Si l'on doit être honnête, "Zack Snyder's Justice League" est un projet qui n'aurait jamais dû exister. En se présentant comme la version longue du film "Justice League" sorti en 2017, qui fut une immense déception, ce long-métrage est presque arrivé sous la forme d'un soulagement, celui-ci répondant aux nombreuses demandes des fans du DCEU. Complètement remontée et dénuée de toute l'énergie du réalisateur d'origine, la version cinéma nous avait surpris, car nous ne retrouvions pas l'énergie plus sombre et torturée des premiers films de l'univers. À la place, le tout était devenu très léger et fun, la Warner ayant profité du changement de réalisateur pour aseptiser sa production au maximum. Alors, quand Zack Snyder fut rappelé afin de finaliser sa version et la proposer via la nouvelle plateforme de streaming HBO Max, l'occasion était inespérée. Les spectateurs la demandaient depuis bien longtemps et, bien qu'elle n'ait pas eu la chance de sortir en salles, le fait de la voir disponible fut un miracle. Et pour le coup, même si nous aurions aimé que ce film sorte plus tôt, nous pouvons déjà nous estimer chanceux, car le résultat est plus que réussi. Concluant une sorte de "trilogie", après "Man of Steel" et "Batman v Superman : L'Aube de la Justice", ce troisième opus vient nous prouver à quel point une intention totalement différente peut complètement modifier une idée. En effet, malgré un matériau de base identique, cette version longue s'avère clairement bien plus riche et complète que celle que nous avions eue en 2017. La première chose qui choque d'ailleurs tout de suite en matière de différence, c'est évidemment l'aspect visuel. Déjà, car avec beaucoup plus de temps pour finaliser la vision du réalisateur, les effets spéciaux de ce projet sont bien plus réussis. Entre-temps, les problèmes de fond vert aperçus sur le film de base ont pu être corrigés, ce qui aide grandement à l'appréciation de l'ensemble. Mais surtout, avec une photographie différente, l'approche se veut également tout autre. Là où la précédente interprétation se caractérisait par des couleurs trop vives, qui donnaient un aspect faux à beaucoup de plans, le ton est bien plus sombre ici. Même si l'on retrouve toujours cette envie de moins saturer les couleurs, Snyder a réellement essayé de faire ressortir les noirs profonds le plus possible, cela tirant son sens de l'intrigue. Effectivement, dans un film où le retour de Superman en costume noir est au cœur de tout, l'idée de faire ressentir cela encore plus via les couleurs et les lumières se tient. On est même quasiment proche d'un film en noir et blanc à certains égards, ce qui se confirmera quand une version alternative avec ces couleurs-ci sortira plus tard. D'autant plus que, pour accompagner cette refonte très agréable au niveau des visuels, le long-métrage se permet également de faire des folies dans son choix de ratio. Proposé au format 1,33:1, ou en "4/3", c'est la première fois qu'un film de super-héros dégage bien plus une envie de présenter son action en hauteur qu'en longueur. Et honnêtement, je trouve que le résultat est très efficace, offrant un vrai dépaysement dans la façon de la dépeindre. Par ailleurs, cette dernière, bien que proposée au sein de tous ces changements visuels, reste très proche des idées de Snyder. On est ainsi bien loin du manque d'impact des séquences de Joss Whedon, et nous retrouvons quelque chose de plus brutal et violent. Chaque coup est alors ressenti au maximum, ce qui s'intègre toujours à cette envie de traiter les héros comme des dieux, surtout en ce qui concerne Superman. Et justement, cette approche se retrouve dans l'écriture, cette conclusion de la trilogie s'intégrant parfaitement aux récits précédents. Là où le premier volet nous présentait le héros et le second le remettait en question, celui-ci adopte la vision du retour, l'approche étant sans aucun doute inspirée de la résurrection du Christ. Et sur le papier, je peux parfaitement comprendre que cette idée puisse en déranger certains, car elle est clairement moins subtile et plus évidente que ce qui était présenté avant. Cependant, je serais peu honnête de ne pas vous dire que je l'ai apprécié, car elle est totalement cohérente au vu de la vision développée depuis le début. Globalement, ce rassemblement autour de Clark apparaît alors comme quelque chose de logique, comme des fidèles attendant le retour de la divinité qui peut les sauver, terminant assez logiquement l'envie initiale de Snyder. Thématiquement, le film se montre donc aussi riche que les précédents, même s'il est tout de même moins terre-à-terre dans son ambiance. Avec cette première conclusion, on sentait que l'auteur voulait démarrer un nouveau chapitre au sein de son univers étendu et s'éloigner des questions de droit fondamentalement humain du précédent volet. Et pour cela, introduire tous ces héros était nécessaire, et autant dire que leur entrée en scène se veut réussie. Si j'avais déjà été convaincu par Aquaman dans la version de base, il est clair que Cyborg et Flash gagnent un peu en profondeur, ce qui est clairement bénéfique à la bonne alchimie du groupe. De son côté, Wonder Woman garde son importance, mais du point de vue de Batman, on sent un réel changement. Pour le coup, j'ai beaucoup apprécié son évolution, passant du personnage froid et réfractaire du début à l'homme accueillant presque logiquement de nouveaux héros dans son combat. Si je suis donc déçu de ne pas avoir eu de film solo pour Ben Affleck, je suis au moins satisfait de son développement au sein de la grande histoire. Et à vrai dire, même la menace affrontant nos héros se montre plus intéressante que dans le film d'origine, avec un changement de design qui s'avérait essentiel pour Steppenwolf. Il est ici bien plus menaçant que dans son look de 2017, bien qu'il reste toujours un sous-vilain au service d'un véritable grand méchant. À ce niveau, c'est plus l'introduction de Darkseid qui était attendue, et je dois dire que j'ai apprécié sa courte apparition. Malheureusement, comme vous l'avez probablement compris, le problème de cela est que cette histoire ne mènera à rien. Au vu des conflits entre le réalisateur et les producteurs, la sortie de ce film exceptionnel est justement une exception. Elle ne serait d'ailleurs probablement jamais sortie sans HBO Max, et, même si cela avait été le cas, elle n'aurait jamais duré 4 heures. Si nous pouvons donc nous estimer heureux d'avoir au moins eu la conclusion de la trilogie orignale, formant ainsi un tout avec un début et une fin très claire, il faut bel et bien faire le deuil de la suite potentielle de cet univers. Il est important de comprendre qu'il n'y aura jamais de continuité à cela, ce qui reste malgré tout malheureux au vu des promesses tenues à la fin de ce film. Cet univers étendu amorçait alors clairement le début de sa chute en cette année 2021, notamment avec la sortie simultanée de ce projet et la suite très décevante de "Wonder Woman", qui nous montrait bien à quel point la Warner avait tout raté. Nous ne pouvons clairement pas refaire le monde avec des si, mais si cette dernière avait été moins intrusive d'un point de vue artistique, je pense qu'elle aurait eu ce qu'elle souhaitait. Pour conclure, une meilleure approche, et en tout point.