Hinterland est signé d’un réalisateur dont j’avais bien aimé le premier Anatomie et pas du tout le 2e ! Par la suite il m’avait plus ou moins déçu avec des incursions dans le genre horrifique pas très attrayantes. Avec Hinterland il signe cela dit son meilleur film ! Déjà le métrage séduit sur la forme. Bourré de référence à l’expressionnisme allemand, au steampunk, au réalisme du XIXe siècle, on plonge dans un film au visuel très séduisant. Dans une ville de Vienne biscornue, sale, effrayante, décadente, à la fois fantastique et étrangement réaliste par une multitude de références historiques judicieusement placées, Hinterland est un film très beau qui exploite à merveille le tout numérique. Ca pourra rappeler le cinéma de Del Toro mais avec une patte très personnelle néanmoins, à savoir cette tonalité ironique, sarcastique, cet humour noir qui passe par l’image et qui est vraiment typique du réalisateur. Il y avait cette même manière ironique de filmer l’horreur dans Anatomie par exemple. Visuellement c’est très bon, et les scènes horrifiques sont filmées comme des tableaux macabres (attention, le film peut heurter les âmes sensibles).
Là-dessus faut admettre que le casting tient la route. Murathan Muslu impose son charisme, son physique imposant, il porte un personnage torturé avec une conviction certaine et il a pas de mal à se draper de la noirceur du métrage. Autour de lui de bons seconds rôles écrits de surcroit de façon évolutive et jamais monolithique. Même si la présence de Liv Fries fait un peu « quota féminin » car elle ne sert pas à grand-chose hormis la romance forcée, l’actrice arrive à lui donner du relief et à trouver sa place au milieu de ce casting viril et borderline ! Mention spéciale aux 3e rôles, souvent des trognes improbables !
Le scénario a l’intelligence de ne pas utiliser l’histoire comme un simple décorum mais de s’en emparer vraiment pour son récit et même de la placer au cœur de celui-ci. Ca apporte une vraie intelligence au métrage qui reste néanmoins surtout un film policier plutôt qu’historique, même si le film aborde des thématiques variées comme le difficile retour des vétérans, à fortiori dans un pays défait. Paradoxalement, tous ce fond d’intrigue m’a peut-être plus convaincu que l’enquête qui au final est presque un prétexte. Il y a quelques facilités scénaristiques, on aurait aimé un poil plus d’aspect scientifique pour soutenir le petit côté steampunk du film, et surtout mieux employer la médecin légiste, Fries, qui comme je disais est très présente mais au final se contente de constatation superficielle lorsque sa sagacité aurait pu la rendre indispensable à l’enquête. Maintenant l’identité du tueur est soigneusement dissimulée, le rythme est globalement solide, on a ce qu’il faut de gore et le ton caustique n’est pas déplaisant.
Franchement, Hinterland est un film très appréciable comme j’aimerais en voir plus. C’est très imaginatif sur la forme, original par le contexte (Vienne, 1918), ça mélange les genres avec une certaine habileté, c’est bien interprété… Ah, peut-être une petite déception sur la bande son, pour le moins oubliable. C’est dommage dans ce genre de métrages. 4