James Mangold sait raconter des histoires, et personne ne peut nier son savoir-faire. Il reconstitue avec minutie le New York des années 60, ses ruelles sombres, ses cafés enfumés où la musique folk résonne encore dans une innocence fragile. Un parfait inconnu est un film appliqué, consciencieux, qui cherche à capter l’énergie de l’un des tournants majeurs de la carrière de Bob Dylan : son passage à l’électrique au Newport Folk Festival de 1965.
Dès les premières minutes, le soin apporté aux décors et à la photographie impressionne. L’image est belle, la reconstitution authentique. Timothée Chalamet, dans le rôle de Dylan, donne de sa personne. Il joue, il chante, il module sa voix pour tenter d’approcher le phrasé si particulier du chanteur. Il ne manque pas de moments où son interprétation touche juste, notamment lorsqu’il est en pleine création, grattant sa guitare avec une intensité habitée. À ses côtés, Edward Norton campe un Pete Seeger convaincant, tout en frustrations contenues, et Monica Barbaro apporte à Joan Baez une présence lumineuse.
La mise en scène de Mangold est maîtrisée, sans être flamboyante. On sent qu’il cherche avant tout à livrer un récit fluide, efficace, sans trop bousculer son spectateur. Ce choix fonctionne… en partie. Si certaines séquences – notamment la performance controversée de Dylan à Newport – dégagent une vraie tension dramatique, d’autres scènes s’étirent sans nécessité, donnant parfois une impression de longueur.
Mais le véritable problème du film, c’est qu’il ne parvient jamais à saisir pleinement ce qui fait la singularité de Bob Dylan. Il en propose une version certes soignée, mais qui semble parfois trop sage, trop académique. Dylan était insaisissable, provocateur, changeant constamment de peau. Ici, il est réduit à un jeune artiste talentueux en quête d’indépendance, un arc narratif qui manque d’aspérité. Il y avait matière à creuser plus profondément les conflits intérieurs du personnage, mais le film se contente souvent de rester en surface, comme s’il hésitait à aller trop loin.
Le résultat est donc un film agréable à regarder, porté par des performances solides et une atmosphère convaincante, mais qui laisse une impression d’inachevé. Il lui manque ce grain de folie, cette énergie brute qui auraient pu en faire une œuvre vraiment mémorable. On ressort avec le sentiment d’avoir assisté à une belle reconstitution historique, bien filmée, bien jouée, mais pas totalement habitée. Un film qui se regarde avec intérêt, sans provoquer de véritable frisson.