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Cyril J.
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3,0
Publiée le 2 juillet 2018
Extravagant périple international pour cet éclatant bijou, une paire de boucles d’oreille en diamants, qui semble s’acharner à revenir à sa propriétaire première, via le même bijoutier, et le mari de celle-ci qui devra l’acheter trois fois. Frivole, dépensière, coquette au sang froid, menteuse à ses heures, cette épouse de général de l’aristocratie militaire française à la vie organisée autour des artifices mondains du Paris de 1892, et se voit donc offrir par son amant le fameux bijou, qui fut un cadeau de mariage de son époux autrefois. Révélant par là le carrousel sentimental et marital aux trois protagonistes, il devient à la fois un personnage de ce drame romantique, et le symbole continu pour elle de sa vie amoureuse : ennui et conformité, valeur financière, bagatelle, amour, passion, danger, rejet, emprise, sens de sa vie et péril. En 1953 la morale priorisait évidemment le respect des conventions sur celui de la vie, mais dévoile pourtant ici une aventure témoignant de la merveille comme du drame de l’amour, infiniment plus beaux, profonds et fatals que ceux fomentés par la violence des hommes. Cette romance franco-italienne raconte de charmants et néanmoins tragiques destins, pourtant relativement classiques, de la vie et de l’amour, avec toute la douleur qui lui est inhérent, révélés à une femme dont la maturité lui permet l’accès. Porté par la magnifique Danielle Darrieux, les dialogues élégants et non-dits impliquent, suscitent, déduisent, plus qu’ils ne parlent, à l’instar de ces ambiances vaniteuses et glauques de la noblesse comme de celles des masques des doubles vies.
La caméra d’Ophüls n’est jamais fixe. Comme à son habitude, il multiplie les longs plans-séquences et les travellings. Il utilise aussi des miroirs qui démultiplient, des portes et des fenêtres qui prolongent chaque plan, sans oublier les descentes et les montées d’escalier, pour des mouvements perpétuels.
La paire de boucles d’oreilles devient l’objet d’échanges incessants. Elles sont en forme de cœur et deviennent le symbole du sentiment amoureux, elles sont données en cadeau puis sont vendues mais peuvent redevenir un trésor.
Louise de Vilmorin avait écrit ce roman, les scénaristes et la mise en scène d’Ophüls en font un chef d’œuvre de tragédie.
Cette sorte de "ronde" bijoutière a très mal vieilli. Sujet hautement romantique pourtant.... mais dramaturgie poussive. DD, dans sa trentaine rayonnante, déçoit - comme De Sica, en bellâtre quinqua. Seul Charles Boyer tire son épingle d'un jeu bien daté.
La comtesse Louise s’ennuie et comble le vide de son existence d’accessoires et de parures qui finiront par lui coûter bien plus cher qu’elle ne l’imagine. Pour compenser ses dettes, elle vend une paire de boucles d’oreilles offertes au lendemain de leurs noces par son mari (Charles Boyer). Elle lui dira les avoir perdues, s’enfonçant dans une spirale de mensonges qui n’épargnera pas le baron Donati (Vittorio De Sica) dont elle s’est violemment éprise. Les boucles passent alors de mains en mains, chaque fois lestées d’un peu plus de passion et de tromperie. Mais la frivole aristocrate n’a visiblement pas retenu la leçon et emporte avec elle les hommes de sa vie dans la valse fatale des apparences qu’elle aura tenté de sauver en vain. L’accessoire anodin s’extraie du décor pour devenir le pivot dramatique d’une narration circulaire, si chère au cinéaste, que seule la ligne droite du duel pourra funestement briser. Le rôle central que joue l’objet témoigne de l’importance de l’artifice dans le cinéma ophulsien. Bien au-delà du goût pour le décorum, il atteste de la primauté du paraître dans une société du vide qui conduit les hommes à leur perte. Le film n’achève-t-il pas sa valse exténuante sur les boucles d’oreilles, enfin immobiles, dans un plan déserté de l’humain ? Le premier plan-séquence, d’une éblouissante maîtrise, donnait corps à son héroïne à travers les artifices. Tandis qu’elle soliloque sur la nécessité de vendre l’un de ses biens, ses mains manipulent des bijoux, caressent des fourrures où se dessine peu à peu son ombre avant que son visage n’apparaisse enfin dans le miroir. Ombre, reflet d’elle-même, Louise est un personnage, un masque bavard qui ne vit qu’en représentation perpétuelle pour séduire à défaut de vivre. Elle n’existe qu’à travers ses fanfreluches et voilettes. Mais Ophuls, homme de théâtre, connaît bien l’importance du verbe et du costume qui, dans la trilogie de la passion qu’il réalise avec Darrieux, menacent à tout moment de révéler le néant ontologique de ses personnages. Darrieux, l’ingénue du cinéma français, la star des comédies romantiques, incarne une prise de conscience de sa vacuité existentielle. Découvrant que sa vie, futilement, ne tourne plus qu’autour d’un malheureux bijou, Louise se laisse gagner par l’inertie. Ses évanouissements ne sont plus la coquetterie de celle qui aime à se donner en spectacle ; ils annoncent la fin tragique d’une existence qui tourne à vide. Et la fin d’une collaboration magnifique entre un « magicien », comme Darrieux appelait Ophuls, et son actrice fétiche, petite fiancée de Paris écervelée à laquelle le cinéaste a donné la consistance du mythe. La mise en scène d’Ophuls vient renforcer son propos. Les mouvements d’appareil, tout en courbe, sont magnifiques de fluidité. Le jeu avec les décors (rideaux, escaliers,…) est au service d’une idée récurrente chez le réalisateur allemand/ la vie est un théâtre, mais un théâtre réel. Qui l’oublie s’y brule les ailes. En conclusion : c’est le récit d’un drame intime autour d’une personnalité frivole, légère et inconséquente qui apprend à ses dépends qu’il est risqué de prendre le monde pour un terrain de jeu… d’où cette parole de Louise : « La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue ».
