Ce film constitue une réconciliation bienvenue avec le réalisateur grec Yórgos Lánthimos, après la déception que fut, pour moi, Kind of Kindness. Bugonia se distingue par sa capacité à déconstruire la figure du complotiste, le présentant comme un produit façonné et engendré par le système capitaliste. Lánthimos utilise l'humour, un cynisme mordant et un misanthropisme exacerbé pour mettre en lumière ce système oppressif. À travers le personnage incarné par Jesse Plemons, le film expose les mécanismes qui l'ont mené à cette situation, nous plongeant avec lui dans une folie à l'état pur. L'approche absurde de Bugonia est immédiatement captivante : elle dépeint les dérives toujours aussi loufoques d'un capitalisme tenace qui n'épargne personne. Bien qu'elle en soit la victime directe, le personnage d'Emma Stone n'est pas exempt de tout reproche puisqu'elle incarne ce même système qui écrase Plemons. Sa transformation est radicale : sa gestuelle, sa diction et son discours lunaire, empli de contradictions, la rendent presque aliène. Elle est la parfaite illustration de cette jeune PDG qui prône l'inclusion et la diversité avec une sincérité douteuse. Le long-métrage souligne l'écart abyssal entre les riches et les pauvres, une fracture que la réalité ne cesse d'approfondir. Le recours à des scènes surréalistes devient alors une nécessité pour dénoncer les travers les plus sombres de ce système, la fiction semblant avoir été rattrapée par le réel. Le seul bémol réside dans une fin peut-être un peu trop prévisible pour un film de Lánthimos. Néanmoins, sa mise en scène conserve sa patte singulière, notamment à travers une scène de lévitation et des travellings en voiture toujours aussi méthodiques et millimétrés, qui isolent et iconisent le personnage central, le présentant littéralement comme un étranger à ce monde.
Absolument excellent. Les acteurs d'une performance remarquable et l'écriture du scénario genialissime jusqu'au BOUT ! On ne s'ennuie pas une seule seconde, chapeau au réalisateur, c'est du beau cinéma comme on en fait plus beaucoup.
Un film au carrefour de plusieurs genres : satire sociale, environnementale, comédie, thriller, science-fiction qui fleurte toujours avec le bizarre sans jamais y céder vraiment et maintient toujours en haleine avec un trio d'acteurs particulièrement convaincants, prime spéciale à Emma Stone. Une grande bouffée de fraicheur même si certains vont trouver ma réflexion bizarre au vu de certaines scènes...
Yorgos Lanthimos a le chic pour nous embarquer dans un nouveau monde a chacune de ses propositions ! Il bouscule les codes, ça plait ou ça plaît pas, mais dans tous les cas son cinéma laisse une empreinte marquante !
Ça faisait longtemps que je n'avais pas un film "what the f***" et il est à la fois génialement absurde et tordu (dans le bon sens du terme)
Ce film est ancré dans une sorte réalité plus vraie que nature absolument terrifiante et on passe tout le récit à essayer de démêler le faux du vrai.
On dirait un match de ping-pong dans lequel on fait des allers-retours entre nos croyances et notre raison, le raisonnable du déraisonné.
Ce film a le mérite de brouiller nos certitudes tout en dénonçant un fait : l'humain fait n'importe quoi et il est en train de détruire son propre habitat.
Ce type de film peut dérouter, il n'est pas à la portée de tous mais c'est ce qui est beau dans le cinéma de Yorgos Lanthimos ! Il sait mêler poésie et brutalité, l'ordre et le chaos, le magnifique et le dégueulasse, sans que cela dénote.
Même avec Emma Stone, qu'il essaye de rendre laide, il n'y parvient pas et elle est d'une beauté abyssale! Elle toujours d'une justesse folle : on ne voit que la profondeur de ses yeux et sa hargne de vivre !
Jessy Plemons est toujours autant incroyable ! A la fois fascinant et tellement terrifiant : j'ai adoré le détester !
C'est un film qui remue, qui secoue mais qui ne va pas laisser indifférent ça c'est sûr !
Yorgos Lanthimos pousse au maximum le curseur de nos réalités parallèles : qui a tort, qui a raison, entre celui qui est prêt à outrepasser la Justice pour se venger de l'industrie pharmaceutique, celui qui croit aux Alien, cet autre qui hait les femmes, cet autre qui veut simplement être excusé par son ancienne victime ? Le spectateur a un peu le point de vue du cousin qui ne comprend rien, tentant de savoir vers où penchera la vérité du film. Et la fin vient nous interroger : et si le réel était subjectif ? À quel point est-il possible d'être sûr de soi ?
Film assez long qui essaye de nous reprendre a la fin du récit avec des scènes gores pour nous capter. Pas le meilleur film de Yorgis, cependant les acteurs sont exceptionnels et nous permet de rester dans le récit.
