Il ne s’agit pas du premier film sur un criminel nazi, le sujet ayant été abordé, par exemple, dans « Marathon man » (1976) de John Schlesinger où le Dr Christian Szell, joué par Laurence Olivier, était (déjà) inspiré de Josef Mengele, « Le médecin de famille » (2013) de Lucia Puenzo, se déroulant en 1960 à San Carlos de Bariloche (Argentine) et « HHhH » (2017) de Cédric Jimenez, sur Reinhard Heydrich, principal organisateur de la « solution finale », également sujet du film « Les bourreaux meurent aussi » (1943) de Fritz Lang. A partir du livre éponyme (prix Renaudot 2017) du Français Olivier Guez, le cinéaste russe a fait le choix d’une narration non chronologique avec de nombreux flash-backs : Josef Mengele a séjourné en Argentine au Paraguay, au Brésil , et même en Allemagne (à Guntzbourg, sa ville natale, en Bavière, en 1956]. Ce choix met à distance le spectateur un peu perdu, moins touché par la lente déchéance de ce personnage abject, s
ans remords, considérant avoir fait son devoir, comparant les Juifs à des moustiques et n’acceptant pas la justice
. Son état mental s’est dégradé, surtout après l’arrestation d’Adolf Eichmann (responsable de la logistique de la « solution finale » et ayant échappé au procès de Nuremberg en 1945/46) en mai 1960 à Buenos-Aires et son exécution en avril 1961 à Jérusalem, sombrant alors dans la paranoïa voire la folie. Il est dommage que son arrestation par les Américains en juin 1945, sa fuite d’Allemagne en avril 1949 et son arrivée en Argentine en juillet 1949, ne soient même pas évoquées. L’aspect désordonné de la narration est, peut-être, une tentative du cinéaste d’illustrer l’état mental de Mengele, voire de montrer son insignifiance (malgré ses crimes atroces), dès la 1ère scène du film (2023),
puisqu’il ne reste de lui, qu’un squelette au département d’anatomie de l’université de médecine de São Paulo (Brésil)
. Le réalisateur a fait le choix du noir & blanc (belle photographie, façon thriller en ville et poisseuse à la campagne), avec de nombreux plans-séquence, et de la couleur, uniquement pour 2 scènes,
l’une de jeunesse où Mengele est avec sa 1ère femme, Irène, et l’autre, au camp d’extermination d’Auschwitz où il était médecin et surnommé « L’ange de la mort », fasciné par les jumeaux, images rendant mal à l’aise (archives ou reconstitution ?)
mais témoignant d’une vérité crue (
arrivée des convois, examen des hommes difformes avant leur assassinat et leur autopsie
) qu’il ne faut pas oublier (
les étudiants en médecine de São Paulo n’avaient jamais entendu parler de Josef Mengele
). Enfin, à souligner la prodigieuse interprétation de l’acteur allemand August Diehl (49 ans) dans le rôle-titre, tant par son jeu totalement habité que par ses modifications physiques au cours du temps.