Une oeuvre qui passe subtilement de la comédie sociale de boulevard au drame intimiste grâce à des personnages qui gagnent en profondeur et en intensité émotionnelle, qu'il s'agisse de l'amant amoureux, du mari déterminé ou de l'héroïne qui, inconsciente, faisant subir la torture de l'espérance à ses prétendants, découvre une sentimentale passion. Le parcours de boucles d'oreilles se révèle plus symbolique et touchant que prévu. Un film de toute beauté.
"Madame de…" est l’adaptation du roman éponyme de Louise de Vilmorin, avec pour personnage principal la comtesse Louise qui, pour compenser un profond ennui, dépense plus que de raison. Et c’est ainsi que nous est présentée la chose : "Madame de… était une femme très élégante, très brillante, très fêtée. Elle semblait promise à une jolie vie sans histoire. Rien ne serait probablement arrivé sans ce bijou…" Ce fameux bijou va devenir le pivot dramatique d’une narration circulaire, donnant ainsi au scénario des airs de carrousel. Un scénario finalement minimaliste, qui fait tourner en rond une dame et en bourrique tous ceux qui gravitent autour d'elle. Car cette dame a certes beaucoup de charme, mais elle paraît en même temps bien vide. Non pas parce que la très belle Danielle Darrieux est mauvaise dans son interprétation, au contraire : elle est convaincante en femme séduisante et qui se laisse séduire, avec une expression scénique corporelle de haut acabit : entre les yeux mi-clos, les moments de faiblesse, de légers mouvements d’épaule emplis de tendresse... il n’y a rien à redire sur sa performance. Mais en réalité, elle interprète le genre de personne qui m’horripile au plus haut point : des personnes vides qui misent tout sur leur beauté et leur élégance et qui aspirent à une vie plus que confortable afin d'assouvir tous leurs caprices. Une personne bling-bling, quoi. Cela dit, j’y vois un message comme quoi on a beau avoir tout ce qu’on veut du fait de faire partie intégrante de la haute société, ce ne sont pas la fortune et les diamants qui font le bonheur. Quant à Charles Boyer, le comédien parait bien raide. Ceci n’est pas une critique, puisque son personnage occupe un rang qui lui dicte une telle prestance, en plus de la formation militaire qu’il a reçue, et non des moindres puisqu’il est général. Quant à Vittorio De Sica, il n’est guère exceptionnel, ni mauvais pour autant. Il a fait ce qu’il avait à faire, avec beaucoup de simplicité et d’humilité. Après visionnage et avec un peu de recul, l’histoire de ce fameux bijou peut faire sourire, bien que rien ne soit vraiment marrant, bien au contraire. Ce drame au doux parfum de romance parait bien vieux aujourd’hui. La mise en scène fait parfois penser à des scènes de théâtre dramatique, avec de longs plans sur les personnages comme s’ils débitaient de longues tirades. Mais si on regarde "Madame de…" avec des yeux de 1953, on ne peut que s’émerveiller devant l’énorme qualité du cadrage. Le cinéaste maîtrise à merveille la caméra, et sa mise en scène contribue à nous faire tourner en rond au même titre que les protagonistes. L’écriture semble bonne, avec des dialogues d’une grande justesse dans leur teneur, tant et si bien que les personnages passent d’un sentiment à un autre sans difficulté, et avec une logique implacable au gré des événements. La reconstitution est également une réussite, malgré des décors que j’attendais plus luxueux. En revanche, les accessoires (comme les calèches, pour ne citer qu'elles) et les costumes sont fabuleux, et pour ceux qui aiment les habits d’époque, ils vont en avoir pour le plaisir de leurs yeux. C’est qu’ils savaient s’habiller à cette époque-là ! Alors pourquoi je donne tout juste la moyenne à ce film, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que je n’adhère pas vraiment à ce genre de cinéma et que j’attendais des dialogues au vocabulaire plus soutenu. De ce fait, je n’ai jamais réussi à rentrer vraiment dans ce long métrage. Autant dire que "Madame de…" ne m’a guère intéressé. Car au fond, pour reprendre le tableau de présentation donné en début de film, rien ne serait arrivé sans la coquetterie infernale, sans la propension à dépenser et sans les dettes de jeu de Madame la comtesse.
