Un beau matin
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 octobre 2022
À la ferveur des petits mots et des petits gestes, le retour de Mia Hansen-Løve (Le Père de mes enfants, Un amour de jeunesse, L’Avenir, Bergman Island) sur la Croisette symbolise l’abnégation. Il s’agirait de la bonne synthèse de ces précédentes œuvres, précurseurs à même leur titre. L’empreinte de ses parents, enseignants de philosophie, l’a porté à croire un en renouveau constant, là où une vie s’achève, à côté d’une vie qui regarde enfin vers d’autres horizons. Le récit familial conditionne ainsi des pensées qui s’opposent, entre une soudaine mélancolie et la fièvre d’une jeunesse à rattraper. Le sentiment y est sincère, juste et suffisamment élégant pour qu’on y prête attention.

Sandra jongle entre son travail d’interprète, sa jeune fille écolière (Camille Leban Martins), un ami retrouvé et un père dans le besoin. Léa Seydoux porte la charge mentale de son personnage avec une simplicité qui pourrait en dérouter plus d’un, s’il est trop habitué à la voir déguisée et fantasmée dans des projets très soucieux de son image. Ici, sa coupe courte et sa démarche n’ont plus rien du glamour d’un cinéma démonstratif. On se permet de la regarder dans les yeux, quand bien même elle a le dos tourné, afin de sonder une psyché qui s’effondre sur ses principes. À la vue de son père, Georg (Pascal Greggory), souffrant d’un handicap qui lui ôte sa personnalité et sa vivacité, difficile de résister à la tentation de fuite. Le cadre nous rappelle ô combien la souffrance de l’un, impacte fatalement son entourage. Il est donc intéressant de venir greffer d’autres partis, dont le rapport à la mémoire peut devenir une question spirituelle.

Les pensées de son père sont, dès lors, enfermées dans les livres qui l’ont instruit et inspiré. Mais ce que retiendra trop rapidement Sandra, c’est la nécessité de le garder isolé de son petit monde à elle, dans le simple but de rebondir sur sa vie, qu’elle a tendance à oublier. La cinéaste consacre ainsi un pan optimiste sur la réparation des êtres, pour qui le réconfort ne suffit plus. En la plaçant sur le chemin du cosmochimiste Clément (Melvil Poupaud), elle lui donne l’opportunité de laisser la mélancolie derrière elle, tout en acceptant une fin de vie. Toute la tendresse consacrée à cette course épineuse, entre deux adresses d’EHPAD, s’y trouve, avec des conversations qui ne justifient qu’une répétition, qu’un temps à rattraper. Se représenter à chaque fois face à son père devient un calvaire qu’elle ne supporte plus mentalement. Et de son côté, lui non plus n’atteint pas la lucidité qui lui échappe. Il se souvient davantage des choses qu’il perd que des choses qui lui reste et c’est un détail convenu, mais surtout tenu, pour que l’on s’implique dans cette aventure parisienne.

Ce qui peut toutefois laisser perplexe, c’est la fresque accordée à la bourgeoisie locale, qui se vante de participer à des actions écologiques, tout en faisant fi de complaisance la scène qui suit, un verre de vin à la main. Hansen-Løve souhaite caractériser et incarner ce milieu, mais n’y parvient pas naturellement et dilue involontairement ses propos politiques. « Un beau matin » n’est pas non plus teinté d’une noirceur abyssale et se permet de jouer la carte de l’humour, avec une retenue qui entre parfois en contradiction avec son sujet. La cinéaste esquive sans cesse le caractère alarmant de nos aînés, à qui il ne reste plus que la démence pour les qualifier. Il est tout à fait difficile de vivre, mais il n’est pas toujours aimable pour être honnête.
OSC4R _
OSC4R _

81 abonnés 55 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 octobre 2022
C’est un film sur des enfants qui doivent prendre leurs responsabilités. Mais des enfants de tous âges, qui revivent leur passage à l’âge adulte, qui grandissent de nouveau.

Entre la mise en scène simple et réfléchie, les dialogues subtils et chargés, et les comédiens impeccables, difficile de ne pas se laisser emporter.

