La vie mouvementée et courte (38 ans) de Michelangelo MERISI da CARAVAGGIO (1571-1610) dit Le Caravage, a inspiré 8 documentaires récents (entre 2010 et 2022), 3 films de fiction, avant celui-ci, de 1941 à 2011, par des réalisateurs italien, britannique et américain et 2 téléfilms italiens en 1967 (avec Gian-Maria Volonte dans le rôle-titre) et 2007. Comme souvent dans une biographie, le film débute par la fin (1609, 1 an avant sa mort) et se construit à partir de flash-backs, le fil conducteur étant l’enquête menée par un agent pontifical dit L’Ombre (Louis GARREL) sur la vie du peintre (Ricardo SCAMARCIO, 3e collaboration avec le réalisateur), accusé du meurtre de Ranuccio Tomassoni, et que le pape pourrait gracier. Le réalisateur a choisi de reproduire le style du peintre avec des scènes réalistes, un cadrage et une lumière reposant sur le clair-obscur, ce que d’aucuns qualifieront d’académisme. Plus qu’une biographie, c’est aussi un thriller et un film politique mettant en évidence le rôle démesuré et mortifère [cf. Bruno Giordano (1548-1600), frère Dominicain condamné par Clément VIII au bucher pour ses opinions blasphématoires (non virginité de Marie, héliocentrisme] des États-Pontificaux [ici, sous la papauté de Clément VIII (1592-1605) et Paul V (1605-1621), de son vrai nom, Camille Borghèse. On y retrouve l’ambiance du film « Le nom de la rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, même s’il se déroule au XIVe s. Le Caravage a un immense talent [comme sa consœur Artemisia Gentileschi (1593-1656) qui fut son élève], reconnu par quelques membres de l’Église dont le cardinal del Monte et le neveu du Pape, le cardinal Scipion Borghèse ; il connait bien les Évangiles mais c’est un artiste proche des humbles et des pauvres [comme Philippe Néri (1515-1595), fondateur de la Congrégation de l’Oratoire), libre, insoumis [un peu comme Mozart dans « Amadeus » (1984) de Miloš Forman, musicien génial mais à la vie débridée qui choque Antonio Salieri qui mène, lui, une vie chrétienne] et ayant une vie d’errance (originaire de Milan, il quitte Rome pour Naples puis Malte), ce qui l’empêche de participer à la décoration de la basilique Saint-Pierre-de-Rome) et donc subversif (représentant la Vierge Marie et les Saints en prenant modèle sur des hommes du peuple et des prostituées, provoquant le doute auprès des croyants), ce que l’Église lui reproche, tentant de le discréditer à travers l’enquête sur sa vie dissolue (bisexualité, fréquentation des prostitués et querelles nombreuses).