Comme dans ce film tout est parfait, profitons en pour rappeler tout ce qu'il y a dans un film. Des décors de studio, des scènes tournées en extérieurs, des vrais décors, des champ-contrechamp, des plans séquences, des travelling, des costumes, le montage, la musique intégrée au film, la musique composée pour le film, des travellings, des plans fixes, des cadrages, des jeux d'ombres et lumières, des acteurs de second rôles, des acteurs principaux, des dialogues, des silences, et une vision artistique. Tout est ici au sommet, orchestré par Max Ophüls qui signe son chef d’œuvre. Une narration éblouissante fait basculer une vaudeville dans un drame poignant. Au coeur du film deux acteurs géniaux: Boyer et Darrieux. Si parce qu'Ophüls adore filmer le femmes Darrieux ressort encore plus, Boyer livre une performance exceptionnelle qui nous montre le refus d'Ophüls à se contenter de condamner son personnage. Avec Ophüls, les personnages sont complexes et ici plus qu'ailleurs Ophüls nous fait comprendre leur raison d'agir et leurs désirs et leurs souffrances. Le triangle amoureux est décrit par les silences par le cadre, le montage, et quelques détails que le réalisateur glisse ici et là, sans jamais donner l'impression de devoir en faire trop. La simplicité et la foule de petits détails dans a mise en scène: Ophüls a tout compris du travelling qui survole et donne l'impression d'aller à l'évident pour en fait cacher sous le regard du spectateur attentif les détails clés.
Ophüls a quelque chose à dire, et il ne le perd jamais de vue, et chaque scène est un argument supplémentaire à son argumentation souterraine ou artistique. Ophüls parle de l'impossibilité d'atteindre la vérité des sentiments: si les sentiments s'imposent à nous, ils nous sont étrangers et donc ne sont pas vrais: il ne sont qu'une perception de l'exteriorité. Si nous nous imposons nos sentiments, nous vivons dans une fiction que nous nous racontons. Le drame des personnages c'est d'essayer de donner un sens à leurs sentiments. Si une chose est vrai alors il faut tout lui sacrifier. Mais cette recherche d'absolu échoue dans le mensonge et s'échoue contre cette évidence: nous doutons de tout. A l'image de Louise qui doute trop du Baron pour lui dire la vérité. Le mensonge brise tout, révèle les craintes et la faiblesse des sentiments. Dès lors il n'y a que le suicide pour se montrer qu'on s'aime puisque toute les preuves d'amour terrestres sont vaines rhétoriques. Seules les actions donnent un sens à nos sentiments. Et encore... Car n'agit-on pas seulement pour éviter de laisser la superficialité de nos représentation nous éclater au visage? Nos actions n'ont elles pas pour unique but de poursuivre le vaste mensonge que la volonté impose au réel à travers une représentation trompeuse? "Le malheur s'invente" dit Charles Boyer et plus que tout autres phrases de film celle ci me hante. A force de se mentir à soi même, on se crée des malheurs pour donner du sens à ce vide: même le malheur est superficiel (ce que disait d'ailleurs aussi Caligula dans la pièce éponyme d'Albert Camus). Tout est silence et il n'y a que la mort et l'art qui rendent au monde sa beauté ténébreuse. Bref, ce film est un chef d’œuvre!
Notons en particulier la scène d'ouverture, la scène où les les amoureux dansent dans toutes les soirées parisiennes d'affilée, la scène de l'aveu silencieux dans la bibliothèque (ce montage qui enchaîne un gros plan sur chaque visage à la fin de la scène dans un ordre tout sauf hasardeux est un bijou), la scène du bal où Darrieux rend les bijoux, et les vingt dernières minutes.
Un prétexte hyper futile pour bâtir une histoire autour de Madame de.... la très belle Danielle Darrieux. Les costumes sont magnifiques et l'époque semble très bien reconstituée.... la futilité devait être le maître mot de ce film avait dit Max Ophüls.... il a réussi au delà du possible.....
