Je ne suis pas très familier de l’univers de Mike Flanagan ; je n’ai vu de lui que Doctor Sleep, qui, bien que malin dans sa réappropriation à la fois de l’œuvre de Stephen King et de Stanley Kubrick, ne m’avait pas convaincu. C’était plutôt mou, réalisé platement, et ça durait trois heures.
The Life of Chuck n’est pas exempt de défauts, mais s’avère plutôt réussi. Déjà, dans sa mise en scène : le découpage est soigné et varie les angles de caméra. Le montage est bien rythmé également. Le film utilise des caméras numériques Arri Alexa, mais elles donnent un cachet chaleureux à l’image et aux textures, ce qui colle parfaitement aux thèmes du film. Pour du numérique, c’est vraiment joli et en adéquation avec le propos.
Le film a une vraie intelligence du format. En changeant d’époque, le film change de format : de moins en moins horizontal. Cela renforce l’immersion émotionnelle au fur et à mesure que le récit avance, tout en le renouvelant visuellement. La photographie, les couleurs, tout l’aspect visuel évoluent avec le format, donnant l’impression de changer de film et de pénétrer plus profondément dans le personnage de Chuck. C’est vraiment brillant.
Le film n’a pas vraiment d’histoire, mais montre trois moments de vie complètement différents, plus ou moins surréalistes. Le but du film, pour moi, n’est pas de raconter une histoire mais de faire ressentir. La scène de danse n’a aucun sens ? Ce n’est pas grave, prends-la comme elle vient : elle n’a pas besoin de raison pour être là. C’est un petit moment dans un univers infini : l’infiniment grand et l’infiniment petit. La fin de tout.
Je regrette la voix off, qui ne fait pas que surligner ce qu’il se passe, mais tient carrément du livre audio. Comme si j’étais autorisé à lâcher le film pour faire autre chose. Je ne serais pas surpris que ce soit le texte de King qui soit lu. La fin, aussi, est un peu… mouais. Ça passe, mais ce n’est pas ouf. Comme beaucoup de fins de livres de Stephen King, ce n’est pas passionnant, mais là, ça ne gâche rien non plus. Je ne trouve pas que cela enrichisse le propos ni l’émotion.
The Life of Chuck est une belle surprise. Je l’ai regardé par curiosité plus que par intérêt, et le film m’a pris. Et ça, ça fait du bien. Je ne sais pas ce qu’il en restera dans le temps, mais sur le moment présent — thématique chère au film —, dans la découverte, c’était une belle surprise : sensible et non cynique.