On a pleuré trois fois pour le caillou. Trois fois. Pour un caillou. Et si c'est à refaire, on ressort le kleenex pour la quatrième. On n'a pas peur. Car, ce que nous apprend Projet Dernière Chance, c'est qu'être courageux, c'est l'être justement quand on ne l'est pas. Et aussi combien les anti-héros un peu bébêtes sur les bords (Ryan Gosling est décidément plus que parfait dans les rôles d'auto-dérision : il bouffe l'écran avec ce rôle de "Professeur Sympa") mais ouverts d'esprit, sont identifiables et attachants. On est aussi débile et naïf que lui, alors on l'aime vraiment bien : "S'il lui arrive quoi que ce soit à la fin, c'est moi qui part dans une navette sans retour.", et on confierait le sort de l'humanité mille fois plus à ces gentils maladroits plutôt qu'aux scientifiques froids, déshumanisés et calculateurs des flashbacks (Sandra Huller est impeccable en "Les stats disent que tu dois crever : crève.", là où le personnage de Gosling répond plutôt un "Avec un coup de vodka, je le tente.", ça c'est notre gars). Allez, ajoutez une version "super mignonne" de l'échange inter-espèces de Premier Contact (Rocky est une source infinie de rigolades et de larmes), et vous nous avez calé au fond du cockpit, ceinture attachée, en route pour le meilleur film (de loin) du binôme Lord et Miller. Il nous faudrait toutes les paluches de cette planète pour compter le nombre de fois où l'on a ri (l'humour est copieux, et jamais de trop : très bien dosé), où l'on s'est attendri, où l'on s'est dit, tour-à-tour, que "Oh mais elle est vraiment chouette, cette musique, c'est de qui ?", que "Ryan Gosling est irremplaçable dans ce rôle" (il tient la boutique presque tout seul pendant 2h30, quand même !), et que "Si l'un des deux persos principaux a ne serait-ce qu'une égratignure, je ne m'en remettrai jamais". Projet Dernière Chance est un film fondamentalement gentil, qui veut croire à l'amitié plutôt qu'à l'égoïsme, dans un format d'images qui oppose un passé égocentrique (filmé avec des bordures, donc étréci, sur un filtre gris, et avec un ton très "sentencieux") et un présent qui prend conscience de la valeur de son prochain, qui conçoit les relations (pas que humaines) comme un but : faites palpiter les ventricules, c'est à ça que ça sert ! Tendez les mimines à cinq doigts (même vers celles qui ont un pouce à l'envers, c'est pas grave, on inversera nos "pouces levés" !) vers tout ce que peut vous proposer ce feel-good movie de l'infini : deux heures et demi qui filent sans cligner des yeux, des plans mémorables (que cela soit les plans de l'espace, des planètes, mais aussi juste un bon gros câlin qui fait couler la larme sur la joue qui sourit niaisement), un jeu d'acteur de Ryan Gosling à son meilleur rôle (essayez de dire le contraire, on vous jette du gravier... Oh mince, c'étaient les frangins de Rocky), une musique de Daniel Pemberton comme d'habitude sublime (car oui, c'est ce Monsieur, dont tout le monde ignore le nom, qui a signé plusieurs des plus belles compos modernes du cinéma, derrière cette BO très rythmée et fascinante), une photographie digne des plus beaux films ("...et pas que les plans spatiaux : remettez-nous les scènes de câlin, avec cette belle lumière en plans serrés, please"), et un humour qui fait mouche à chaque fois, sans forcer. C'est comme si l'on s'était fait aspirer dans une autre dimension : on est ressorti heureux, pleins de beaux messages altruistes (ça change de l'actu : venez prendre votre câlin), avec les oreilles pleines de cette belle musique, les yeux gorgés de belles images, et le cœur rempli de ce duo adorable. Pas besoin de spectacle de marionnettes pour vous le dire, c'est avec la tête dans les étoiles, et les deux pouces vers le bas, qu'on vous envoie ce message dans une sonde spatiale : "Coup de cœur 2026. Foncez.".