Le réalisateur Mike Flanagan a décidé de porter à l’écran une des nouvelles les plus étranges et insondables de Stephen King, extraite du recueil récent « Si ca saigne ». En presque deux heures, il décide de raconter en trois chapitres, à rebours (comme dans la nouvelle) la courte vie d’un danseur coincé dans le corps d’un comptable. Il y a donc trois chapitres distincts dans « Life of Chuck ». Le premier sous de film d’apocalypse, le second très court avec une scène de danse qui a coup sûr devenir une scène culte du cinéma, et la première, plus longue, qui est du Stephen King pur jus, c'est-à-dire à hauteur d’enfant
avec une pointe de surnaturel.
Coloré par une bande annonce évidemment très sympa, il nous propose en quelque sorte trois films en un. Dans la première partie, très anxiogène (et un tout petit peu bavarde), il dépeint la fin du monde.
Si celle-ci arrive un jour, je parie qu’elle adviendra de cette façon, avec tous les réseaux qui tombent en panne, les catastrophes qui deviennent plus violentes et les gens poussés au désespoir. C’est une fin du monde franchement plus crédible que les murs de flammes ou les apocalypses venus du ciel. Il faut être attentif à tous les personnages qui peuplent cette première partie pour bien comprendre le sens du film.
Ensuite on a une deuxième partie courte, marquée par une scène de danse magnifique, puis une troisième beaucoup plus longue. Dans les trois parties, un fil rouge parmi d’autres : la danse. C’est bien filmé, et le film passe très vite, à condition de se laisser porter par le scénario. Car si on est amateur d’histoires bien ficelées et faciles à comprendre, il vaut mieux choisir un autre film sous peine de trouver le temps long. Car ce film est une sorte de grande métaphore métaphysique, une réflexion poétique sur le temps, la vie et la mort. Clairement, le scénario, qui s’éclaire au fil des scènes pour peu qu’on soit attentif et ouvert d’esprit, ne va pas convenir aux cartésiens. Pour ne pas trop en dire et gâcher le plaisir de ceux qui ne connaitrait pas la nouvelle de King, on pourrait dire que
« Chuck, c’est la vie », avec ses renoncements, ses douleurs sourdes et ses joies fugaces.
C’est donc devant une sorte de fable ou de conte que nous sommes immergés. Pour ce qui me concerne, c’est un film complexe auquel je vais repenser et peut-être même qui nécessitera un second visionnage plus tard, pour bien en cerner toute la portée poétique et même philosophique. J’accepte qu’on puisse le qualifier d’un petit peu bavard, et je pense qu’on peut même le qualifier aussi d’un peu naïf (d’aucun diront mièvre mais je n’en suis pas) mais il est très fidèle au souvenir que j’ai de la nouvelle de Stephen King qui, elle aussi à l’époque m’avait plutôt déconcertée. Chuck est incarné adulte par Tom Hiddleston, il a peu de scène mais il a LA scène, celle qui va faire parler et qui est magique. Il est incarné enfant par Benjamin Pajak qui s’en sort très bien aussi (y compris sur la piste de danse). A ses cotés on trouve des seconds rôles bien écrits incarnés par Chiwetel Ejiofor, Karen Gillian, Mia Sara mai surtout Mark Hamill. En grand père féru de mathématique, il est méconnaissable. A la fois écrasé de désespoir, abruti d’alcool mais aussi étrangement lucide sur la puissance des mathématiques et de la comptabilité. Il tient un discours sur l’importance des comptables dans une société moderne qui fera surement très plaisir à tous les comptables du monde, peu habitués à tant d’éloge. « Like of Chuck » est donc un film qui va à la fois déconcerter les amateurs de King (pas d’extra terrestre ici, ni de monstres, ni de pouvoirs psychiques, juste une toute petite touche de surnaturel très ténue) et aussi les spectateurs à la recherche d’un film « clef en main ». « Life of Chuck » se mérite, se réfléchis et se médite.