Note moyenne
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355 notes
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Plein de bonnes idées dans ce film très original, de bons acteurs, une excellente bande-son et quelques bons moments de rire et de jubilation.
Seul petit bémol à mes yeux: le film semble hésiter parfois entre le polar et la comédie loufoque. On retrouve un peu l'esprit décalé de Polar Park mais l'alchimie fonctionnait un peu moins bien pour moi. Par contre, certains rigolaient franchement dans la salle!
Seul petit bémol à mes yeux: le film semble hésiter parfois entre le polar et la comédie loufoque. On retrouve un peu l'esprit décalé de Polar Park mais l'alchimie fonctionnait un peu moins bien pour moi. Par contre, certains rigolaient franchement dans la salle!
Rentré par hasard, pas sûr que le titre soit vendeur, mais agréablement surpris. Film gentiment barré, très français au final, à voir...
J’ai adoré me laisser embarquer par ce film sans jamais vraiment savoir où il allait m’emmener. Par tous ces acteurs à contre-emploi sans l’être vraiment, mais dont on sent absolument qu’ils prennent un plaisir évident.
J’ai aimé surtout ce ton libertaire qui se diffuse dans chaque plan. Cette sensation que le film ne demande jamais la permission, qu’il peut bifurquer à tout moment, changer de rythme, de genre, de registre. Une sorte de rock alternatif joyeusement mixé au coupé-décalé.
L’Espèce explosive est un voyage à travers tous les cinémas : la comédie, le polar, le film social, le burlesque, parfois même quelque chose qui ressemble au western. Il pioche partout, mélange tout avec une audace rare et finit par ne ressembler qu’à lui-même.
Impossible à raconter, mais terriblement facile à conseiller.
Que demander de mieux ?
J’ai aimé surtout ce ton libertaire qui se diffuse dans chaque plan. Cette sensation que le film ne demande jamais la permission, qu’il peut bifurquer à tout moment, changer de rythme, de genre, de registre. Une sorte de rock alternatif joyeusement mixé au coupé-décalé.
L’Espèce explosive est un voyage à travers tous les cinémas : la comédie, le polar, le film social, le burlesque, parfois même quelque chose qui ressemble au western. Il pioche partout, mélange tout avec une audace rare et finit par ne ressembler qu’à lui-même.
Impossible à raconter, mais terriblement facile à conseiller.
Que demander de mieux ?
J'ai tellement adoré et ri si fort devant le film, ça fait du bien c'est frais et les répliques sont tellement bien écrites !!
Un mélange des genres incroyable, entre polar, comédie et rom-com. C’est la naissance d’une réalisatrice à suivre qui s’est entourée d’acteurs et actrices incroyables. Un film qui fait bouger les lignes. A voir absolument !
Un premier film vraiment réussi ! Sarah Arnold signe un polar rural complètement barré et rafraîchissant : un gendarme corse muté en Argonne, des sangliers géants, une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs… On ne s'ennuie jamais. Alexis Manenti est génial, tout en énergie, et le film amuse autant qu'il surprend. Présenté à Cannes, c'est l'une des surprises de l'année : décalé, communicatif et charmant +++
Film vu à Cannes mais qui m'a moyennement convaincue tant il tire du côté des frères Coen en les adaptant à la sauce "péquenots français". Ce qui nous fait rire quand les frères Coen égratignent les Rednecks américains ne fonctionnent pas complètement ici, même si un style plus "Groland" aurait pu viser plus juste.
J'aime beaucoup Alexis Manenti donc j'avais au moins une raison de rester pendant la séance mais même avec tout son talent il ne sauve pas l'affaire
J'aime beaucoup Alexis Manenti donc j'avais au moins une raison de rester pendant la séance mais même avec tout son talent il ne sauve pas l'affaire
Film génial et qui fait du bien. Les 30 dernières minutes sont folles - une scène (je vous dis pas
Quoi) vous restera !!!! C’est tellement fun ce film !
Quoi) vous restera !!!! C’est tellement fun ce film !
