"Follow the sounds of Lincoln's canons."
Si le sujet, inspiré d'une histoire vraie, celle de Gordon ou "Whipped Peter", méritait d'être traité pour compléter la vaste filmographie centrée sur la Guerre de Sécession où les principaux intéressés ont trop souvent été invisibilisés ou, au mieux, infantilisés, il faut reconnaître que la direction d'Antoine Fuqua pose question.
Le réalisateur, en effet, est plus habitué aux films d'actions et enchaîne les plans esthétisants mais faciles, contre-plongées, ralentis, gros plans façon Sergio Leone, dans une oeuvre visuellement très académique finalement, en 2022. On pointera seulement l'audace du noir et blanc faiblement colorisé qui surprend sans qu'on en comprenne vraiment l'utilité.
De même, l'interprétation oscille entre un Will Smith impressionnant en mode survivaliste avec son accent créole et une direction d'interprètes stéréotypée où les sudistes sont exagérément répugnants physiquement tout autant que moralement. Sur ce point, évidemment, le parti pris est clair mais sans doute trop radical, le récit dépeignant les esclavagistes et les confédérés en sociopathes ultimes, ce qui est émotionnellement compréhensible mais factuellement grotesque, nuisant au propos.
Le scénario, lui, signé Bill Collage, également plus habitué au cinéma d'action, s'étire en une narration linéaire assez plate malgré la tension liée à la traque, qui sous-tend l'action sans, toutefois, apporter quoi que ce soit au cadre historique proprement dit, truffée d'événements téléphonés et sans beaucoup de nuances, si ce n'est le monologue de Ben Foster vers le milieu de l'histoire et qui permet de comprendre la mentalité des suprémacistes qui ont peur d'un backlash inversé. Côté positif, il faudra souligner la fresque naturaliste d'une Louisiane sauvage, entre marais, alligators et serpents.
On l'a compris, Emancipation rate sa cible et n'apporte rien, ni au cinéma, ni au nécessaire devoir de mémoire, à part un film d'action potable, parfois prenant, souvent prévisible.