"C'eravamo tanto amati". Du titre, on ne sait quoi penser. Une enième romance sentimentale se profilerait-elle ? Loin de là car s'il s'agit bien d'un film traitant des émotions humaines, il n'en reste pas moins un modèle de réalisation dans la comédie. Scola a pris des risques, traité son sujet de manière originale et s'en est tiré avec de grands honneurs. Sa mise en scène est constituée de plans sans cesse surprenants, ne posant jamais sa caméra à l'endroit attendu. Par cette démarche, il surprend et permet ainsi une assistance bienvenue à sa description caractérielle, laquelle aurait pu sombrer dans un intérêt plus que désuet. Ses personnages ont tous un sens et ne prennent à aucun instant le dessus d'une intrigue admirablement ficelée. La narration joue aussi en la faveur de ce film remarquable et maîtrisé en tous points. Déroutante, elle garde un sens précis que beaucoup auraient laissé en cours de route. Elle capte toute l'attention du spectateur qui ne pourra alors sortir de cette oeuvre que difficilement. L'interprétation est bonne et retranscrit pleinement le propos du cinéaste ayant manifesté la volonté et réussite d'une direction assez précise sans tomber dans l'excès. La caricature sociale est plaisante, les rebondissements amusent et tiennent en haleine, l'humour fait mouche dans un quasi sans-faute... Il est vrai que l'on peut être rassuré par le niveau tant les grands noms occupent l'affiche mais il est surtout fort agréable de se dire que l'on a passé un très bon moment devant un film ne manquant pas de charme. Si "C'eravamo tanto amati" n'est pas un chef-d'oeuvre non plus, on pourra le qualifier par le biais de certaines séquences de "petite perle à découvrir".
Le film n'est pas du tout ce que je pensais qu'il allait être. Le titre : Nous nous sommes tant aimés ! J'ai cru à une histoire d'amour entre un homme et une femme. Et puis ils se retrouvent plus tard, et ils se remémorent leur souvenir. Ou un truc du genre. Bref. Alors que le film parle plutôt d'un groupe d'amis. Qui se croisent et s'entrecroisent durant leur vie. Et j'ai aimé ce principe. J'ai aimé voire ces hommes changer, grandir, évoluer... ou justement rester les mêmes. Leur histoire, leur amitié. C'est vraiment beau. C'est un film beaucoup plus "simple" en fait que ce que je ne pensais. Mais j'aime bien ce genre de film qui nous parle de la vie. Surtout que le film est délicat. C'est pas du tout lourd, ça ne cherche pas à se "prendre la tête", c'est simple et c'est bien comme ça. Un bon film.
Peut-être n'ai-je pas la maturité pour apprécier le film mais j'ai été incroyablement déçu de découvrir ce titre phare de la filmographie de Scola. La musique est atroce (entre la Boum et le téléfilm érotique de M6), le doublage est calamiteux, la couleur passée (version restaurée dit-on ?). Pour l'histoire, bof, rien de transcendant. Beaucoup d'égoïsme et d'amertume, certes, mais je n'ai jamais réussi à entrapercevoir un véritable moment de bonheur. L'art du faux est à son comble et flirte avec ses limites.
Nous voulions changer le monde et c’est le monde qui nous nous changé. Cette phrase tirée du film « nous nous sommes tant aimés » résume parfaitement ce qu’il est. Un film d’amitié qui se scelle dans le maquis de la deuxième guerre mondiale, des amis qui se perdent et se croisent au fil des époques. Le ton du film est assez unique à la fois nostalgique et assez acerbe avec ses personnages. C’est un film plein de verve, très drôle et plus profond que son côté farce peut laisser parfois penser. C’est le premier film d’Ettore Scola que je découvre, cela m’a vraiment donné envie d’en voir d’autres.
Un peu déçu par ce classique. Si l’idée qui sert de base au scénario est bonne, elle ne me semble pas exploitée aussi bien qu’elle aurait méritée. Le début du film est très verbeux (italien, dirons les fans), sans qu’il s’en dégage une excitation, une vitalité particulière. Un peu assommant, en fait, même s’il y a des moments drôles. La suite est plus réussie, lorsque les vies des trois héros divergent et que leurs retrouvailles installent une atmosphère de nostalgie douce-amère. Mais ça me semble juste intéressant, pas renversant. Assurément, Scola veut éviter de trop en faire dans le sentimental et le larmoyant ; souci louable... mais n’est-il pas allé un peu loin ? L’interprétation est inégale. Au dessus du lot (évidemment), Vittorio Gassman, charismatique comme jamais. Très bon aussi, Stefano Satta Flores, dans son rôle de révolutionnaire caractériel. C’est sans doute le personnage le plus réussi: impossible de dissocier chez lui l’idéalisme militant de l’égoïsme et de la vanité de celui qui a passablement raté sa vie. Nino Manfredi nettement en dessous, pas vraiment marquant dans un rôle, il est vrai, plus passe-partout que ceux de ses comparses. Stefania Sandrelli, belle bien sûr, mais juste correcte dans un rôle finalement peu valorisant. A signaler aussi le beau-père de Gassman et sa trogne inoubliable. Au final, un film qui se voit agréablement, de beaux moments, un hommage ardent et tout à fait bienvenu au cinéma italien d’après-guerre (apparitions de De Sica, Fellini et d’un film d’Antonioni)... mais pas forcément un chef d’œuvre pour autant.