Film totalement incroyable. Vraiment. Rarement vu un truc aussi DROLE et aussi FORT, c'est la France de Macron que le film attaque et il le fait avec tellement d'intelligence. Film que tout le monde devrait voir car c'est un film sur la liberté, la désobéissance, la fluidité ou le désir. Riche, intelligent et joyeux.
L’Espèce explosive prend racine dans une campagne française sous tension pour mieux faire dérailler le polar traditionnel. Sarah Arnold transforme une guerre entre agriculteurs, chasseurs et sangliers en comédie noire où tout semble progressivement échapper au contrôle des hommes. Derrière l’enquête policière et ses animaux gigantesques se dessine surtout le portrait d’un territoire à bout de nerfs.
Dans le Nord-Est de la France, les sangliers ravagent les cultures. Les agriculteurs accusent les chasseurs, les chasseurs possèdent leurs propres certitudes et chacun semble considérer l’autre comme responsable d’un équilibre devenu impossible.
Brun, céréalier étranglé financièrement, tente encore de sauver son exploitation. Mais lorsqu’un notable local le pousse un peu plus loin dans ses retranchements, quelque chose casse.
Brun disparaît.
Un an plus tard arrive Fulda.
Gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, il possède à peu près toutes les qualités que l’on ne recherche pas nécessairement chez un enquêteur. Son intuition fonctionne par éclairs, ses méthodes sont discutables et sa consommation de vodka n’améliore pas exactement sa capacité à respecter les procédures.
Alexis Manenti trouve dans Fulda un personnage idéalement bancal. Loin du policier brillant dont les excentricités cacheraient un génie infaillible, celui-ci peut avoir une intuition remarquable avant de commettre une erreur monumentale quelques minutes plus tard.
Cette faillibilité donne au film une grande partie de son humour.
Fulda enquête dans un environnement qu’il comprend mal, auprès de gens qui ne souhaitent pas nécessairement lui expliquer comment il fonctionne. Il avance donc par approximations, rencontres et fausses pistes jusqu’à entendre parler des « Attilas » : des sangliers dont les proportions semblent appartenir davantage à une légende locale qu’à un rapport de gendarmerie.
C’est ici que L’Espèce explosive commence réellement à révéler son étrangeté.
Sarah Arnold et Olivier Séror jouent avec les codes du polar rural avant de les contaminer par le burlesque, l’absurde et presque le fantastique. Plus Fulda cherche une explication rationnelle, plus la campagne semble produire ses propres mythologies.
Ella Rumpf et Vincent Dedienne participent pleinement à cet univers où chaque personnage semble légèrement décalé. Stéphane, nouvelle psychologue de la gendarmerie, devient notamment un contrepoint particulièrement efficace au chaos de Fulda.
Elle est théoriquement là pour remettre un peu d’ordre.
Le problème est que Fulda n’est pas exactement le genre d’homme que l’on remet facilement dans une case.
Leur relation apporte au film une dimension plus intime derrière l’enquête. La rupture récente du gendarme, son alcoolisation et son comportement erratique dessinent progressivement un homme qui cherche peut-être autant à résoudre sa propre débâcle que la disparition sur laquelle il enquête.
La campagne joue évidemment un rôle essentiel. Sarah Arnold refuse d’en faire un décor pittoresque. Elle filme au contraire un territoire traversé par des conflits économiques très concrets : exploitations fragilisées, cultures détruites, rapports de pouvoir locaux et sentiment d’abandon.
Les sangliers deviennent alors bien davantage qu’une menace animale.
Ils sont le révélateur d’un désordre que personne ne maîtrise plus.
Le titre prend d’ailleurs une savoureuse ambiguïté. Quelle est exactement « l’espèce explosive » dont parle le film ? Les sangliers devenus incontrôlables ? Les agriculteurs poussés à bout ? Les chasseurs ? Ou simplement l’être humain lorsqu’il refuse d’admettre que le territoire qu’il exploite ne lui appartient jamais complètement ?
C’est lorsque le film entretient cette ambiguïté qu’il devient le plus intéressant.
