Avis sur Sátántangó (Le Tango de Satan) - Partie 2
Sátántangó (Le Tango de Satan) - Partie 2
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Pascal
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4,0
Publiée le 29 octobre 2023
La seconde partie de "Satantango" (94) poursuit sa présentation des personnages qu'on ne connait pas encore.
Finalement, les deux membres de la communauté sont bien de retour et ils prétendent avoir trouvé une solution afin d'améliorer la vie de tout le groupe. Il s'agirait d'acheter ensemble une ferme et d'y travailler afin d' améliorer son quotidien.
Le film s'attarde ici sur le destin de la fille d'un couple d'ouvriers agricoles. Maltraitée par sa propre famille, elle retourne la violence dont elle est l'objet contre son animal de compagnie, puis contre elle même. Le groupe caractérisé par son manque d'empathie, d'humanité ne se préoccupe jamais d'elle.
L'ambiance de la première partie est toujours bien là, les plans séquence aussi, mais le film perd néanmoins un peu en intensité émotionnelle. On ignore toujours où veut nous conduire le cinéaste.
Les longs travellings, surréalistes ou hyperréalistes, questionnent notre imaginaire et notre psyché malmenée par trop d' images prêtes à consommer comme une soupe au lard. Les images tarriennes, irréductibles, sublimes, authentiquement humanistes, irradient pour longtemps notre vécu face à ce film " fleuve" profond et inquiet quant à la vraie question humaine cosmique et inique, trouble et lumineuse, inquiétante et étonnante............
Le rythme des plans séquences fait penser à ceux du russe Andreï Tarkovski mais Béla Tarr est athée et Andreï Tarkovski un fervent croyant .............. A suivre ............
7h20 de plan séquences contemplatifs en noir et blanc c'est très violent et forcément inoubliable.
Et oui, bien évidemment que c'est un film de prouveur et c'était d'ailleurs ma principale motivation, à l'origine.
Et puis j'ai vu Le Tango de Satan et c'est absolument prodigieux.
Se déroulant dans le contexte post-communisme en Hongrie, structuré en douze mouvements accompagnés d'une voix off, composé de plans séquences d'une lenteur extrême, Satantango livre une expérience absolument unique où pour la première fois j'ai réellement senti cette sensation d'enlisement, d'incertitude et de désespoir que le film veut transmettre. La quasi omniprésence de boue et de pluie et l'insistance qui y est portée donne l'impression d'être dans le film, c'est très troublant.
Le film est visuellement indiscutable, l'élégance des plans séquence n'a d'égal que la pureté des contrastes de gris qui transforment des paysages aussi bien ruraux qu'urbains, vides et sales, en de véritables tableaux bien plus passionnants que ceux que fait Kubrick avec Barry Lyndon.
Par-dessus tout, là où Béla Tarr a réussi à faire du cinéma qui va me rester très longtemps en mémoire, c’est avec le récit d’Estike, qui questionne la reproduction de la violence grâce à des séquences gravées très profondément dans mon cerveau, où bourreau et victime sont intelligemment brouillés pour illustrer le transfert de pouvoir et de violence. Je ne saurais pas dire pourquoi celui-ci est celui que je retiens le plus, malgré le nombre de séquences marquantes, mais c’est sûrement psychologiquement que cette partie m’a eu.
Regardez Satantango, car même dans des conditions qui ne sont pas optimales (je l'ai vu en 4 fois sur un ordi) c'est un très grand film.