Film fleuve (2h40), mais sans une once de longueur ; à aucun moment l'ennuie ne frôle le spectateur. Jan P. Matuszynski nous offre un film dénonciateur du totalitarisme sournois digne du meilleur Costa Gravras ; je n'avais rien vu d'aussi puissant depuis "La vie des autres" de Florian Henckel von Donnersmarck, autant que je me souvienne. Tout est peu ou prou réussi. Un scénario dense et solide, qui distille lentement mais surement et clairement une histoire épouvantable de manipulation politique ; mise en scène maîtrisée ; interprétation magistrale de l'ensemble des acteurs unanimement brillants (un grand bravo au jeune Tomasz Zietek, acteur prometteur, déjà vu dans "Opération Hyacinthe" de Piotr Domalewski, et à Aleksandra Konieczna qui plante une procureure odieuse à souhait) ; parfaite reconstitution (atmosphère, mais également décor, costumes; accessoires, etc.) de la Pologne des années 80, avec un Jaruzelski plus vrai que nature, même la couleur et l'image contribue à cet effet ; rythme tenu de bout en bout ; le choix de la caméra à l'épaule en début de film colle parfaitement avec la situation confuse et le petit vent de révolte qui souffle alors sur le pays. Le plus gros reproche est l'omniprésence de la cigarette pratiquement à chaque plan, sans rien apporter à l'intrigue ; on pourra aussi regretter le titre français alors qu'une traduction plus proche du titre original (Żeby nie było sladów, Qu'il n'y ait pas de traces) aurait été mieux venue. Pour conclure, je me permets de citer "Opera R" (forumeur de ce site) : "Film qu'il faut montrer à tous ceux qui ont crié à la dictature quand le gouvernement nous a imposé deux confinements pour cause de pandémie de Covid ; ils auront ainsi l'occasion d'apprendre le sens du mot "dictature" dans la perfection de ses rouages manipulateurs."
Dans les premières minutes, les images sont d'une forte violence physique mais tout le film est d'une violence morale inouïe. Au-delà des actes de passage à tabac, c'est la pression continuel de cette dictature qui est à peine supportable . Le film est mené comme un thriller. Documentaire fiction qui dénonce une vérité camouflée ou plutôt un vrai film documenté, film inspiré. Ou en es t-on aujourdhui de la vérité dans certains pays ? ailleurs ou peut-être pas si pas loin de nous, chez nous, la raison d'état demeure comme du possible.
« Varsovie 83, une affaire d’état » présenté à la Mostra de Venise en 2021 et sorti en France en 2022, est l’œuvre du réalisateur polonais Jan P. Matuszynski tirée d’un livre-enquête paru en 2016. Nous sommes en mai 1983 à Varsovie dans la Pologne tenue par la main de fer du général Jaruzelski. Le jour des résultats du baccalauréat, un adolescent Grzegorz et son copain Jurek Popiel (Tomasz Ziętek) sont arrêtés sur la voie publique par la Milice Citoyenne pour une raison futile. Mais Grzegorz refusant de présenter ses papiers, tous les 2 sont emmenés au poste de police et Grzegorz y sera battu à mort - « dans le ventre pour ne pas laisser de traces » -. Sa mère Barbara Sadowska (Sandra Korzeniak) étant une poétesse proche de la puissante église catholique et sympathisante du mouvement Solidarność créé en 1980 par Lech Wałęsa, les obsèques de son fils seront suivies en grand silence par près de 60 000 personnes. Mais il y a des fuites en Europe via la BBC … et surtout un témoin de cette agression : Popiel. De fait cette « bavure policière » devient une affaire politique remontant jusqu’au général Jaruzelski. Un « coordinateur » d’une cellule d’action sera nommé pour « saboter » l’enquête ouverte par la mère de Grzegorz et toutes les bassesses possibles dans un régime fort seront utilisées pour que le procès soit aux yeux de l’Occident « équitable » ! Un film très puissant dont les 2 h 40 passent sans problème. Un film inquiétant… mais on se doute de ce qu’un Etat peut faire même dans une démocratie !
Très bon film. Récit saisissant sur la réalité de la vie sous un régime totalitaire. Acteurs crédibles et scénario sans fioritures ni excès. Juste la sobre réalité.
Histoire passionnante qui met en avant une sombre période de l'histoire polonaise. Les acteurs sont très bons, les décors du film également, on est plongés en 1983. Le film souffre cependant d'énormes longueurs (2h40), le début est assez haletant mais ça s'essouffle au fil du film. L'impression d'une fin bâclée.