Sarah Arnold ne choisit ni le pur film écologique ni la satire sociale démonstrative. Elle préfère le mélange des genres, quitte à accepter une certaine irrégularité. Certaines ruptures de ton peuvent surprendre et l’enquête se montre volontairement moins rigoureuse que dans un polar classique.
Mais ce déséquilibre appartient aussi au projet.
L’Espèce explosive ressemble finalement beaucoup à Fulda : imprévisible, parfois approximatif, souvent drôle et capable, au détour d’une scène, d’une étonnante lucidité.
Étrange mélange de polar rural, de comédie noire et de fable écologique, L’Espèce explosive possède surtout le mérite de ne ressembler à presque rien d’autre. Alexis Manenti compose un gendarme aussi intuitif que catastrophique, tandis que Sarah Arnold transforme la guerre des sangliers en radiographie d’un monde agricole sous pression. Le récit s’égare parfois autant que son enquêteur, mais son humour, son atmosphère et son goût de l’absurde lui donnent une personnalité réjouissante. Et derrière les fameux Attilas se cache peut-être la question la plus amusante du film : dans cette campagne où tout le monde semble prêt à exploser, les animaux sont-ils vraiment les plus sauvages ?
Dans le Nord-Est de la France, les sangliers ravagent les cultures. Les agriculteurs accusent les chasseurs, les chasseurs possèdent leurs propres certitudes et chacun semble considérer l’autre comme responsable d’un équilibre devenu impossible.
Brun, céréalier étranglé financièrement, tente encore de sauver son exploitation. Mais lorsqu’un notable local le pousse un peu plus loin dans ses retranchements, quelque chose casse.
Brun disparaît.
Un an plus tard arrive Fulda.
Gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, il possède à peu près toutes les qualités que l’on ne recherche pas nécessairement chez un enquêteur. Son intuition fonctionne par éclairs, ses méthodes sont discutables et sa consommation de vodka n’améliore pas exactement sa capacité à respecter les procédures.
Alexis Manenti trouve dans Fulda un personnage idéalement bancal. Loin du policier brillant dont les excentricités cacheraient un génie infaillible, celui-ci peut avoir une intuition remarquable avant de commettre une erreur monumentale quelques minutes plus tard.
Cette faillibilité donne au film une grande partie de son humour.
Fulda enquête dans un environnement qu’il comprend mal, auprès de gens qui ne souhaitent pas nécessairement lui expliquer comment il fonctionne. Il avance donc par approximations, rencontres et fausses pistes jusqu’à entendre parler des « Attilas » : des sangliers dont les proportions semblent appartenir davantage à une légende locale qu’à un rapport de gendarmerie.
C’est ici que L’Espèce explosive commence réellement à révéler son étrangeté.
Sarah Arnold et Olivier Séror jouent avec les codes du polar rural avant de les contaminer par le burlesque, l’absurde et presque le fantastique. Plus Fulda cherche une explication rationnelle, plus la campagne semble produire ses propres mythologies.
Ella Rumpf et Vincent Dedienne participent pleinement à cet univers où chaque personnage semble légèrement décalé. Stéphane, nouvelle psychologue de la gendarmerie, devient notamment un contrepoint particulièrement efficace au chaos de Fulda.
Elle est théoriquement là pour remettre un peu d’ordre.
Le problème est que Fulda n’est pas exactement le genre d’homme que l’on remet facilement dans une case.
Leur relation apporte au film une dimension plus intime derrière l’enquête. La rupture récente du gendarme, son alcoolisation et son comportement erratique dessinent progressivement un homme qui cherche peut-être autant à résoudre sa propre débâcle que la disparition sur laquelle il enquête.
La campagne joue évidemment un rôle essentiel. Sarah Arnold refuse d’en faire un décor pittoresque. Elle filme au contraire un territoire traversé par des conflits économiques très concrets : exploitations fragilisées, cultures détruites, rapports de pouvoir locaux et sentiment d’abandon.
Les sangliers deviennent alors bien davantage qu’une menace animale.
Ils sont le révélateur d’un désordre que personne ne maîtrise plus.
