Ogre
Note moyenne
2,0
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 22 novembre 2021
Il n'est plus surprenant de retrouver le cinéma français au croisement du fantastique et de son environnement intimiste, voire réaliste. Un film de genre après l'autre, les ambassadeurs se succèdent avec l'intention de rendre des comptes à un public qui ne demande qu'à sortir de sa zone de confort. Ce que parvient à faire Arnaud Malherbe avec ce récit, c'est alors de bâtir un équilibre entre la lecture métaphorique et paranoïaque. Nous avons déjà pu en découvrir les prémices et les piliers, comme l'attestent “Quelques minutes après minuit” de Juan Antonio Bayona et “I Kill Giants” d’Anders Walter. Pourtant, ce ne sera pas au nom de la tendresse, ni par le biais d'effets visuels épousant la rêverie fantaisiste que l'on viendra nous alpaguer. L'effroi est à la base d'une communication dissonante et d'une confiance ambiguë.

Une famille est au cœur de cette rupture, dont on conte avec un certain zèle la crainte de la figure paternelle, dévorant tout espoir de paix. Jules (Giovanni Pucci) en subit les frais aux côtés de sa mère Chloé (Ana Girardot), cherchant à se reconstruire en province, loin de cette influence toxique et étouffante. La campagne est souvent sujet à porter le regard brut de citadins, venus festoyer le temps d’un séjour estival. Ce lieu de paix éphémère, Chloé souhaite en faire son oasis pour le reste de sa vie. Cependant, les mythes du coin ne rassurent ni les parents, ni les enfants, principales proies d'une créature, née dans les rumeurs, les traumatismes et les mauvais sons. Un jeu se met alors en place entre les enfants du village, qui capture la sauvagerie du harcèlement. Les étrangers ne sont pas les bienvenus, mais l’illustration du tourment vire dans un excès redondant, tout au long du récit.

Jules confronte ainsi son défaut auditif et un petit ami impromptu (Samuel Jouy), mais également ses nouveaux camarades de classe. Le récit cultive suffisamment de matière pour trouver l'autonomie nécessaire, mais manque indéniablement d'isoler le spectateur dans son imaginaire. L'ambiguïté sur l'existence du dévoreur d'enfants sera démontée à l’arrache dans un dénouement aussi lumineux que maladroit. Et par-dessus tout, Malherbe manque d’insuffler cette aura d’insécurité autour des protagonistes, chose essentielle dans ce qu’il essaye de véhiculer. Malgré le fait que nous restons souvent à l’antre de la folie, il est étonnant de constater que cette entrée en matière pourrait déverrouiller d’autres niveaux de lecture chez l’auteur. Un enfant, plongé dans ce drame intime, devrait pouvoir s’y retrouver dans ses peurs, mais il ne saura sans doute pas comment les combattre, dans les mêmes ténèbres qui l’habitent.

“Ogre” n'arrive pas toujours à tenir en haleine et se piège à son propre jeu psychologique. Ce que le film aura toutefois gagné à démontrer, c'est que l'avenir du cinéma de genre français pourrait bien se trouver en campagne, surtout après les saisissants “Teddy” des frères Boukherma et “La Nuée” de Just Philippot. Les mythes finiront par gagner ces terres fertiles, tout en s’imprégnant des enjeux sociétaux actuels. Ils seront bien accueillis, du moment qu’on ne perde pas le fil sur les codes et les profils obsessionnels, qui portent et qui emportent tout sur leur passage.
Audrey L

806 abonnés 2 857 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 septembre 2021
Séance du soir à Deauville, la présentation de l'avant-première nous a instantanément fait fondre : [attention, petit spoiler] quand on donne la parole au très jeune Giovanni Pucci pour lui demander si le film ne lui avait pas trop fait peur, il répond en souriant : "Non, ça va, parce que l'ogre il est gentil en vrai", et regard à Samuel Jouy... Qui rigole : "Chut, il fallait pas le dire ça !", et le garçon de dire "Oups.", et toute la salle de comprendre, et de s'amuser de ce genre de petits couacs qu'on adore avec les jeunes acteurs. Surtout que celui-ci se défend vaillamment dans ce film d'Arnaud Malherbe, il vaut à lui seul le détour en parvenant à nous faire partager son angoisse dans un décor stressant à souhait. Voici en plus que vient la fine psychologie du personnage, dont on comprend vite qu'il est traumatisé par un abandon du père (violent à ses heures), et que le fameux "ogre" peut aussi se lire comme un pur délire de persécution, l'impossible remplacement du père par un autre potentiellement encore plus dangereux... Vous avez carte blanche pour la lecture de l’œuvre, la fin étant assez ouverte à toutes les interprétations. Ce que l'on a le plus aimé (en plus du jeune Giovanni) est tout le travail sur le son, sur la surdité du jeune garçon (un peu à la Sans un bruit) qui n'entend jamais l'ogre arriver, sur les bruitages gutturaux de la créature qui se mêlent aux craquements de la forêt... On stresse devant des sapinettes, sans même savoir pourquoi, chapeau à l'équipe son. Chapeau également au scénariste, qui a l'intelligence de ne pas nous faire l'éternel coup du "je coupe le son, et je met un coup de klaxon au premier chat qui passe" pour nous faire sursauter bêtement, ici on voit arriver la créature, on subit son approche lente du jeune garçon, et on en transpire d'autant plus... Un sursaut tout de même, auquel on ne s'attendait pas (il y avait encore de la musique... On sent qu'on est vraiment trop habitué aux autres jumpscares silencieux) : "le mec à la fenêtre", qui a fait bondir la salle entière, s'étouffer en criant quelques vieilles dames, et m'a subjectivement fait secouer les mains spasmodiquement. Un grand moment de communion dans la salle. En revanche, on a été franchement déçu par la facilité de la fin, qui laisse tomber tout le mystère pour plonger dans le film de super-héros à hauteur d'enfant "au pouvoir bébête", qui dénote avec le reste. Les effets spéciaux de cette scène ne suivent pas, la résolution facile n'apporte aucune explication, et on ne sait rien de l'avenir du petit garçon et de sa mère... Dommage, car jusque-là Ogre nous avait vraiment plu, mais la fin très simple nous a laissé un goût d'inachevé. Ce qui ne nous a pas empêché d'adorer le casting, les effets sonores, et la mise en scène terrifique à l'ancienne très réussie.
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