Ce troisième film en trois ans achève le cycle sur l'humanité de Yorgos Lanthimos, qui ne manque pas de parler de cinéma et de science, ce que j'explique ensuite.
Il fait un remake d'un film coréen (cinéma qui a la cote en ce moment depuis la palme d'or de Parasite notamment mais pas que), avec des acteurs consacrés (Jesse Plemmons et Emma Stone, déja présents dans les deux précédents mais jamais ensemble), qui sont omniprésents à l'écran et largement défigurés, salis et diabolisés. Le duo de garçons ressemble à Geroges et Lenny des Souris et des Hommes, et le film s'ouvre sur les "morning routines" du duo et de la PDG d'un montage en cuts successifs à la manière de Rocky IV. Bref, tout au long du film, Lanthimos s'amuse de références au cinéma consacré et profane grâce à des procédés de réalisation classiques ou des mises en scène topiques (le motif de la séquestration et la narration en rétrochronologie), qui servent à rassurer le specateur tandis qu'il est en train de détricoter morceau par morceau le film.
La science n'est pas non plus en reste dans ce film, comme elle ne l'était pas dans Pauvres Créatures. Teddy teste une hypothèse sur les extraterrestres à partir d'un dispositif expérimental (qui n'est pas sans rappeler l'expérience de Milgram) et en tire une conclusion. A la fin du film, on voit l'antichambre de Teddy, un laboratoire très bien organisé, qui n'est pas écumé, mais dont la réalisation s'attache à filmer tous les détails de cette pièce tandis que Michelle découvre les carnets de notes de Teddy. La scène montre un laboratoire comme il pourrait être montré dans le cas d'un scientifique, mais ici, le contexte n'est pas le même car Teddy est un complotiste et cette pièce devient tout de suite une chambre gore, antisociale et dangereuse. La science est jusque là du côté du capital, à savoir les entreprises et laboratoires pharmaceutiques, qui mène des expériences immorales sur des sujets humains pour tester des traitements (motif basique d'une expérimentation en science), et Michelle va même jusqu'à convaincre Teddy de verser du liquide de refroidissement dans les perfusions de sa mère malade. L'absurde renverse complètement la relation de pouvoir, alors même que l'échelle des valeurs est désorientée car on ne sait plus qui est qui. C'est en ce sens que Lanthimos parvient bien à déconstruire complétement le film et à maîtriser le grand huit, si bien qu'on ne sait jamais vraiment si on a la tête en bas, sans tomber dans le relativisme. La pirouette finale n'est pas qu'un jeu scénaristique, même si elle en est un, elle est essentielle.
Enfin, Lanthimos dans un geste post-moderne, achève le genre humain et consacre les abeilles, symboles contemporains du réchauffement climatique, et clôt le tryptique commencé par Pauvres Créatures et continué par Kinds of Kindness à la manière d'un Ruben Ostlund. La scène finale montre des scène quotidiennes banales où tous les corps humains sont inanimés, mais les technologies continuent de fonctionner et les animaux vivent normalement, donc ce n'est pas une satire du vivant, mais de l'humain, dont son action se poursuit après sa disparition. Cela s'inscrit dans une démarche absurde.