L’ouverture est habilement montée, présentant tour à tour les protagonistes de l’affaire dans leur cadre de vie respectif. D’un côté la PDG d’une grande firme pharmaceutique qui vit dans une villa hyper connectée aussi luxueuse que glaciale. De l’autre deux pauvres types demeurés, apiculteurs amateurs qui habitent une maison aussi délabrée et poisseuse qu’isolée. Enfermés dans leur paranoïa complotiste, on comprend très vite qu’ils veulent kidnapper la femme d’affaire, persuadés qu’elle est une extra-terrestre….. Leur forfait accompli non sans mal, les deux pieds-nickelés kidnappeurs séquestrent leur prisonnière dans leur cave. Lanthimos installe alors un huit clos outrancier, satirique, gore et aussi malaisant, entre conte moral et grosse farce …. Il est difficile d’avoir un avis tranché sur Bugonia tant le propos délirant est autant une charge loufoque mais percutante contre le complotisme, qu’un mélange foutraque d’autres sujets d’actualité tels que le transhumanisme, la menace sur la biodiversité ou encore la collapsologie… C’est une fable éprouvante qui mêle fantastique et thriller avec une grosse dose de cynisme et de violence, qui n’en demeure pas moins une magistrale performance d’acteurs. Emma Stone, effroyable femme d’affaires, et Jesse Plemons, débile pathétique, nous offrent ainsi quelques joutes verbales absolument jubilatoires
Le complotisme ne sort pas de nulle part, il germe de l’incapacité à expliquer les désordres du monde. Ils est bien là ce chaos, indéniable (sauf crise de mauvaise foi !) et ses conséquences bien identifiées. Quand il s’agit d’en expliquer les causes, ça se gâte dans certains cas :-). En tirant cette ficelle jusqu’à l’absurde et la provocation, Yorgos Lanthimos fabrique une comédie dramatique qui pourra en dérouter certains. Et c’est bien normal. Le désordre est bien nommé, les dégâts et les inégalités engendrés par le capitalisme vorace et « Inarrêtable ». Les responsables en sont ils les extraterrestres, ou je ne sais qui, chacun fait finalement avec ses armes et ses moyens pour expliquer l’inexplicable. L’important n’est il pas avant tout de s’indigner ? Bugonia redonne une certaine forme de légitimité à tous ceux qui se révoltent en se trompant souvent, parfois, (peut-être?), d’explication mais pas toujours de cible ou de combat.
Avec Bugonia, Yorgos Lanthimos s’attaque au remake du film coréen Save The Green Planet, l’histoire d’un complotiste qui kidnappe la directrice d’un géant pharmaceutique, qu’il accuse d’être une extraterrestre. L’occasion pour le cinéaste de livrer une nouvelle fable macabre, drôle et sociopolitique, avec un ton dérangeant, malsain et provocateur où il malmène ses personnages, qu’il filme comme des insectes sous un microscope, des insectes auxquels il prend un malin plaisir à arracher les pattes.
C’est une réflexion sur le complotisme, non pas comme une simple dérive fantasque mais aussi comme un refuge confortable permettant d’échapper à ses responsabilités, individuelles mais surtout collectives. C’est aussi, dans la lignée d’Une Bataille Après l’Autre et d’Eddington (qui était produit lui-aussi par Emma Stone et dont on retrouve le réalisateur, Ari Aster, ici à la production), un film sur une Amérique irréconciliable, où plus aucun repère n’est partagé et où chacun érige son opinion comme une vérité. Le mensonge devient une conviction autour de laquelle on se rassemble, et finit par faire partie intégrante de l’identité de ces gens sur lesquels capitalisent les puissants.
Mais Lanthimos traite ça avec beaucoup d’ambiguïté, il multiplie les renversement, fait des va-et-vient constants pour mieux brouiller les pistes, comme pour montrer que la vérité n’a plus sa place dans ce récit, de la même manière qu’elle n’a plus aucun poids dans notre monde moderne. Il confronte les deux pôles qui saturent notre espace social : la technocratie capitaliste et le complotisme paranoïaque. Plus largement, il évoque une communication devenue impossible, le malaise d’une société où chacun s’enferme dans sa chapelle, malade de sa paranoïa et de ses préjugés, et voyant ceux qui ne pensent pas comme eux comme des extraterrestres. C’est donc autant une satire féroce du complotisme que de la déshumanisation des élites.
En cela, il montre l’humanité dans ce qu’elle a de plus médiocre et cruel. Une espèce qui court à sa perte en s’enfermant dans ses croyances, qu’elles soient ridicules (théories du complots) ou mainstream (néo-capitalisme). Il aborde pêle-mêle la lutte des classes, la responsabilité des puissants, l’aliénation sociale, le fanatisme…et transforme tout ça en une tragi-comédie furieuse et loufoque.
Autant il nous met volontairement mal à l’aise avec ce qu’il nous montre, autant c’est un pur plaisir esthétique. Bien qu’un peu limité par un film majoritairement en huis clos, sa mise en scène reste chirurgicale : couleurs, décors, cadres,...tout est travaillé et concourt à offrir une atmosphère anxiogène. Il utilise le vieux procédé de Vistavision qui offre des images sublimes, appuyées par une musique très présente qui donne une aura fantastique à des actions a priori banales. Et, comme toujours, il transcende ses acteurs, formidables Emma Stone et Jesse Plemons.
Bugonia fait le constat, provocateur et cynique, de l’effondrement - écologique, intellectuel et culturel - de notre société. Bref d’une humanité qui court vers son autodestruction. Et même s’il perd en pertinence et en impact à trop vouloir jouer au malin, il parvient malgré tout à rendre tout ça glaçant, drôle, violent, dramatique et divertissant. Et se demande en creux si l’humanité a encore une raison d’être si plus rien ne fait sens ni société.
C'est special et ca peut être dérangeant parfois , un peu sanguinolent. Par contre , les acteurs sont pas mal et la dernière partie du film original et amusante.