Certains critiques qualifient ce film de « meilleur film de 2025 », et je suis entièrement de cet avis ! Il procure en tout cas, selon moi, plus de « plaisir de cinéma » que The Brutalist, autre grand film de 2025. Je suis en désaccord avec les personnes qui n’attribuent qu’une ou deux étoiles à ce chef-d’œuvre — une personne a même écrit qu’elle avait quitté la salle après une première partie plombante qui ne connaît pas, selon elle, à la bande-annonce, laquelle était, de ce fait, mensongère, mais on ne peut qu’encourager cette dame à accepter qu’un film prenne le temps de poser ses enjeux.
Et Life et Chuck est, à cet égard, très bien construit ! Le montage non-linéaire est bien plus pertinent qu’un montage chronologique : le film, structuré en trois parties inversées, raconte de façon extraordinaire la vie ordinaire d’un homme ordinaire, et la première partie (dont la place dans le récit paraît, au départ, bien mystérieuse) s’éclaire avec les deux autres parties, à la fois si réjouissantes et bouleversantes.
Le film s’ouvre sur la fin (ce qui est déjà un geste d’auteur !) : le monde s’écroule, des failles sismiques s’ouvrent, le réchauffement climatique s’accélère dramatiquement et les étoiles dans le ciel disparaissent à une vitesse prodigieuse. Mais ce qui rend ce début du film si intriguant, c’est l’omniprésence d’une étrange publicité qui remercie un certain « Chuck » pour trente-neuf belles années. La question se pose donc : qui est Chuck et quelle a été sa vie ? La suite du film apportera bien des réponses.
Le deuxième « acte » du long-métrage est le plus excitant et offre au spectateur une très belle scène de danse improvisée en pleine rue : le fameux Chuck, un comptable lambda alors incarné par Tom Hiddleston (en grande forme !), danse sur un solo de batterie. Mais où Chuck a-t-il appris à danser ainsi ? Pourquoi s’est-il arrêté devant cette batterie et pourquoi est-il devenu comptable ?
La troisième et dernière partie, qui raconte l’enfance de Chuck, est sans doute la plus longue et donne tout son sens au film. Ayant perdu ses parents dans un accident de voiture, le petit Chuck (joué par un formidable jeune acteur-danseur, Benjamin Pajak) est élevé par ses grands-parents paternels, incarnés par Mark Hamill et Mia Sara, acteurs merveilleux et trop rares dans de tels rôles. Dans son monde empli de tristesse, le jeune Chuck trouve une précieuse source de bonheur : la danse, à laquelle sa grand-mère l’initie.
On retrouve dans cette dernière partie tous les éléments que l’on avait vus dans la première, mais toutes les cartes sont redistribuées : ce n’est plus le croque-mort qui fait l’éloge des mathématiques mais le grand-père, ce n’est plus le professeur joué par Chiwetel Ejiofor qui vit dans la maison victorienne mais le jeune Chuck et ses grands-parents, etc.
La clé de l’énigme est à chercher (et à trouver) dans le poème de Walt Whitman qui ouvrait déjà le film : « I contain multitudes ». Le monde qui s’écroulait dans la première partie du film, c’est Chuck lui-même : chaque vie est unique, et quand une vie s’éteint c’est tout un univers de souvenirs, d’expériences et de croyances qui disparaît. La première partie était alors une rêverie crépusculaire de Chuck qui se trouve de façon prématurée à l’hiver de sa vie (d’où l’omniprésence de la figure de Chuck, dans les publicités et même dans les fenêtres des maisons). Life of Chuck est donc un magnifique film sur le souvenir, le sens de la vie, la finitude (symbolisée par la fameuse coupole de la maison)… et sur la danse ! Il est, par-dessus le marché, servi par une remarquable distribution, par un très bon travail sur la photo et la musique, ainsi que par une voix-off terriblement cool (alors même que la voix-off peut parfois être un outil narratif trop facile au cinéma).
Bref, c’est un film à voir et à revoir absolument, qui fait réfléchir et qui donne envie de (re)lire la nouvelle de Stephen King !