J’ai beaucoup aimé ce film parce qu’il prend le temps. Rien n’est crié, rien n’est surjoué. Tout est dans la tension, les silences, les regards, les non-dits. L’histoire est simple en apparence : une brillante substitut du procureur se retrouve mutée dans un petit tribunal… où travaille sa mère, qu’elle n’a pas vue depuis quinze ans. Et pire encore : elle devient sa cheffe. Forcément, tout remonte.
Ce que je trouve très fort, c’est la façon dont Pierre Mazingarbe utilise le cadre judiciaire. On croit suivre une affaire banale, mais le vrai procès, c’est celui de la relation mère-fille. Le pouvoir, l’autorité, l’enfance, la rancœur… tout se mélange, sans jamais forcer le trait.
Muriel Robin est impressionnante de retenue. Elle n’en fait jamais trop. Elle est dure parfois, fragile souvent, et surtout très humaine. Elle joue une mère imparfaite, fatiguée, digne, avec une justesse qui touche vraiment. On sent tout ce qu’il y a derrière, même quand elle ne dit rien.
Face à elle, Louise Bourgoin est très juste aussi : froide en apparence, brillante, droite, mais avec une carapace qui se fissure peu à peu. Leur duo fonctionne parce qu’il n’est jamais caricatural. C’est tendu, parfois cruel, parfois drôle, mais toujours crédible.
C’est un film sage, intelligent, qui fait du bien parce qu’il respecte ses personnages et le spectateur. Un film sur les liens familiaux, le pouvoir, et ce qu’on ne règle jamais vraiment. On en ressort un peu remué, mais sans bruit. Et ça, j’aime beaucoup. éone