Difficile de critiquer pareil film tant il est malaisant à regarder.
Il montre de manière assez crue ce qu'il prétend pourtant dénoncer, des relations sexuelles entre un adulte manipulateur et une très jeune adolescente, même si interprétée par une actrice de 20 ans.
S'il est possible de sauter certains passages à la lecture du livre, il est impossible, à moins de fermer les yeux, de ne pas regarder les nombreuses scènes très explicites qui nous sont proposées et qui forment le cœur du film. Nous sommes donc les voyeurs bien malgré nous d’un très étrange ballet, celui d’un homme d’âge mur (le mien par ailleurs) tentant de séduire grâce à son entregent et son aura d’écrivain mondain une très jeune fille de son cercle d’amis, peu protégée par un père absent et une mère à la dérive (une extraordinaire Laeticia Casta). La tendre proie se laisse finalement attraper et abuser avant de comprendre mais un peu tard à qui elle a à faire.
Présentée comme très intelligente et précoce, férue de littérature, avec l’ambition de devenir écrivaine elle-même, la victime, certes bien trop inexpérimentée pour pouvoir prendre conscience des conséquences de ses actes, semble consentir à cette relation et accepte même de l’exposer publiquement aux yeux du tout Paris qui en fait ses gorges chaudes. Elle se prend pour la muse de son amant, ce qu’elle est peut-être puisqu’il va écrire deux livres la concernant. Nous sommes donc très loin d’une histoire de pédophilie forcée. Le gars est clairement un grand malade, imbu de sa personne et persuadé d’être protégé en haut-lieu. Jean-Paul Rouve le campe dramatiquement bien, sa personnalité plutôt positive contrastant avec le rôle de manipulateur glaçant qu’il est amené à jouer. Un futur césar ? Il n’en reste pas moins que le sujet du film n’est pas le consentement mais plutôt l’emprise. D’ailleurs Vanessa Springora dans une interview positionne sa problématique ainsi : «Comment admettre qu’on a été abusée, quand on ne peut nier avoir été consentante ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? » et de dénoncer un dysfonctionnement des institutions, scolaire, policière, hospitalière, etc….. Elle déclare aussi : «Une histoire d'amour entre une jeune fille de 14 ans et un homme de 50 ans, ça peut arriver, pourquoi pas. Le problème, c'est le caractère systématique et pathologique de son attirance pour les adolescents. Et le mal qu'il fait. »
Du coup, je ne sais trop que penser de ce film. Il est ambigu sur le fond et sur la forme. Les acteurs sont très bons. C’est bien filmé, en gros plan le plus souvent pour nous rendre tout cela plus intime. Le spectateur est tellement plongé dans cette mélasse poisseuse qu’il lui est difficile de s’en désengluer et de dégager une morale. Il est tout comme la société de l’époque, observateur impuissant du drame et tout comme elle, il se sent mal à l’aise car tout le monde, lui compris, est coupable dans cette histoire, coupable au minimum de voyeurisme et d’inaction.
Certains le sont néanmoins un peu plus que d’autres.