Dès le départ, le film propose plusieurs clés de lecture : le choix du noir et blanc, la thématique du reflet, la faible présence des femmes, et un montage éclaté entre différentes époques. Autant d’éléments prometteurs, mais qui, selon moi, ne vont pas toujours au bout de leurs idées.
Le noir et blanc, d’abord, offre une image superbe et se prête bien à une lecture symbolique du film — celle d’un purgatoire, entre remords, regrets et souvenirs du passé. À trois reprises, la couleur fait son apparition : cohérente lors des scènes d’Auschwitz filmées par caméra, mais plus discutable dans les deux autres cas, où l’effet paraît gratuit. On peut y voir une évocation du paradis perdu, celui d’avant la fuite, mais l’intention reste floue.
La thématique du reflet, omniprésente dans le premier tiers du film à travers les cadres et les miroirs, semblait promettre un beau travail sur la duplicité et la culpabilité du personnage. Malheureusement, cette idée disparaît ensuite complètement. Même constat pour le parti pris de mise en scène qui, au début, maintenait Mengele hors champ ou à la limite du cadre ou même flou : un dispositif fort et signifiant, hélas abandonné en cours de route.
En revanche, j’ai beaucoup apprécié le montage fragmenté, qui oppose les temporalités et éclaire la psychologie du personnage. Ce procédé, certes un peu appuyé, fonctionne bien et apporte une réelle exploration psychologique du personnage.
Mon interprétation personnelle est que le film se déroule entièrement dans un purgatoire mental. Le montage final, presque halluciné, appuie cette idée : la scène du mariage de la sœur de l’assistante, véritable vision infernale, montre Mengele hanté par ses propres démons. Tout le film apparaît alors comme un chemin de croix — celui d’un homme seul, sans amis, sans famille, sans but, prisonnier d’idéaux détruits. Même lors de la visite de son fils, il reste un fantôme du passé, récitant mécaniquement les principes d’un Reich disparu.
Il y a aussi dans La Disparition de Josef Mengele quelque chose de l’inverse d’un récit initiatique : au lieu d’une ascension, on assiste à une lente déchéance, à la désagrégation d’un homme vidé de sens. À certains moments, on a même l’impression que le film ne fait que filmer la fin de vie d’un être humain ordinaire — ce qui permet de déconstruire la figure monstrueuse du personnage. Cette impression est d’ailleurs installée dès les premières minutes, lorsque l’on découvre son squelette : manière de rappeler que, malgré tout, il reste un homme parmi les hommes, voué à la même fin.
Cette lecture donne, à mes yeux, toute sa cohérence au film, malgré ses maladresses. Et au-delà de ces réserves, je salue la qualité de l’image, la lumière somptueuse et l’interprétation, toutes deux remarquables.