Adapté d'un succès littéraire au Japon et réalisé en 2000, Battle Royale est une déception esthétique. Certes, le sujet du long-métrage est salutaire et fait preuve d'une belle liberté de ton dans un pays où l'expression n'a pas un statut aussi important qu'en France par exemple. Car c'est bien de cela que parle, dans son aspect le plus important, l'oeuvre de Kinji Fukasaku : de la liberté. La narration est d'une grande simplicité : on nous montre des élèves confrontés à la violence symbolique des adultes qui les oblige à s'entre-tuer afin qu'il n'en reste qu'un, ce qui ressemble paradoxalement à cette hideuse règle de télé-réalité consistant à s'éliminer. Dès lors, nous assistons à un massacre redondant, voire ennuyeux, de tous ces jeunes adolescents ; le sang coule et les nombreux meurtres tentent l'originalité pour nous éviter les bâillements, en vain. On retrouve, comme dans beaucoup de films nippons, un environnement ancré dans une nature sauvage, presque filiale, avec les êtres humains. Mais il faut surtout regarder le film comme une critique de l'éducation. Bâtit sur l'élitisme, le système japonais est célèbre pour sa hiérarchisation des catégories sociales et intellectuelles, marquée d'une grande compétitivité entre le public et le privé. Soumise à la pression des adultes pour atteindre la meilleure école, la jeunesse japonaise est écrasée par la course de la réussite, tout en sachant que la mémoire est davantage sollicitée que la réflexion. Battle Royale, c'est le cri d'une génération face au système qui ne laisse pas assez de place à la liberté individuelle, dénonçant ces parents illusionnés dont une partie des enfants ne partagent même plus la même pensée du travail. En ce sens, le film est intéressant. Cependant, on s'ennuie considérablement, la psychologie des personnages n'étant pas approfondie tout comme la réflexion qui n'ose pas fouiller les causes du problème ; on y voit justes des effets fictifs qui aboutissent à la mort d'une adolescence écrasée. Ironique, on n'en doute guère, on aurait toutefois préféré bien plus de méditation. Dommage.