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Et si la loyauté mordait plus fort que l’amour ? Dans Chien de la casse, réalisé par Jean-Baptiste Durand, Raphaël Quenard crève l’écran, et Anthony Bajon lui répond comme un frère qui saigne. Comédie dramatique, oui, mais avec la peau retournée : la drôlerie a des crocs.
Dog et Mirales — des griffures. Un village trop petit, deux solitudes, Elsa qui déplace l’air. L’intrigue, on la devine, on la vit : jalousie, cruauté tendre, rebondissements sans tapage, originalité dans le détail. Intrigue, suspense, rebondissements, originalité.
On attendait un premier film sage ; on reçoit un uppercut courtois. Entre La vie d’Adèle sans slogans et Les Combattants dégraissé, Durand choisit l’écharde. On craignait l’exercice de style, on trouve des corps, des bouches, une langue qui trébuche et danse.
La mise en scène : plate comme les jours d’ennui ? Non, respirante. Les cadres s’ouvrent, se referment, photographiant l’inconfort comme une météo. La lumière — du Sud qui colle — devient un argument, un piège, un alibi. Mise en scène, photographie, ambiance, éclairage.
L’éclairage fait parler les peaux : soleil blanc, ombres irrégulières, petites apocalypses dans des cuisines trop propres. Les couleurs ne guident pas : elles s’insinuent, désorientent, quand la jalousie débarque.
Les acteurs, pas des interprètes : des symptômes. Bajon, repli incandescent ; Quenard, volubile, tranchant, mais poreux ; Galatéa Bellugi, présence qui ne s’excuse pas. On entend la musique des corps, manière de se frôler et de se rater. Acteurs, jeu d’acteur, performance.
Dans la dynamique, un tiers invisible gouverne : la honte. Le silence comme menotte, la vanne comme matraque. Les gestes ont des angles ; les regards, des échappatoires. Deux garçons, un territoire, un prix à payer.
La bande-son : pas d’ostentation, des nappes qui se taisent puis reviennent, des effets mesquins comme une rumeur. Parfois une note insiste — fragile, coupante — et on comprend : le film écoute avant de parler. Bande originale, effets sonores, musique.
Et l’émotion ? Une houle tenace, sans pathos. Le message — s’il en faut un — s’échappe : amitié toxique, hiérarchie affective, violences sans témoin. On croit lire une fable, on tombe sur un constat. Émotions, message, réflexion.
Le message, ou l’illusion d’un message : ce n’est pas une morale, c’est une brûlure. La société n’est pas un décor mais une pression atmosphérique : fatigue sociale, effondrement administratif, dépossession maternelle en fond. Le film, pas le mot. Ou peut-être les deux.
Bilan? 16/20. Pour qui : les allergiques au cynisme tiède, les cœurs qui savent que la tendresse blesse. Pourquoi ça marche : parce que la mise en scène n’explique pas, elle expose ; parce que Durand filme les hommes comme des zones sismiques ; parce que chaque rire laisse une marque. Et si, au fond, on n’aimait que ce qui nous mord ?