Le titre prend d’ailleurs une savoureuse ambiguïté. Quelle est exactement « l’espèce explosive » dont parle le film ? Les sangliers devenus incontrôlables ? Les agriculteurs poussés à bout ? Les chasseurs ? Ou simplement l’être humain lorsqu’il refuse d’admettre que le territoire qu’il exploite ne lui appartient jamais complètement ?
C’est lorsque le film entretient cette ambiguïté qu’il devient le plus intéressant.
Sarah Arnold ne choisit ni le pur film écologique ni la satire sociale démonstrative. Elle préfère le mélange des genres, quitte à accepter une certaine irrégularité. Certaines ruptures de ton peuvent surprendre et l’enquête se montre volontairement moins rigoureuse que dans un polar classique.
Mais ce déséquilibre appartient aussi au projet.
L’Espèce explosive ressemble finalement beaucoup à Fulda : imprévisible, parfois approximatif, souvent drôle et capable, au détour d’une scène, d’une étonnante lucidité.
Étrange mélange de polar rural, de comédie noire et de fable écologique, L’Espèce explosive possède surtout le mérite de ne ressembler à presque rien d’autre. Alexis Manenti compose un gendarme aussi intuitif que catastrophique, tandis que Sarah Arnold transforme la guerre des sangliers en radiographie d’un monde agricole sous pression. Le récit s’égare parfois autant que son enquêteur, mais son humour, son atmosphère et son goût de l’absurde lui donnent une personnalité réjouissante. Et derrière les fameux Attilas se cache peut-être la question la plus amusante du film : dans cette campagne où tout le monde semble prêt à exploser, les animaux sont-ils vraiment les plus sauvages ?
j'ai eu la joie de découvrir ce film en avant-première et j'ai ADORE! un ovni délicieux à découvrir absolument ! j'aurais mis 6 étoiles si j'avais pu
Il fallait certainement un premier long métrage pour penser à ce sous-genre : le polar à sangliers. Tout part d'un article de Libération, en 2012 : dans l'Argonne, céréaliers et chasseurs se font la guerre autour de l'agrainage, voitures brûlées contre sangliers trucidés. Suivent huit ans d'écriture et trente et un jours de tournage sur le champ de bataille même. Entre-temps, le pays a rattrapé la fiction (ou l'inverse, on ne sait plus) : les tracteurs ont assiégé Paris, le fumier s'est entassé devant les préfectures, l'État a bradé le permis de chasser pour flatter un électorat, et l'extrême droite engrange la colère paysanne scrutin après scrutin. Le cinéma d'auteur a flairé le filon : de Dumont à Guiraudie, la province détraquée s'est muée en appellation — gendarmes ahuris, désirs refoulés et cadavres en sous-bois compris. Le sanglier peut sortir du bois : le terrain est agrainé.
Le premier à sortir du bois est pourtant un homme : Brun, céréalier en faillite, abat un notable, puis y retourne. Un an plus tard, l'affaire échoit à Fulda Orsini, gendarme corse muté pour faute, dépressif et imbibé, sous l'œil de Stéphane, la psy de la brigade. A priori, l'enquête policière et la trajectoire personnelle sont censées se résoudre l'une par l'autre. Le programme est copieux : une lutte des classes sur un échiquier truqué, le démontage des clans masculins (paysans, gendarmes, chasseurs) et le sanglier (bête à la fois attendrissante, inquiétante et grotesque, dont la cinéaste dit avoir voulu faire le modèle de son film en emblème de tout ce qui déborde. Le mot tombe mal : c'est précisément celui par lequel l'époque désamorce ses colères.
Le prologue fait de Brun un homme qui déborde de partout. Le tout dans un humour noir exquis. Le désir d'abord : premier plan, dans sa voiture, un voisin chante, lascif, sous le regard de Brun, et le film nommera ce désir entre hommes à plusieurs reprises. L'épuisement ensuite, la nuit où Brun tente en vain de chasser les sangliers de ses champs, sur une clarinette basse au son presque porcin, drôle et menaçante à la fois. La rage enfin, Brun dépose les sangliers qu'il vient d'écraser dans l'allée de Lepage, puis l'abat et le vide de son sang comme un gibier. Le gros plan à la Leone sur ses yeux montre d'ailleurs le regard fou du "pétage de plombs" celui dont raffolent les chaînes d'info.
