Où l'on retrouve Al Pacino tout frais parrain du clan Corleone. Jadis en marge des activités mafieuses de son père, le cadet des Corleone gère aujourd'hui, aussi implacable que son défunt père, les affaires de la Famille autant que les affaires de famille. Tel un monarque absolu et intransigeant.
Précisément, la destinée et le cheminement de Michael Corleone sont ceux des rois fous shakespeariens. Cette filiation est au cœur d'un film qui se décline comme une tragédie funèbre et destructrice, à l'atmosphère pesante et viciée que génèrent la duplicité et la violence mafieuses, une tragédie au terme de laquelle Michael Corleone, comme un roi Lear,
exécute à tour de bras ses ennemis comme ses "amis".
Insensiblement, le Parrain fait le vide autour de lui, dans son délire de persécution et plus seul que jamais.
Articulé autour d'une complexe affaire d'investissements à Cuba, des magouilles et des trahisons qu'elle implique, le portrait de Michael Corleone, rigoureux et intelligent, s'inscrit dans un drame sans complaisance. Lente et précise, la mise en scène de Coppola reste constamment fidèle à sa conception tragique des mœurs mafieuses, de sorte que la violence, sporadique, se justifie toujours comme un aboutissement inéluctable. Al Pacino, entouré de seconds rôles brillants, est formidable.
On se souvient forcément aussi de ce récit à part, qui s'intercale dans l'intrigue principale, celui des débuts de Vito Corleone et futur Parrain à New York -rôle tenu par le non moins formidable Robert de Niro- fondateur de l'empire Corleone, sur lequel il n'était pas inutile de revenir en ce qu'il donne un éclairage troublant et sensible du statut de l'immigré italien et, pour le cas de Vito, de son ascension.
Il est rare qu'une suite au cinéma soit, sur un plan artistique comme scénaristique, digne du premier opus.