Emouvante, charmante, touchante, romanesque, déroutante... Les adjectifs ne manquent pas pour décrire cette expérience cinématographique dont on ne peut pas ressortir totalement indemne. Servie par un casting très inspiré par leurs personnages (si Tom Hiddleston est juste parfait, Mark Hamill, Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan et Jacob Tremblay ont également su investir leurs rôles respectifs avec une certaine magie), cette histoire de rêves et de destins brisés découpée en trois périodes de vie (et de mort) montées à rebours, nous déstabilise tout d'abord avec un premier tableau apocalyptique dont on comprendra les causes par la suite, auquel succède une scène de comédie musicale euphorisante, avant un récit d’apprentissage bouleversant.
Mike Flanagan a de toute évidence totalement absorbé l'essence de la nouvelle de Stephen King pour en proposer une adaptation personnelle particulièrement réussie, même si elle ne respecte bien évidemment pas l'intégralité de l’œuvre originelle, ce que semblent reprocher certains spectateurs qui préfèrent sans doute quand un film transpose un livre à la lettre, de la première à la dernière ligne. Ce qui n'arrive quasiment jamais car un film n'est pas un livre et que vouloir adapter un roman en le copiant-collant est le plus souvent une hérésie. Ce qui compte, c'est d'être capable d'en extraire la substantifique moelle pour ne pas trahir l’œuvre d'origine, ce qu'a parfaitement réussi à faire le scénariste et réalisateur Mike Flanagan dans le cas de "Life of Chuck". Sans doute les spectateurs mécontents n'ont-ils pas réellement compris ce que la nouvelle de Stephen King signifiait réellement.
La part de fantastique est ici anecdotique, comme dans bon nombre de livres du maître de l'horreur dont une partie non négligeable de l’œuvre littéraire ne repose pas sur le surnaturel et le spectaculaire, mais uniquement sur des hommes et des femmes ordinaires dont le parcours de vie est jalonné de blessures, de questionnements et de décisions parfois difficiles à prendre. Et plus particulièrement dans sa production de ces dix dernières années (Mr Mercedes, Billy Summers et le recueil "Si ça saigne" de 2020 dont est extrait "Life of Chuck"), sans parler des textes qu'il publiait sous le nom de plume de Richard Bachman dans les années 80. Les spectateurs qui sont déçus de ne pas avoir assisté à d'horribles scènes dans "Life of chuck" sous prétexte qu'il s'agit d'une adaptation d'une nouvelle de Stephen King, ne connaissent visiblement pas le travail de l'auteur.
Parce que l'ombre du King plane sur chaque scène du film et on a même l'impression de l'entendre dans la voix off tant le texte de la narration aurait pu être écrit par le maître lui-même. Les dialogues transpirent King et ceux qui vous diront le contraire n'ont pas dû lire beaucoup de ses livres ou ne les ont pas vraiment saisis. Sans compter celles et ceux qui ne comprennent pas pourquoi le film ne fournit pas une explication rationnelle à tout ce qui se passe. Faut-il toujours mettre tous les points sur tous les "i" ? N'avez-vous donc aucune imagination ni aucun libre arbitre ? Si c'est le cas, n'allez surtout pas voir ce genre de film et préférez une bonne castagne à la Marvel, une aventure décérébrée avec Dwayne Johnson ou une comédie bien grasse.
A une époque où le cinéma hollywoodien a renoncé à nous émouvoir pour nous proposer des films qui se ressemblent tous, "Life of Chuck" fait du bien. Un conte à la fois moderne, intelligent, cruel et tendre.