Véritable best-seller au pays du Soleil Levant, le roman tonitruant Battle Royale de Kōshun Takami n'a pas tardé à se propager sur le reste du globe, semant derrière lui un manga, ainsi qu'une adaptation cinématographique. Il faut dire que l'idée de base, à savoir une classe d'adolescents contraints de s'entretuer, est assez aguicheuse. Le cinéaste Kinji Fukasaku était tout indiqué pour diriger le projet, compte tenu de sa filmographie riche en long-métrages violents, avec comme thème de prédilection l'altération de l'éthique et des moeurs de la société japonaise. Un certain penchant que le réalisateur va ici pouvoir exploiter à sa guise, jetant violemment ses jeunes protagonistes dans un récit dystopique effrayant et dangereux, dont peu d'entre eux sortiront vivants. Commence alors une chasse à l'homme effrénée, où le refus de tuer de certains, rencontrent la soif de victoire et de survie des autres. Le plaisir est là, coupable certes, mais bien là, maintenu tout au long du long-métrage par une tension plutôt bien maîtrisée, une ambiance sombre et angoissante et un humour noir grinçant. Il jaillit des scènes de confrontation une violence sauvage, malsaine, d'une animosité effrayante. Et c'est de là que toute l'horreur de Battle Royale prend son sens, dans la déshumanisation, la perte de toute raison et de rationalisme de l'être humain, ici de retour à l'état sauvage. Oscillant entre survival, film d'anticipation, gore et romance, le long-métrage se trouve être plutôt riche, multipliant les sous-intrigues, malgré leur intérêt parfois discutable. Outre la création de la bombe (qui ne sert en rien le scénario), les nombreuses amourettes entre les adolescents auraient tendance à lasser, malgré les enjeux supplémentaires qu'elles insufflent au récit. En plus de ça, le nombre important d'adolescents, leurs noms impossible à mémoriser et leurs ressemblances physiques freinent par moment la bonne compréhension du récit. Dommage néanmoins que Kinji Fukasaku se concentre en particulier sur des protagonistes principaux (choix conventionnel s'il en est mais sauvé par la sympatie du duo Aki Maeda et Tatsuya Fujiwara), délaissant ainsi ses autres protagonistes, sans nous laisser entrevoir leurs histoires et leurs motivations. Les effusions de sang auraient ainsi tendance à prendre le pas sur l'approfondissement du scénario, le message politique du réalisateur étant du coup un peu éclipsé. Car si on ne peut y voir qu'une simple et joyeuse tuerie, Battle Royale va plus loin et fait écho au déchirement inter-générationnel dans la société japonaise actuelle, dû à l'éclatement de la cellule familiale nippone. Les relations entre adolescents et adultes dans le film apparaissent toutes comme complexes ou conflictuelles, que ce soit avec le professeur, ou encore un père. Une scission soulignée même dans la BO du long-métrage, qui opposent des morceaux classiques (Schubert, Bach, Strauss...) qui représentent l'emprise des adultes sur les adolescents, à une musique moderne pop sur la fin du long-métrage, lorsque vient enfin la liberté. Original et bien pensé, à l'image d'une mise en scène effrontée, bourrée d'exagérations et d'incohérences volontaires, avec notamment des personnages criblés de plombs qui continuent de se promener, un gros méchant super vilain et flippant, des geysers de faux-sang à n'en plus finir (il ne serait pas étonnant que Tarantino s'en soit d'ailleurs inspiré pour son Kill Bill), sans parler des acteurs qui surjouent, une manie courante chez les japonais. Vous l'aurez compris, un peu de second degré est souhaitable donc pour apprécier, ou au pire faire abstraction de ces détails. En conclusion, si Battle Royale n'est pas vierge de tout défauts, avec un final qui nous laisse méchamment sur notre faim notamment, il mérite néanmoins son statut de film culte pour l'aventure mortelle et trépidante qu'il propose, ainsi que pour sa portée psychologique et politique.