L'ellipse d'un an lui retire la folie et le film change de genre : le western rural devient comédie de gendarmerie. Brun n'y survit plus qu'à l'état de rumeur, rôdeur couvert de peaux de bêtes qui déposerait des sangliers morts devant les portes des chasseurs. Cette légende ajoute des touches surréalistes à une charpente de genre déjà solide, et le film garde pour son égaré une tendresse inattendue. C'est désormais Fulda qui parle à sa place : Brun, résume-t-il, en avait "marre de dire merci". Le gendarme va plus loin et transforme le meurtre du prologue en vanne : à son coéquipier qui s'indigne que Brun ait éviscéré un homme, il répond que c'était fait avec respect.
Fulda, lui, arrive précédé de sa propre légende. La Corse, les explosifs, et la certitude que si la gendarmerie saute, on saura qui accuser. Le running gag promet une détonation que le film diffère avec malice. Muté après un incident avec un collègue, porté sur la bouteille, Fulda passe son temps à se contenir, à se répéter de garder le contrôle, et quand il craque, ce sont plus souvent des larmes à oublier dans l'alcool plutôt que des coups. Arnold est d'ailleurs partie d'une scène de Simple Men d'Hal Hartley, où un flic déprimé, assis par terre, maudit l'existence des femmes ; elle y ajoute la boue, la lutte des classes et des sangliers de la taille d'un ours. Manenti, remarquable, laisse affleurer l'imprévisible sans jamais perdre l'adhésion et la compassion.
Pour faire baisser la pression, l'institution prévoit une psy, et le commissariat la range : la gendarmerie loge Stéphane dans un local d'entretien et écorche son nom, Danjir, en "Danger". Le soin est stocké avec les balais, et une femme au prénom d'homme à la répartie de feu devient une alerte. C'est là aussi que naît la comédie romantique à la lisière du buddy movie où les séances obligatoires tiennent du match de boxe plus que du divan, et la soignante, en crise elle-même, n'est guère plus solide que son patient. Ella Rumpf, excellente, tient tête à Manenti, et le duo se forme à coups de répliques, loin du reste de la caserne.
Le reste de la caserne a des allures de sitcom, entre un chef tout en rhétorique et un coéquipier qui objectifie les femmes. Arnold dit avoir banni la caméra à l'épaule au profit d'une grammaire classique, et ce cadre qui ne bronche pas fait tout le sel du pince-sans-rire : la tirade qu'on oppose à Fulda "Qu'est-ce que vous cherchez ? L'anarchie ? Le chaos ?" sonne comme un numéro que l'enquête se charge de retourner : collusion entre notables et commandement, trafic de bêtes polonaises, battues vendues aux élites, corruption jusqu'au sommet. Ceux qui crient au chaos l'organisent et le facturent. On croyait la brigade bête, elle était payée : la sitcom servait de couverture. Encore reste-t-il à le prouver, et le film confie la preuve à deux enquêteurs qui vont perdre la tête.
Ils la perdent dans le dernier tiers, et c'est le sommet comique du film : une perquisition sous hallucinogènes. Soudain, le gendarme qui s'interdisait de déraper perd pied avec la psy chargée de le tenir. L'enquête et la romance se dénouent dans le même délire. Arnold voulait que l'affaire se résolve "sans le faire exprès" par l'analyse, les associations et le hasard. La défonce pousse jusqu'au bout cette association libre devenue ici méthode d'enquête et la vérité sort de deux fonctionnaires qui ont lâché prise. Le burlesque reste arrimé à l'intrigue, et c'est ce que j'admire. C'est aussi au regret de songer à d'autres instants où le film aurait pu pleinement assumer sa veine grotesque.
