Six ans après le coup de force que fus "Gueule d'Ange", la réalisatrice Vanessa Filho transforme l'essai avec cette transposition cinématographique du "Consentement" de l'écrivaine Vanessa Springora, best-seller de l'année 2020. Dans ce film qui aborde les dessous de l'Affaire Matzneff, la cinéaste dévoile au grand jour les mécanismes troubles de l'écrivain pédophile sans concession.
N'ayant pas lu l'ouvrage initial, je ne saurais dire si c'est une adaptation fidèle ou pas. Ce que l'on peut dire en revanche, c'est que Vanessa Filho signe à nouveau un film ultra-dérangeant. On est souvent profondément dégoûté, mal à l'aise mais il faut reconnaître qu’il faut saluer un film courageux tout autant que le livre. Parfois, pas toujours très subtil (mais ce n’est pas forcément le but), le film décortique avec une précision quasi-scientifique chaque étape de la manipulation puis de la prédation de Matzneff à l’encontre de Vanessa Springora. C’est choquant, déroutant mais salutaire. Le film n’est jamais manichéen et essaye d’être le plus nuancé possible. Il faut reconnaître le travail d’adaptation. Concernant la mise en scène, c’est beaucoup plus poser et moins rechercher que «Gueule d’Ange», ce qui est peut-être dommage. Il faut saluer également les excellents acteurs. Ce film m’a fait redécouvrir Jean-Paul Rouve, qui, quand il est bien diriger peut offrir des interprètations excellente. Ici, l’acteur est paradoxalement au sommet de son art. Il campe un Gabriel Matzneff troublant de réalisme aussi bien charismatique, malsain qu’écoeurant – et cela est peut dire. L’acteur s’est confier sur la difficulté à jouer le rôle et on peut le croire aisément. Toutefois, il s’en sort admirablement. Certainement que sa prestation fera date dans les annales. Ce film le classe en tout cas comme favori pour le titre face à Benjamin Lavherne pour "L'Abbé Pierre". Avec ce film, il pourrait briguer sa 3e nomination aux Césars et peut-être sa première comme «meilleur acteur». Kim Higelin est plutôt en demi-teinte durant le film et c’est dommage. C'est un comble pour une actrice dont le rôle est le protagoniste. Pour compléter ce trio, Laetitia Casta est à la fois absolument atroce, bouleversante et incroyable en mère à la fois victime et en gourou. Elle démontre elle aussi qu’elle est une actrice de grande valeurs, bien souvent mésestime et elle mériterait elle aussi une citation au César de la meilleure actrice dans un second rôle.
Globalement, «Le Consentement» est un film rempli de bonnes intentions, et un outil choc qui est aussi salutaire qu’important, mais qui parfois s’interdit à davantage creuser son sujet, peut-être de peur d’épuiser son sujet. Ce qui est sûr, c’est qu’on s’en souviendra quand même longtemps.