Il ne faut pas, pour une fois, s’arrêter sur la durée d’un film qui ne demande qu’à s’éterniser jusqu’au jour où les dictateurs et leurs affidés n’auront plus droit de cité. On peut rêver. On revient ici à la période polonaise de Jaruzelski et à ce fait divers aussi tragique et malheureusement assez commun de la mort d’un jeune garçon dans un commissariat. Comme l’affaire ne peut être étouffée et que la planète colporte la nouvelle, le pouvoir en place décide d’appliquer un processus systématique afin de détourner l’attention. Menaces, tortures, disparitions, emprisonnement , cette mise en œuvre d’un processus abject, le réalisateur Jan P. Matuszynski reprend dans une configuration scénique proche du travail d’ Agnieszka Holland. Il ne laisse aucune zone d’ombre, de part et d’autre, afin de bien remonter à la surface toutes les pièces d’un dossier cousu d’invraisemblances. Au sein même de l’administration certains fonctionnaire tente de remettre la vérité en ordre de marche. Ils seront sanctionnés. Ce travail de sape, ce climat de peur et de terreur, chaque protagoniste le rapporte avec une extrême sensibilité, une conscience totale de reprendre l’Histoire là où les autorités ont voulu l’abandonner. La réalisation de Jan P. Matuszynski remplit ces vides et ces absences, sans forcer un quelconque ressort, une possible altération des faits. Il va à l’essentiel, et c’est urgent ! Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Un film au gout étrange. Un double retour en arrière dans le temps d'abord puisque le film se passe en 1983 et dans l'histoire du cinéma, l'impression de voir un film de Costa-Gavras. Et ce retour en arrière est impressionnant la reconstitution historique est parfaite, l'image, la manière de tourner elle même renvoie au année 80.
Mais qu'un peu plus de trois étoiles car le film s’essouffle quand on approche du procès et l'ennuie gagne le spectateur. C'est d'autant plus surprenant que compte tenue de sa durée plus de 2h30 il y avait matière a éviter les longueurs.
A voir par touts et particulièrement par ceux dont pour qui la Pologne de Jaruzelski fit partie de l'actualité.
Ce film met en scène l'affaire Malik Oussekine polonaise Les faits sont relatés tels qu'ils sont connus dans la version officielle sans chercher à gommer les incohérences, dont la principale est la véritable cause de la mort de cet étudiant. Il serait décédé de lésions internes gravissimes comme "si un camion lui était passé dessus" d'après le Médecin légiste alors qu'il ne présentait aucune trace de lésion externe!! J'aurais plutôt tendance à penser qu'il était gravement malade comme Malik Oussekine. Une chose est sûre, c'est qu'il symbolise malgré lui, la lutte entre le mouvement révolutionnaire ouvrier, Solidarnosc et le régime soviétique. Même si le film à priori dénonce les dérives d'un régime autoritaire, en caricaturant ses méthodes et ses personnages, la scène finale semble suggérer que les réalisateurs penchent plutôt vers l'ordre établi. Sinon d'un point de vue cinématographique, le scénario paraît parfois un peu redondant mais la mise en scène est réaliste et les acteurs convaincants.
Une plongée dans la Pologne des années 80, Solidarnosc et cigarettes. Un film immersif sur une époque trouble entre régime autoritaire et peur de l'image dans la presse occidentale
Le 12 mai 1983, le jeune Grzegorz Przemyk, le fils d’une opposante politique au régime communiste polonais, célèbre joyeusement sa réussite à la première partie des épreuves du baccalauréat avec son camarade Cezary Filozof (renommé dans le film Jurek Popiel) dans les rues de Varsovie. Deux policiers les interpellent, les conduisent au poste et les rossent. Przemyk est conduit à l’hôpital et y mourra deux jours plus tard des suites de ses blessures. S’ensuit une enquête sur les causes du décès que l’appareil d’État souhaite rapidement étouffer. Le témoignage de Jurek Popiel s’annonce central car il est le seul témoin des violences policières survenues au commissariat.
"Varsovie 83" revient sur un épisode méconnu de l’histoire polonaise, coincé entre les grèves des chantiers navals de Gdańsk, l’état de siège proclamé en décembre 1981 et l’assassinat de Jerzy Popiełuszko en octobre 1984. Sous la caméra de Jan P. Matuszyński renaissent les paysages désespérants des pays de l’Est des années 80 – tels qu’on les voyait dans l’excellente série "Deutschland 83".
