Somptueux trompe-l’œil
Le nouveau Yórgos Lánthimos est arrivé. Qu’on aime ou pas le cinéma du bonhomme, chacun de ses films est désormais un événement. 120 minutes qui vont encore faire beaucoup parler. Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre. Le cinéaste de The Lobster, Mise à mort du cerf sacré, La favorite, Pauvres créatures ou Kinds of Kindness, fidèle à son habitude, surprend, dérange – quand il n’irrite pas certains – même s’il semble s’être débarrassé pour l’occasion de tous ses tics et outrances maniéristes pour se concentrer sur un scénario qui vous laisse totalement abasourdi. Et franchement, ça fait du bien.
Après The Brutalist de Brady Corbet et Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, c’est le seul film entièrement tourné au XXIème siècle en Vistavision – 35mm -. Pour ne finir avec la technique, Lanthimos a laissé tomber son fish-eye et son grand-angle dont il fait d’habitude un usage immodéré. Du fait que ce film est un remake d’une production coréenne, cette fois le cinéaste n’a pas signé le scénario. Disons-le, ça démarre assez classiquement par le kidnapping d’une femme brillante par un apiculteur paranoïaque obsédé par les théories du complot, et son jeune cousin, un garçon fragile, un tantinet bas de plafond. A partir de là suit un long épisode absurde et terrifiant, sous forme de confrontation drôle et tragique, grotesque et glaçante, où la logique finit par vaciller. Mais au passage, Lanthimos en profite pour interroger la société contemporaine, ses peurs légitimes, tout en fustigeant la toute-puissance des multinationales, l’exploitation, la fracture sociale. Puis vient l’incroyable twist dont je ne vous dirai rien sinon qu’il vous laissera pantois et assis bien au fond de votre fauteuil. Somptueux !
La collaboration quasi frénétique entre notre réalisateur et son égérie Emma Stone, a tout de même généré 3 films en 3 ans. Une fois de plus elle se taille la part de la lionne dans son face à face, pour le moins musclé avec l’excellent Jesse Plemons. On citera volontiers les participations d’Aidan Delbis – acteur neuro-divergent qui en est à sa 1ère expérience à l’écran, mais qu’on devrait revoir -, et Stavros Halkias. La mise en scène virtuose et la photographie exceptionnelle subliment une expérience psychologique intense qui n’oublie pas de bousculer nos certitudes contemporaines. Incontournable.