La performance est assez incroyable, et je pense à peu près unique dans la manière de faire un film: vous prenez un évènement quelconque, une femme de ménage et ses tracas quotidiens (s'occuper de ses enfants, les placer pour la journée, l'école mais aussi la gardienne pendant qu'elle travaille, et être en même temps à temps au boulot, menacée d'être virée, ce qui signifie à la rue, etc), mais vous le racontez, le jouez à la façon d'un thriller angoissant et frénétique. Et ça marche, c'est magnifique, et on vient à se poser la question durant le film, mais surtout après: peu importe ce que nous vivons, un thriller policier avec des héros et méchants terribles, une aventure époustouflante sous les tropiques, ce qui compte dans tous ces films, c'est l'atmosphère et les émotions. Toujours. Et pourquoi la vie d'une femme de ménage ne comprendrait-elle pas ses émotions, son atmosphère? Et si c'est le cas, ce qui lui arrive est aussi important, en fait beaucoup plus, que le super-héros dans un film d'espionnage. Chaque corporation, métier, etc, possède sa propre communauté: les femmes de ménages aussi! Niveau 1: tu prestes chez un particulier sans aucun contrat, aucune protection; t'es viré, tu es à la rue avec tes enfants avec ton ex qui est parti à l'étranger. L'univers s'effondre. Niveau 2: tu es sous contrat en tant que femme de ménage dans un hôtel: c'est infiniment mieux, même si mal payé tu as une couverture et protection sociale, etc. Niveau 3: on t'apprécie et on te nomme "1ère femme de ménage ou femme de chambre", c'est le nirvana, maintenant tu gères des situations, tu voles au secours d'une débutante en difficulté dans la chambre 126, tu organises les activités de maintenance dans l'hôtel, tu deviens aussi important(e) que le Chef-Engineer Scotty dans le vaisseau spatial Enterprise de Star Trek. Ce film nous démontre admirablement, en nous le faisant vivre et surtout ressentir, que chaque être est important, que chaque situation dans la vie, même anodine, est épique, tragique et à couper le souffle car, pour la personne concernée, elle est vécue comme telle. Avoir réussi à faire passer ce sentiment au spectateur dans un film est une prouesse majeure. J'ai adoré.