l'équipe et sa propre fille.
Fascinant de bout en bout, The Georgetown project est davantage un thriller psychologique qu'un film d'épouvante. Le démon en tant que tel n'est qu'accessoire, il est l'allégorie d'une lutte contre les addictions dont le personnage principal fait face et qui l'emmène de plus en plus dans l'abîme. Un concept légèrement trahis par un dernier acte expédié sentant bon le remaniement de scénario de dernière minute mais qu'importe, la quasi totalité du film est brillant. Russell Crowe est complètement habité et je crois que depuis Gladiator il n'avait pas été aussi bien filmé; les plans esthétiques ainsi que la photographie sont à tomber. Et que dire de l’ensemble du casting, Sam Worthington, Adam Goldberg, Ryan Simpkins, ainsi que les trop rares Samantha Mathis et Adrian Pasdar sont tous impeccables.
Injustement démoli par la critique pour des raisons fumeuses ou qui m'échappent complètement, The Georgetown project est une tentative audacieuse de créer un film d'horreur élégant et visuellement créatif. Même si le film donne l'impression de se chercher, par ses sous intrigues et ses personnages peu développés visiblement mis de côté sur le banc de montage, le travail réalisé est absolument admirable.