Noir et lumineux
Coproduit par le Kazakhstan et le Japon, le drame réalisé par Yerlan Nurmukhambetov et Lisa Takeba ne doit surtout pas se réduire au qualificatif de « western ». Même si ces 84 minutes en ont des faux airs, c’est avant tout une analyse sur le sentiment de vide face à la destruction de la cellule familiale. Le père d’Olzhas est tué par des voleurs de chevaux le jour où il se rend au marché pour les vendre. Sa mère décide de retourner dans sa ville natale avec lui et ses petites sœurs, ainsi qu’avec les chevaux que le père leur a laissés. Un jour, un étranger se présente à eux. Il demande à rencontrer Olzhas et offre son aide pour les aider à déménager… Une plongée dans le Kazakhstan post-soviétique inspirée d’une histoire vraie mais vue à hauteur du regard d’un petit garçon. Original et émouvant.
Les paysages des steppes kazakhes offrent un écrin magnifique à cette histoire classique où, les chevauchées, les grands espaces, la violence omniprésente, les exécutions sommaires et la rudesse de la vie quotidienne, font, je l’ai dit, penser à l’ambiance d’un western. Mais, ici, l’étude psychologique et sociale a plus d’importance que la simple anecdote de départ. Le rythme lent tient pourtant en haleine mais c’est l’humain qui reste au centre de l’histoire. Et surtout on vit ce drame à hauteur d’enfant, de ce petit garçon sui ne comprend pas ce qui se passe, mais dont le regard finit par nous bouleverser. Pas de musique, peu de dialogues, de longs moments contemplatifs, des lumières à couper le souffle, un scénario minimaliste… tout ce qui pourrait paraître ennuyeux est ici sublimé et nous emporte pour quelques instants dans un autre monde, frappé d’une profonde humilité et de la sérénité. A découvrir.
Dans le rôle de la mère, on retrouve Samal Yeslyamova, qu’on avait découverte à Cannes en 2018, dans Ayka, pour lequel elle avait obtenu le prix d'interprétation féminine. A ses côtés le petit Madi Minaidarov, dont le regard pénétrant ne peut s’oublier de sitôt. Citons encore Mirai Moriyama, excellent acteur japonais déjà vu chez Naomi Wakase et chez Kurozawa. Allez à la rencontre du petit Olzhas dans les contreforts du Tian Shan dans ce film trop court mais touché par la grâce… on en redemande !