Nous sommes en 1922, et même si cette petite ïle d'Aran en face de l'Irlande n'est pas concernée directement par la crise, les derniers échos de la guerre civile se déroulent sur la grande ïle, en face, dans sa partie finale, qui sera finalement la plus cruelle. Celle qui opposa les frères d'armes d'hier, se déchirant à propos du traité de paix et de partition proposé par les anglais.
Il ne faut pas perdre cette notion historique, car elle fait certainement écho à l'histoire centrale du film, qui repose sur la mésentente entre deux amis, qui, de simple bouderie inexpliquée, finit par atteindre des sommets de violence, apparament irrationnelles, et suicidaires.
La beauté de cettte ïle perdue, au large de l'Irlande, avec ces promontoires minéraux, ces chemins bordés de murets de pierres, et ces cieux immenses, nous prend d'emblée à la gorge.
L'intrigue est aussi minimalisme, que la splendeur des lieux. L'histoire devient comme un défit lancé à la raison. Chaque être, ici, semble cheminer sur son rail, insensible à ce que cela va provoquer chez les autres, qu'on observe pourtant de façon vigilente et névrotique. Les personnages ont une vérité que la trois D ne rendrait pas plus pregnante. Ils nous semblent persque des demi dieux de tragédie antique, récitant chacun leur partition écrite d'avance, et avançant vers la fin qu'on redoute, et qui semble même attendue, par ses acteurs même.
Il n'y a pas de secrets, ici ! Pas de forêt où l'on peut se cacher. C'est un monde minéral, où l'on voit de loin la silhouette des rares habitants se déplaçant entre ces chemins de pierre, menant leur économie de survie, avec la soirée dans le seul pub, comme promesse.
Les rapports entre les habitants sont bercés de non dits, de secrets qu'on devine, de vieillles rancunes et de réglèments de compte, dont le crescendo ne semble jamais atteint, jusqu'à atteindre un sommet mythologique.
Ce n'est pas la première fois qu'une ïle est choisie comme théatre idéal pour circonscire les passions humaines, et ses déréglements, comme dans une cornue de chimiste, qu'on agite.
L'enfermement, comme dans le film de Rosselini "Stromboli", est tout autant intérieur, que géographique, et tire des bords vers la folie, et l'exclusion.
Un film admirable dont on sort drôlement secoué. Bien dans la veine de la culture Irlandaise, dont la littérature et le cinéma sont le réflet souvent enthousiasmant, mais vous secouant au niveau émotionnel. Il ne faut jamais s'attendre à être dorloté par cette culture, même si tout est si esthétique et puissant., de la musique enfiévrée, aux génies littéraires dont cette ïle a toujours accouché, entre deux drames historiques, deux guerres civiles, avec l'art et la fête comme possibilités de rédemption. .