Ai vu "Julie (en 12 chapitres) du réalisateur norvégien Joachim Trier, qui a valu le Prix d'interprétation féminine à l'actrice solaire Renate Reinsve. Très beau film découpé en un prologue, 12 chapitres et un épilogue, "Julie..." est un portrait très précis, subtil, bienveillant et surtout particulièrement émouvant d'une jeune femme d'Oslo pendant une petite dizaine d'années, mais c'est également une photographie de toute une génération. Julia commence des études pour être chirurgienne, puis abandonne pour être psy, puis réalise qu'elle veut faire de la photographie. Julie veut vivre pleinement et assumer ses choix c'est le privilège de son âge. Pour ses amours Julie agit de même... Julie rencontre Aksel, un dessinateur de BD de 45 ans et s'installe avec lui dans une vie beaucoup plus conformiste qu'elle ne le voudrait, où le regard des autres et celui de son partenaire tout à coup devient pesant, oppressant... elle ne peut répondre aux questions incessantes et insolentes "Voulez-vous des enfants ?" "Quel métier faites vous ?"... Julie se trouve en décalage et fuit. Julie se carapate devant le conformisme des générations rangées qui la devance. Pourquoi suivre un seul chemin ? Julie se sauve également devant la difficulté, devant les choix à faire... Pour aller où ? Julie n'est jamais dans le bon timing imposé par la société. Le film à la construction très littéraire passe de la légèreté "La fellation à l'ère metoo", au malaise, "les autres", à une des plus belles scène de "drague" du cinéma lors d'une soirée où Julie s'invite sans y connaitre qui que ce soit, à une réelle mélancolie "Tout à une fin". Est-ce que les épreuves auront raison de la pétillante Julie et la feront rentrer finalement dans le rang ? La mise en scène de Joachim Trier est à l'avenant de la construction du long métrage, très élégante, étudiée, souple, à la bonne distance sans aucun jugement, la caméra est totalement à l'écoute des sentiments ambivalents et des états d'âmes subtiles des personnages. Renate Reinsve illumine le film par sa présence, sa qualité de jeu, sa façon de se mouvoir, de danser, de se poser, de regarder le monde... Les portraits des personnages masculins sont eux aussi nuancés et Anders Danielsen Lie et Herbert Nerdrum sont des acteurs sensibles. Le film parle à tous, quelque soit notre génération, notre sexe... nous avons tous été un jour cette Julie entière et absolue, volcanique et en plein doute excessif à ne pas savoir déguster le présent car la peur de l'avenir et la pression des autres étant trop grande. Alors on (re)-vit avec Julie pleinement ces 12 chapitres qui nous font frissonner de plaisir et de nostalgie. Un subtil état de grâce.