Pascal Greggory est mille fois convaincant. Melvil Poupaud est trop fort.

Le film aborde énormément de sujets autour d’un thème central, et c’est toujours logique, évident, construit mais sans être attendu.

Il surprend beaucoup. Déjà parce que Léa Seydoux joue bien, mais aussi parce qu’avec ses airs de drame, il sait être drôle, évasif, léger. Il inverse les rôles.
Arthur Brondy
Arthur Brondy

300 abonnés 1 446 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 octobre 2022
Un beau matin est un film délicat et qui nous montre Paris magnifiquement. On y suit Sandra, jouée par Léa Seydoux qui s’occupe de son papa malade. Elle fréquente durant la même période un vieil ami. Tendre, juste, bouleversant. Un vrai régal.
velocio

1 538 abonnés 3 500 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 octobre 2022
Dans "Un beau matin", Mia Hansen-Løve fait preuve, une fois de plus, d’une grande aptitude à raconter les relations familiales et les amours contrariés. Sur un sujet qu’on peut qualifier de lourd, avec une vieillesse qui se passe très mal, avec des passages dans des hôpitaux et des Ephads, elle arrive à donner une certaine légèreté à son film. Elle arrive aussi à dégager une grande émotion sans pour autant tomber dans le pathos. Il faut dire qu’elle est bien aidée par une distribution de très haut niveau, avec, en particulier, Pascal Gregory, d’une impressionnante justesse dans le rôle très délicat de Georg, un septuagénaire atteint par une maladie neurovégétative qui entraine chez lui une perte progressive de la vision et de ses facultés intellectuelles au point qu'il ne peut plus lire alors que les livres ont toujours été sa grande passion . Léa Seydoux s’avère excellente dans le rôle de Sandra,sa fille, une femme intelligente et brillante dans son travail, mais mal fagotée, pas vraiment glamour, autant dire aux antipodes de ses rôles habituels. Quant à Melvil Poupaud qui joue Clément, une ancienne connaissance de Sandra devenue son amant, et Nicole Garcia dans le rôle de Françoise, l'ex-femme de Georg, il et elle sont à leur meilleur niveau. Critique complète sur https://www.critique-film.fr/critique-express-un-beau-matin/
traversay1

4 482 abonnés 5 353 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 juillet 2022
Que ceux qui avaient un peu perdu Mia Hansen-Løve dans Bergman Island se rassurent, l'on retrouve la cinéaste sensible et gracieuse du Père de mes enfants dans Un beau matin, une merveille d'équilibre entre la tristesse et le bonheur que distille parfois simultanément la vie. Depuis ses débuts, la réalisatrice puise dans des éléments personnels et intimes de sa sphère privée, tout en les frottant au plaisir de la fiction. Ainsi, Un beau matin évoque la maladie de son père de manière aussi directe que pudique mais avec la volonté farouche de ne pas uniquement le caractériser par son affaiblissement chronique, en évoquant aussi, par petites touches, celui qu'il a été avant, dans toute son humanité. La question de la transmission est également très présente dans le film, lequel donne de la place à 4 générations de femmes. Au côté d'un Pascal Greggory remarquable, qui a évité, autant que faire se peut, d'être dans la "performance", Léa Seydoux trouve l'un de ses rôles les plus marquants, où elle excelle notamment dans les scènes à émotion, en composant à la fois une mère, une fille et une amante. Le casting, complété par Nicole Garcia et Melvil Poupaud, parfaits, rend la partition de la cinéaste délicate et poignante. Mais ce qui rend ce film si brillant et touchant en même temps, est une qualité déjà évidente dans plusieurs films précédents de Mia Hansen-Løve, et qu'elle partage avec Mikhaël Hers, par exemple, à savoir la gestion des temporalités avec des ellipses douces comme de la soie. Point besoin d'avoir une mise en scène voyante pour faire passer des sentiments complexes et contrastés, la réalisatrice y parvient par des scènes courtes et un montage d'une absolue fluidité.
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