Un point négatif tout de même. À la fin, Fulda et Stéphane sont embarqués dans le fourgon après leur épopée nocture rocambolesque, une masturbation filmée jusqu'à la marque sur le pantalon du gendarme, puis un baiser. Le "représentant de l'ordre en désordre" et la guerre ouverte au prologue se closent sur ce gag trash. Dehors, la contestation gronde : la pagaille que les chasseurs s'apprêtent à semer jusque chez le ministre tient lieu de dénouement hors champs. Le film se contente de l'annoncer mais heureusement le principal a été formulé avant : la rumeur des bois est devenue un savoir partagé, et la colère de Brun n'est plus celle d'un homme seul. C'est la grande réussite du film : sa comédie réarme ce que l'époque et ses extrêmes désamorcent, en frappant vers le haut, du sanglier polonais à la brigade payée, jusqu'aux intéressés qui engraissent le chaos et le facturent à plus riche riches qu'eux.
Le premier à sortir du bois est pourtant un homme : Brun, céréalier en faillite, abat un notable, puis y retourne. Un an plus tard, l'affaire échoit à Fulda Orsini, gendarme corse muté pour faute, dépressif et imbibé, sous l'œil de Stéphane, la psy de la brigade. A priori, l'enquête policière et la trajectoire personnelle sont censées se résoudre l'une par l'autre. Le programme est copieux : une lutte des classes sur un échiquier truqué, le démontage des clans masculins (paysans, gendarmes, chasseurs) et le sanglier (bête à la fois attendrissante, inquiétante et grotesque, dont la cinéaste dit avoir voulu faire le modèle de son film en emblème de tout ce qui déborde. Le mot tombe mal : c'est précisément celui par lequel l'époque désamorce ses colères.
Le prologue fait de Brun un homme qui déborde de partout. Le tout dans un humour noir exquis. Le désir d'abord : premier plan, dans sa voiture, un voisin chante, lascif, sous le regard de Brun, et le film nommera ce désir entre hommes à plusieurs reprises. L'épuisement ensuite, la nuit où Brun tente en vain de chasser les sangliers de ses champs, sur une clarinette basse au son presque porcin, drôle et menaçante à la fois. La rage enfin, Brun dépose les sangliers qu'il vient d'écraser dans l'allée de Lepage, puis l'abat et le vide de son sang comme un gibier. Le gros plan à la Leone sur ses yeux montre d'ailleurs le regard fou du "pétage de plombs" celui dont raffolent les chaînes d'info.
L'ellipse d'un an lui retire la folie et le film change de genre : le western rural devient comédie de gendarmerie. Brun n'y survit plus qu'à l'état de rumeur, rôdeur couvert de peaux de bêtes qui déposerait des sangliers morts devant les portes des chasseurs. Cette légende ajoute des touches surréalistes à une charpente de genre déjà solide, et le film garde pour son égaré une tendresse inattendue. C'est désormais Fulda qui parle à sa place : Brun, résume-t-il, en avait "marre de dire merci". Le gendarme va plus loin et transforme le meurtre du prologue en vanne : à son coéquipier qui s'indigne que Brun ait éviscéré un homme, il répond que c'était fait avec respect.
Fulda, lui, arrive précédé de sa propre légende. La Corse, les explosifs, et la certitude que si la gendarmerie saute, on saura qui accuser. Le running gag promet une détonation que le film diffère avec malice. Muté après un incident avec un collègue, porté sur la bouteille, Fulda passe son temps à se contenir, à se répéter de garder le contrôle, et quand il craque, ce sont plus souvent des larmes à oublier dans l'alcool plutôt que des coups. Arnold est d'ailleurs partie d'une scène de Simple Men d'Hal Hartley, où un flic déprimé, assis par terre, maudit l'existence des femmes ; elle y ajoute la boue, la lutte des classes et des sangliers de la taille d'un ours. Manenti, remarquable, laisse affleurer l'imprévisible sans jamais perdre l'adhésion et la compassion.