"Nous voulions changer le monde, et c'est le monde qui nous a changé" est un peu la devise de ce film. Les tribulations existentielles de 3 amis aux destins très différents. Vittorio Gassman fera un bon mariage et deviendra un patron tout puissant alors que Stefano, le professeur idéaliste, ratera sa vie professionnelle et que Nino, l'humble infirmier, se mariera avec son amour de jeunesse. Un film plein d'émotions et de nostalgie, variation sur l'amitié et sur la notion de réussite dans cette Italie d'après-guerre, avec des acteurs extraordinaires. Un chef d'oeuvre !
Ce film est prodigieux à plus d’un titre. Il réussit en une seule œuvre à nous exprimer l’évolution des sentiments de trois hommes (tant amicaux qu’amoureux) avec celle de leurs idéaux politiques tout en rendant hommage au 7ème art. La phrase emblématique du film est sans aucun doute « On voulait changer le monde mais c’est le monde qui nous a changés ». Tout est résumé en ces mots. Ettore Scola, communiste, nous montre trois hommes résistants en 45 qui au fil des années ont pris des trajectoires totalement différentes. L’un allant du pragmatisme au reniement de ses idéaux de gauche (épousant même littéralement la mafia), l’autre se fanatisant dans sa pensée marxiste et systémique au point d’abandonner sa famille et le dernier qui bien que moins intellectuel réussira à conserver ses idées et même la femme de sa vie (cette scène est absolument superbe tant pas le jeu de Nino Manfredi que celui de Vittorio Gassman). Pourtant, ce film c’est aussi celui du temps qui passe, comme le dit Gianni joué par Gassman « le futur est passé, et on ne s’en est même pas aperçus ! ». La vie est faite de choix et une fois les décisions prises il est bien dur de revenir en arrière. En abandonnant Luciana à l’époque il ne se doutait pas qu’elle allait se mettre à passionnément aimer Antonio et ne plus penser à lui. Pour nous montrer ce temps qui passe et évolue chaque période a le droit à son film emblématique. Ainsi Nicola regarde au ciné club le voleur de bicyclette, en se déplaçant dans Rome on aperçoit Mastroianni et Fellini à la fontaine de Trevi, on comprend qu’on est devant le tournage de la Dolce Vita et donc en 1960. Alors par ces références mais aussi par l’humour qui est constamment utilisé on voit les personnages évolués sans jamais s’ennuyer et en se laissant porter. Enfin, que dire de la mise en scène qui parfois grossière en reprenant le procédé du théâtre vu dans une scène du début, ou par une rupture répété du 4eme mur par des apostrophes à la caméra, ou des dialogues superposés sur d’autres films par les personnages; on est surpris et l’on adhère. L’image n’est pas superbe mais la musique est splendide et accompagne ce film constamment avec bonheur.
Sur fond de convictions politiques, trois amis et une femme passent les décennies. Et il faut bien l'avouer, 46 ans après la sortie du film, on s'ennuie. En 1976 sortait pourtant Rocky et l'année suivante Star Wars. Autant dire que le cinéma italien avait du plomb dans l'aile par rapport au cinéma américain. Pourtant à un moment on aperçoit Fellini et Mastroianni, comme un hommage à une époque révolue. La mise en scène est cependant assez originale comme lorsque les personnages principaux s'adressent au spectateur, ou lorsque des flashbacks en noir et blanc montrent les personnages dans leur jeunesse, ou encore quand un des personnages s'adresse à sa femme défunte. Cette histoire d'amour et d'amitié à quatre a mal vieilli et intéressera peut-être aujourd'hui quelques cinéphiles.
Ettore Scola dépeint les trente glorieuses, la reconstruction d’après-guerre, à travers les visions antagonistes de trois amis. Sur un triangle amoureux à la "Jules et Jim", il signe un film profondément politique, très frontal dans sa façon d’aborder ses thématiques.
Trois amis gauchistes. Qui ont ferraillé ensemble au temps de la Résistance Italienne. Depuis, après avoir abandonné femme et enfants, l'un a vu toute ses illusions se fracasser les unes après les autres. Les deux autres, bien que ne faisant plus partie de la même classe sociale, se sont embourgeoisés. Amis tantôt, presque inconnus quand ils se retrouvent tous les trois pour la première fois en 25 ans. Même en 1974, le thème des amis d'hier qui n'ont plus rien à se dire aujourd'hui, avait déjà était rebattu plus d'une fois. Mais, comme toujours, c'est la façon dont on raconte qui importe. Par exemple, dans "La chasse" de Saura, les trois protagonistes se retrouvaient dès le début du film, pour progressivement se haïr. Dans "Nous nous sommes tant aimés", si la finalité est la même (à un degré moindre, cependant), le cheminement, quant à lui, est inverse. En effet, les trois mecs ne se retrouvent qu'à la fin. Tout le reste du film détaille leur destin sur 25 ans. Leur évolution sociale et surtout humaine. Et aucun n'en sort grandi. Les cinéastes italiens de l'époque, tout comme les cinéastes ouest-allemands ne faisaient pas dans l'angélisme, lucides qu'ils étaient sur la nature humaine. Depuis plus de 40 ans, nous espérons tous que le cinéma transalpin renaisse de ses cendres, mais lui est-il possible de retrouver des Ettore Scola, des Vittorio Gassman ou des Nino Manfredi ? Là est toute la difficulté. En attendant, continuons à revoir ces monuments cinématographiques du passé pour que jamais ils ne disparaissent, on leur doit ça.