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anne-laure commault
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5,0
Publiée le 2 octobre 2021
Un grand film de Jacques Audiard, moderne, touchant, intelligent. Une BO canon, la musique relève la beauté de la photographie en noir et blanc. Les comédiens sont magiques, Noemie Merlant est exceptionnelle. Merci pour ce grand moment de cinéma,français :-)
Pour ce nouveau film, Audiard manie un nouveau style : le noir et blanc, les histoires chorales. Plus qu'explorer les contours d'un quartier du 13e, il s'attache à filmer les relations amoureuses de jeunes gens un peu perdus. C'est beau, c'est intense. Ce film donne envie d'aimer, et faire l'amour.
A l'heure des textos et des sites de rencontre, le film est centré sur le langage, mais ce flot de paroles est marqué par les incertitudes, reflet des solitudes et des désillusions. Le discours amoureux prend la plus grande place, non sans renoncer à l'efficacité d'une mise en scène savamment éclairée et les liens établis par la bande originale de Rone, une musique tantôt électronique tantôt organique, violoncelle et piano. Elle remplit les non-dits mais vient aussi donner une texture aux paysages. Incarné par Makita Samba, Camille, qui "compense sa frustration professionnelle par une activité sexuelle intense" (dixit) est au rond-point des intrigues et des désirs de ces trentenaires (Lucie Zhang incarne quant à elle la part asiatique de la diversité). Echappe-t-il au rôle racisé ? Le scénario se garde certes d'évoquer sa couleur de peau. Elle est cependant à l'écran, car la rareté des acteurs noirs dans le cinéma français fait que la partition color-blind n'existe pas. Ce n'est jamais indifférent. Cela peut être un geste politique, mais si le stéréotype s'en mêle, on retourne aux vieux schémas. Même si sa couleur a la fonction d'un masque à faire tomber, que son rôle soit celui d'un Don Juan est donc loin d'être neutre, ne manquant pas d'évoquer la supposée hypersexualité africaine. Chacun est bien à sa place dans cette Carte du Tendre qui ne dérange en rien les imaginaires. Pire, en banalisant le cliché, il le renforce. (compte-rendu du festival de Cannes sur Africultures)
Déjà palmé, Jacques Audiard revient sur la croisette pour une libre adaptation des bandes dessinées d’Adrian Tomine. Tourné en noir et blanc dans le quartier “Les Olympiades” du treizième arrondissement de Paris, son long-métrage raconte les amours et polyamours de trois filles et un garçon. Tout commence entre un amour fou ou une histoire de sexe entre deux colocataires. En parallèle on fera la rencontre d’une trentenaire venue à Paris reprendre des études à la fac. Lors d’une soirée, il lui prend d’enfiler une belle perruque blonde et ses camarades feront l’amalgame avec une star du porno online. Rongée par la honte, la jeune femme décidera finalement de retourner dans ce qu’elle sait faire, l’immobilier et retrouve Camille, le garçon en coloc avec Em. Audiard réalise un quatuor amoureux qui transpire la liberté, qui se révolte contre les discriminations, qui aime la répartie et abuser de la vie. Lucie Zhang, Makita Samba et Jehnny Beth sont fabuleux et Noémie Merlant exprime ici son plus beau rôle jusqu’à présent. “Les Olympiades” est beau, drôle, touchant et donne envie de vivre. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Avec Les Olympiades, Jacques Audiard aurait voulu prouver qu'il n'avait que 35 ans et qu'il tournait son premier long-métrage, qu'il ne s'y serait pas pris autrement, avec l'aide de ses deux (brillantes) coscénaristes Céline Sciamma et Léa Mysius. Bon, notre homme a le double d'âge mais c'est difficile à croire vu l'énergie et le cœur qu'il met dans ce film qui semble si loin de son propre univers. Il n'y a quasiment aucune scène inutile dans ce portrait de trois jeunes gens d'aujourd'hui, dans le 13ème arrondissement de Paris : chacune d'entre eux explore les lois du désir et se heurte à la confusion des sentiments. Rien de nouveau sous le soleil ? Voire. Sur la forme, par le biais d'un montage ébouriffant, sans parler d'un noir et blanc qui ne ressemble pas à une coquetterie, Audiard étonne et adapte son style aux élans contrariés et contradictoires de ses 3 héros. On voit d'ici les critiques affluer quant à son choix d'avoir confié les rôles principaux à des membres de communautés différentes. Laissons dire et apprécions la qualité d'interprétation de Noémie Merlant, bien partie pour devenir indispensable au cinéma français, et de Makita Samba et Lucie Zhang, épatants de naturel et de talent. Avec Les Olympiades et son (ses) dénouement(s) optimiste(s), Audiard montre non seulement qu'il croit dans la lucidité d'une jeunesse même soumise au chaos de l'époque mais surtout dans l'être humain en général. Les éternels cyniques pourront bien ricaner, il y a quelque chose de touchant dans cette conviction profonde illustrée au bout d'une centaine de minutes empreintes de panache, d'humour, de détermination et de (bonne) musique.