Mercredi, jour des sorties.
Aujourd’hui est un jour très particulier car ELSE, le film qui sort cette semaine, est non seulement un bijou totalement unique dans le paysage cinématographique mondial, une expérience sensorielle psychédélique et un récit bouleversant mais parce qu’il est aussi, et enfin, le premier long-métrage de Thibault Emin tiré d’un court-métrage tourné en 2005 alors qu’il était étudiant en réalisation sur les bancs de La Fémis: je vous laisse faire le calcul du temps nécessaire à l’écriture et à la production de ce projet, imaginer les infinies douleurs, chemins de traverse et accidents auxquels il a survécu et mesurer ainsi la ténacité et la force vitale de son créateur. Je ne les décrirai pas car se taper 15 ans pour faire naître un rêve c’est certes impressionnant, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est ce film : ELSE, de Thibault Emin.
Je vous le dis : vous n’êtes pas prêts.
On le dit souvent comme une vanne, une expression presque consacrée quand il s’agit d’un des beaux ovnis que sortent régulièrement nos anges protecteurs de Ufo Distribution, à qui vous devez de trouver le film sur grand écran dès aujourd’hui dans toute la France.
Mais c’est particulièrement et profondément vrai pour celui-ci. Parce que ELSE est un film traversé de visions qui me hantent depuis la première projection. Parce que la modernité de son écriture (le film est scénarisé par un duo composé de son réalisateur et de la géniale Alice Butaud) vous cueille au croisement de la SF et de la romance, du body horror et de la comédie noire. Parce qu’on ne pense plus à une seule référence (Cronenberg, Tsukamoto, bla-bla-bla) quand on est dans ce film: il est son propre monde, dans lequel on se plongé ému, terrifié et ravi. Des génies visuels sans cœur, le cinéma de genre en grouille. Là, la fragilité nerveuse de Matthieu Sampeur, la force vivante et changeante d’Edith Proust sont de tous les plans et au cœur du projet. Au cœur: c’est là que ELSE vous prend.
C’est tellement inattendu, tellement puissant et original que divulgâcher même quelques points de l’intrigue serait un crime envers vous.
Je pense souvent, un peu compulsivement, que le cinéma français n’est pas (plus) un cinéma de mise en scène. Nombreux sont mes coups de gueule sur ces films sans réal, sans regard, donc sans âme. Je suis toujours heureux lorsqu’un film français me donne tort: Samuel Theis, Julia Ducournau, Justine Triet, Coralie Fargeat, Alexis Langlois, Jacques Audiard. Toujours un kif d’avoir tort quand un grand film apparaît devant vos yeux.
Hé bien voilà : c’est un grand film de mise en scène qui sort aujourd’hui. Les images et les sons de ELSE sont jamais vus, jamais entendus, incroyablement justes et poétiques. C’est musical d’une facon inouïe, une symphonie de bruits orchestrée par le sorcier du son Renaud Bajeux. C’est fort sans taper à l’œil, c’est subtil sans être chiant, c’est juste surtout, sur mille situations que le film invente et résout avec une intelligence folle. C’est bourré d’idées, d’humour, d’amour. Tout le temps.
Nous sommes le mercredi 28 Mai et je vous envie, amis spectateurs. Car par la grâce d’une équipe habitée, d’un producteur courageux (nommément Damien Lagogué de Les Produits Frais) et d’un réalisateur sans pareil ni contemporain (Thibault Emin), vous allez découvrir un film qui habitera vos corps, vos esprits et vos cœurs pour les années à venir.
Vous connaissez le couplet : le cinéma d’auteur se fait dans une économie de plus en plus fragile et le film a besoin de votre soutien dès maintenant, première semaine, premier week-end. J’y ajoute une autre raison : ELSE est un événement, une naissance météorique de metteur en scène que vous raconterez aux générations futures.
Soyez dans la salle dès aujourd’hui parce que dans dix ans, dans vingt ans ou dans plus, vous direz: j’y étais.