Le goût du jeu et la culture du jeu, le jeu comme obsession et unique activité : ainsi le film de Robert Altman présente-t-il la personnalité et l'univers exclusif de Charlie et Bill, vivant leur passion -ou leur vice- au jour le jour, telles des cigales. Bill l'introverti et Charlie la grande gueule se sont rencontrés -forcément- à une table de jeu et s'apprêtent à faire équipe quelques jours, le temps d'écumer avec plus ou moins de réussite casinos et hippodromes. Le cinéaste décrit ces lieux du jeu d'une façon "naturaliste", en observateur neutre, sans le suspense dramatique qu'on attache généralement à l'enjeu ou au sort d'une partie. La mise en scène est même plutôt axée sur la fantaisie en ce qu'elle reflète le plus souvent la désinvolture de Charlie (Elliot Gould, d'autant plus convaincant et remarqué que son comparse George Segal compose un personnage plus terne) et ses frasques qui s'opposent à la modération de son compagnon de route. Mais les quelques péripéties qui règlent ou dérèglent l'existence des deux joueurs donnent parfois dans la faconde un peu vaine, en tout cas peu intéressante relativement à la nature profonde du joueur. La dernière partie du film, dans un casino de Reno, revient à une dramaturgie du jeu plus classique et dévoile si besoin, en dépit que leur portrait demeure superficiel, l'incompatibilité de fond entre les deux flambeurs.