Pour faire baisser la pression, l'institution prévoit une psy, et le commissariat la range : la gendarmerie loge Stéphane dans un local d'entretien et écorche son nom, Danjir, en "Danger". Le soin est stocké avec les balais, et une femme au prénom d'homme à la répartie de feu devient une alerte. C'est là aussi que naît la comédie romantique à la lisière du buddy movie où les séances obligatoires tiennent du match de boxe plus que du divan, et la soignante, en crise elle-même, n'est guère plus solide que son patient. Ella Rumpf, excellente, tient tête à Manenti, et le duo se forme à coups de répliques, loin du reste de la caserne.
Le reste de la caserne a des allures de sitcom, entre un chef tout en rhétorique et un coéquipier qui objectifie les femmes. Arnold dit avoir banni la caméra à l'épaule au profit d'une grammaire classique, et ce cadre qui ne bronche pas fait tout le sel du pince-sans-rire : la tirade qu'on oppose à Fulda "Qu'est-ce que vous cherchez ? L'anarchie ? Le chaos ?" sonne comme un numéro que l'enquête se charge de retourner : collusion entre notables et commandement, trafic de bêtes polonaises, battues vendues aux élites, corruption jusqu'au sommet. Ceux qui crient au chaos l'organisent et le facturent. On croyait la brigade bête, elle était payée : la sitcom servait de couverture. Encore reste-t-il à le prouver, et le film confie la preuve à deux enquêteurs qui vont perdre la tête.
Ils la perdent dans le dernier tiers, et c'est le sommet comique du film : une perquisition sous hallucinogènes. Soudain, le gendarme qui s'interdisait de déraper perd pied avec la psy chargée de le tenir. L'enquête et la romance se dénouent dans le même délire. Arnold voulait que l'affaire se résolve "sans le faire exprès" par l'analyse, les associations et le hasard. La défonce pousse jusqu'au bout cette association libre devenue ici méthode d'enquête et la vérité sort de deux fonctionnaires qui ont lâché prise. Le burlesque reste arrimé à l'intrigue, et c'est ce que j'admire. C'est aussi au regret de songer à d'autres instants où le film aurait pu pleinement assumer sa veine grotesque.
Un point négatif tout de même. À la fin, Fulda et Stéphane sont embarqués dans le fourgon après leur épopée nocture rocambolesque, une masturbation filmée jusqu'à la marque sur le pantalon du gendarme, puis un baiser. Le "représentant de l'ordre en désordre" et la guerre ouverte au prologue se closent sur ce gag trash. Dehors, la contestation gronde : la pagaille que les chasseurs s'apprêtent à semer jusque chez le ministre tient lieu de dénouement hors champs. Le film se contente de l'annoncer mais heureusement le principal a été formulé avant : la rumeur des bois est devenue un savoir partagé, et la colère de Brun n'est plus celle d'un homme seul. C'est la grande réussite du film : sa comédie réarme ce que l'époque et ses extrêmes désamorcent, en frappant vers le haut, du sanglier polonais à la brigade payée, jusqu'aux intéressés qui engraissent le chaos et le facturent à plus riche riches qu'eux.
Avec L'Espèce explosive, Sarah Arnold enferme un gendarme dissident dans une communauté où l'équilibre repose sur le silence.
Un film au rythme fort, on a une impression étrange d'être dans un village totalement enfermé sur lui-même. C'est d'ailleurs le propre des lieux où finalement le groupe finit par faire la loi et créer ses propres règles. Un élément perturbateur venu de l'extérieur représente alors un danger à l'équilibre. En réalité ces groupes reposent essentiellement sur le conformisme et la peur de l'exclusion du groupe.
Le film fonctionne car le public est placé au même niveau de compréhension et de perception que cette nouvelle recrue de la gendarmerie, un déclassement pour avoir été violent avec un collègue, mais essentiellement ce personnage est un esprit critique ne supportant pas les anomalies et les pots-de-vin. Il est en somme l'ennemi parfait du groupe et de l'équilibre de la communauté.