L’affaire Przemyk est l’occasion de mettre à nu l’appareil d’État communiste et ses mensonges – au risque parfois de verser dans la caricature, par exemple avec les personnages outranciers du général Kiszczak et de la procureure Bardon. Tous les moyens lui sont bons pour mener l’enquête à décharge et innocenter les policiers responsables de la mort du jeune lycéen : dessaisir le premier procureur qui avait été chargé de l’affaire et dont les conclusions n’étaient pas favorables à la police, incriminer les ambulanciers qui dans la version officielle auraient roué de coups la victime pendant son transfert, encourager Popiel à revenir sur son témoignage en le menaçant de représailles et en pesant sur sa famille. Est particulièrement abject le personnage du père de Popiel qui, par un mélange d’idéologie et de peur, est encouragé à moucharder son propre fils.
"Varsovie 83" est construit comme un thriller haletant qui ne relâche jamais la pression. Sa densité aurait peut-être mieux convenu à une mini-série de trois ou quatre épisodes qu’à un film trop long de 2h39. Mais aussi exigeante que soit l’expérience de ce long spectacle, il n’en demeure pas moins une grande réussite.
Un chef-d’œuvre de reconstitution judiciaire, de cinéma politique et de film d'espionnage, quelque part entre Wajda, Rosi et Kafka. 2h40 d'efficacité narrative et de réalisation maîtrisée. Un must !
Encore un film passionnant, qui nous plonge dans l'histoire -mais une histoire plus récente, et donc d'une certaine façon, qui nous touche plus que l'Affaire Collini. Ce sont les dernières années du féroce régime communiste en Pologne, quand on traquait sauvagement les militants de Solidarnosc, alors interdit, mais toujours debout, quand les "milices citoyennes", supplétifs du pouvoir, étaient partout, susceptibles de frapper à chaque porte. Bien sûr, le film n'est pas sans défauts. Très long (plus de deux heures et demi!), avec d'innombrables personnages entre lesquels on se perd un peu, peut être aurait il été encore plus démonstratif s'il avait été un peu plus resserré. Parmi les personnages secondaires, on voit passer le père Jerzy Popieluszko, l'aumonier du syndicat, qui devait lui même être torturé et assassiné un an plus tard. Si vous lisez les actes de ce procès, vous trouverez pas mal de points communs avec celui qui fait l'objet du film. Le film est donc tiré d'une histoire vraie, qui a fait l'objet d'un livre. Grzegorz, un lycéen fête son bac. Il a un peu bu, il chahute dans la rue avec son pote Jurek, refuse de montrer ses papiers d'identité aux milices qui, aussitôt, lui tombent dessus...et est conduit au poste avec Jurek, tabassé à mort -l'intestin en bouillie à force de coups de pied. Sa mère, la poétesse Barbara Sadowska, est une proche de Solidarnosc. Elle a déjà été arrêtée et, selon la coutume, on l'a menacée de s'en prendre à son fils. L'arrestation de Grzegorz, est ce un hasard ou un coup monté? Là dessus, le film ne se prononce pas. En tous cas, les autorités ont peur d'un procès qui mettrait en cause la mort d'un adolescent sous les coups dans un commissariat de police, et un incroyable dispositif mettant en oeuvre plusieurs ministères au plus haut niveau se met en marche. Chantage, intimidation, tout est bon dans ce processus terrifiant. La vie privée de Barbara, celle de Jurek qui a fait quelques bêtises dans sa jeunesse sont évidemment étalées, mais on s'acharne aussi sur les parents de Jurek qui ont de petites entreprises -une ferme, un salon de coiffure- dans lesquelles de petites irrégularités réelles ou inventées pourraient entrainer la fermeture.... Intimidation, puis subversion.... Des dizaines de moutons sont enroulés, des dizaines de suiveurs, de faux amis.... Tiens, et si c'étaient les ambulanciers (qui, c'est bien connu, ont l'habitude de massacrer leurs passagers)? Tout est bon. C'est asphyxiant. On voit comment la peur et surtout cette menace qui pèse sur la famille, les enfants peut conduire n'importe qui à avouer n'importe quoi. Film indispensable pour se souvenir que le totalitarisme est toujours prêt à frapper. Merci les Polacks!!!
Un film certes long ( 2h30) mais jamais ennuyeux. Excellente reconstitution des décors d'époque, excellents acteurs avec une prime à l'horrible procureur. Les militaires communistes droits dans leurs bottes, Solidarnosc à l'oeuvre, les citoyens écrasés. Un gamin tabassé à mort par la milice, un témoin gênant, la milice dans ses basses oeuvres, tout ce qui peut servir la justice ( avocat, procureur) éliminés. Chantage, extorsion, menaces de mort, tout est bon pour corrompre les témoins et fabriquer des coupables. Excellente réalisation. A voir absolument.