"ce n'est que superficiellement que nous sommes superficiels" dit un personnage du film. Cette phrase évoque la trame du film ou à la manière d'une valse en plusieurs temps Max Ophuls nous fait passer de la futilité au tragique à travers l'histoire d'une paire de boucles d'oreille. Chez Ophuls, la forme est indissociable du fond et par ses longs travellings qui suivent ses personnages il met en scène de manière baroque le tourbillon des sentiments passant de la vacuité à la douleur absolue incarnée dans le très beau plan final . Un chef d'œuvre d'une très grande beauté, incontestablement.
Avec humour et élégance, Max Ophuls décrit dans son avant-dernier film les amours contrariées d'une comtesse malheureuse en mariage dans la haute-société française du XIXème siècle. L'improbable périple d'une paire de boucle d'oreille de luxe – tantôt synonyme de dégoût, tantôt d'amour pour le personnage incarné par Danielle Darrieux – servira de fil rouge à ce drame de l'amour interdit. Ce long-métrage ne parvient pas hélas pas à créer une tension suffisamment puissante pour éviter au spectateur de sombrer dans une certaine forme d'ennui.
"Madame de..." a une grande ambition, celle de créer un souffle romanesque ample à partir d'une intrigue minimaliste. Sur ce point, je suis moyennement convaincu. La mise en scène d'Ophüls parvient seulement par à-coups à réaliser ce mouvement, notamment lors de la soirée où Louise (superbe Danielle Darrieux) dansera successivement avec son amant, puis son mari. Mais là où le film est pleinement réussi, c'est dans le passage d'une société aristocrate moquée à la focalisation sur trois personnages qui vont gagner en consistance et en humanité. Un film globalement intéressant et parfois même brillant.
Paris - Constantinople - Paris… Voilà le parcours d’une paire de boucle d’oreilles que Madame de…. a revendu, suite à une dette de jeu, mais qui revient entre les mains de son mari, un général, qui les offre à sa maitresse qui part à Constantinople où elle les vend à un baron qui revient sur Paris et s’éprend de Madame de…
C’est avec une rare finesse, élégance, sensibilité et grâce que Max Ophuls nous fait suivre le parcours de cette femme qui passera par plusieurs émotions et étapes. De sa coquetterie, ses bals, son insouciance et ses nombreuses dépenses jusqu’à son malheur, sa spirale de mensonge révélée, sa découverte de l’amour et ce qui s’en suit… Plusieurs scènes illustrent à merveille ses sentiments allant des très belle scènes de bals, jusqu’à celle de dépressions. A l’image de son héroïne, Ophuls nous fait passer d’un sentiment à l’autre et ce avec brio. L’écriture est d’une grande justesse, que ce soit dans les dialogues, les personnages ou le scénario.
A travers ces boucles d’oreilles qui vont voyager entre différentes villes, mains et lieux mais qui seront toujours au cœur de l’action, Ophuls va évoquer le chagrin, le désespoir, l’amour, la vie ou encore le mensonge, notamment à travers cette scène où l’héroïne répète « Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas… » pour se cacher la vérité alors qu’elle nage en plein mensonge. Il jette aussi un regard sur la société aristocratique où la moralité n’est qu’une façade.
Sa réalisation est fabuleuse, fluide et totalement maîtrise, chaque plan est un régal, tout comme ses travellings lorsqu'ils suivent les personnages. Il utilise les liens entre l’instabilité matérielle représentée par les boucles d’oreilles et celle sentimentale. La reconstitution d’époque est aussi une réussite, le réalisateur allemand nous emmène dans cette bourgeoisie de belle manière, avec des décors et des costumes adéquats et dont il se sert à merveille.
Danielle Darieux est aussi belle que talentueuse, c’est dire. Elle est d’une justesse et d’une grâce incroyable et Ophul met toutes ses qualités en valeur. Charles Boyer et Vittorio de Sica sont aussi très bien dirigés.
Equilibre parfait entre émotion, justesse, élégance, ironie et sensibilité, le tout servi par une maîtrise derrière la caméra et d’excellentes interprétations devant.
On peut ne pas être touché par la grâce surannée de ce film. On peut trouver l'histoire banale, et sa chute, convenue. Il y a dans cet Ophuls tout ce que je n'aime pas chez Visconti; Ophuls montre plus qu'il ne démontre. On pourrait le croire "sans opinion". Il n'est pas de son ressort de juger des agissements de Louise. Sa caméra toujours mobile l'accompagne au long de son calvaire. J'ai trouvé ce film merveilleux, au delà des drames mondains surfaits. Le dialogue est plein d'esprit, les acteurs au sommet de leur forme.