Alexis Manenti porte cette position d'étranger avec une interprétation particulièrement physique, capable de passer de la tension à une forme de vulnérabilité presque enfantine sans casser la cohérence de Fulda. Son jeu fonctionne beaucoup par ruptures : accélérations, silences, regards, brusques montées émotionnelles. Quant à Ella Rumpf, elle lui oppose une présence plus contenue dans le rôle de Stéphane, psychologue qui refuse justement la posture distante et parfaitement maîtrisée traditionnellement associée à sa fonction. Leur confrontation produit ainsi un rapport intéressant entre analyse et impulsivité, chacun révélant progressivement les failles de l'autre. La réalisatrice Sarah Arnold construit autour d'eux une esthétique assez sombre, parfois poisseuse, qui renforce le sentiment d'enfermement déjà présent dans le récit. L'image volontairement texturée, travaillée avec le chef opérateur Noé Bach dans l'esprit de l'argentique, donne aux décors et aux corps une matérialité organique. La forêt, les intérieurs chargés ou au contraire quasi vides deviennent ainsi des prolongements de l'état psychique des personnages. La réalisation assume enfin des cadrages très composés, des plongées, contre-plongées et variations de profondeur de champ plutôt qu'un naturalisme systématique à la caméra épaule.
L'Espèce explosive reste ainsi difficile à enfermer dans un genre précis, entre polar rural, comédie et approche psychanalytique. Une singularité qui pourrait autant intriguer le public en salles que compliquer son positionnement.
Un film au rythme fort, on a une impression étrange d'être dans un village totalement enfermé sur lui-même. C'est d'ailleurs le propre des lieux où finalement le groupe finit par faire la loi et créer ses propres règles. Un élément perturbateur venu de l'extérieur représente alors un danger à l'équilibre. En réalité ces groupes reposent essentiellement sur le conformisme et la peur de l'exclusion du groupe.
Le film fonctionne car le public est placé au même niveau de compréhension et de perception que cette nouvelle recrue de la gendarmerie, un déclassement pour avoir été violent avec un collègue, mais essentiellement ce personnage est un esprit critique ne supportant pas les anomalies et les pots-de-vin. Il est en somme l'ennemi parfait du groupe et de l'équilibre de la communauté.
Alexis Manenti porte cette position d'étranger avec une interprétation particulièrement physique, capable de passer de la tension à une forme de vulnérabilité presque enfantine sans casser la cohérence de Fulda. Son jeu fonctionne beaucoup par ruptures : accélérations, silences, regards, brusques montées émotionnelles. Quant à Ella Rumpf, elle lui oppose une présence plus contenue dans le rôle de Stéphane, psychologue qui refuse justement la posture distante et parfaitement maîtrisée traditionnellement associée à sa fonction. Leur confrontation produit ainsi un rapport intéressant entre analyse et impulsivité, chacun révélant progressivement les failles de l'autre. La réalisatrice Sarah Arnold construit autour d'eux une esthétique assez sombre, parfois poisseuse, qui renforce le sentiment d'enfermement déjà présent dans le récit. L'image volontairement texturée, travaillée avec le chef opérateur Noé Bach dans l'esprit de l'argentique, donne aux décors et aux corps une matérialité organique. La forêt, les intérieurs chargés ou au contraire quasi vides deviennent ainsi des prolongements de l'état psychique des personnages. La réalisation assume enfin des cadrages très composés, des plongées, contre-plongées et variations de profondeur de champ plutôt qu'un naturalisme systématique à la caméra épaule.
L'Espèce explosive reste ainsi difficile à enfermer dans un genre précis, entre polar rural, comédie et approche psychanalytique. Une singularité qui pourrait autant intriguer le public en salles que compliquer son positionnement.
Je l'ai vu en avant première er j'ai été très agréablement surprise. Plusieurs genres dans un même film : un peu de comédie, du policier, de satyre et des dialogues savoureux le tout avec des comédiens au mieux de leur forme. Film à voir
Vu en avant‑première sans aucune idée de ce qui m’attendait, j’ai été agréablement surprise par ce film totalement loufoque, au ton décalé, parfois inégal, mais constamment porté par l'interprétation "explosive" d’Alexis Manenti !
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