Los delincuentes détourne le film de braquage pour en faire une méditation sur le travail et le temps. Une proposition singulière et ambitieuse, qui m’a davantage intrigué qu’emporté.
Avant de l’aborder, il est utile de le replacer dans le parcours de Rodrigo Moreno, figure du cinéma indépendant argentin attentive aux trajectoires ordinaires et aux bifurcations narratives. Le film part d’un geste criminel pour glisser vers une réflexion sur le travail, la liberté et la valeur du temps. Sa durée conséquente et son rythme étiré privilégient la digression et la contemplation plutôt que l’efficacité d’un thriller. Mieux vaut ne pas en attendre les codes du genre.
Le récit interroge le travail salarié comme forme d’aliénation intériorisée. Le vol devient moins une quête d’argent qu’une tentative de récupérer son temps. En mettant en balance années de prison et années de bureau, le film questionne la normalité d’un système productif rarement remis en cause. Le crime agit ici comme révélateur d’une lassitude diffuse face à la répétition.
Los delincuentes explore également la possibilité d’une bifurcation existentielle. À partir d’un acte simple, les trajectoires se déplacent vers des espaces plus ouverts, presque en marge du monde professionnel. La liberté recherchée prend la forme d’une dérive assumée, où l’absence d’enjeu dramatique devient un principe narratif.
De mon côté, je reste mitigé. J’en apprécie l’audace et la manière de transformer un postulat minimal en fresque ample et imprévisible. Les paysages argentins offrent une respiration bienvenue, et la gestion du temps, pleinement assumée, témoigne d’une cohérence certaine. L’idée d’étirer l’expérience temporelle pour questionner le cadre productif est stimulante sur le plan intellectuel.
Mais cette liberté me tient aussi à distance. À force de ralentir et de refuser toute tension classique, le film bascule parfois dans l’ennui. Les moments d’adhésion alternent avec des passages plus laborieux, et la seconde partie, très étirée, finit par émousser l’engagement. L’absence d’enjeu dramatique est un choix cohérent, mais il rend l’expérience exigeante, parfois aride.
Los delincuentes demeure ainsi une œuvre audacieuse et cohérente, plus intéressante par son geste que réellement captivante dans sa durée. Une proposition singulière, ambitieuse, qui force le respect sans totalement convaincre.