Le pinceau et l’épée
J’ai toujours eu une passion pour la peinture du Caravage. Aussi ne pouvais-je que me réjouir de la sortie sur les écrans du film de Michele Placido, le réalisateur de Romanzo criminale ou de L’ange du mal. S’il ne peut être considéré comme un grand cinéaste, c’est un bon artisan à l’origine de bons films solides et honorables. Italie 1609. Accusé de meurtre, Le Caravage a fui Rome et s’est réfugié à Naples. Soutenu par la puissante famille Colonna, Le Caravage tente d’obtenir la grâce de l’Église pour revenir à Rome. Le Pape décide alors de faire mener par un inquisiteur, l’Ombre, une enquête sur le peintre dont l’art est jugé subversif et contraire à la morale de l’Église. 120 minutes plus tard, je suis toujours épater par la maîtrise de Placido, quant au fond, par contre, il y a beaucoup à dire et surtout à regretter. Une impression mitigée.
Quelle pagaille ! Splendide, mais pagaille tout de même. Histoire ou fiction ? Au présent ou au passé ? On se pose ces questions pendant deux heures d’un portrait éclaté souvent difficile à suivre. On ne sait jamais qui est qui, où l’on est, à quel moment de la vie du peintre. Quels sont les personnages réels ou inventés ? Bref ! Quant à la mort du peintre présentée ici, elle est totalement inventée. Voilà pourquoi il me paraît abusif de parler de biopic. Ce qui reste d’un réalisme total, c’est le portrait qui est fait de ce pur génie avec ses vices et ses vertus, un Caravage viscéral, aussi violent qu’inspiré. Ce qu’on retient avant tout, c’est bien la noirceur impénétrable d’un génie capable d’illuminer le monde par son art et d’un individu en conflit avec lui-même. Les images, les lumières, les décors et toute la reconstitution sont absolument impeccables. On est ainsi promené de somptueux et gigantesques palais appartenant à la noblesse ou à l’Église en tavernes populaires et gourbis de campagne. Le film, très rythmé, même si quelques dialogues abscons viennent le ralentir, décrit tout à la fois, le génie, la folie – souvent décadente -, d’une sorte de rock star écorchée vif, éprise de vérité et de fureur créatrice.
En haut de l’affiche, l’incroyable Riccardo Scamarcio, quasi sosie de l’artiste et aussi brulé de l’intérieur que lui. Louis Garrel, incarne « L’Ombre », un personnage totalement imaginaire qui sert de fil rouge à cette enquête autour de la vie et de l’œuvre du peintre. Citons encore Isabelle Huppert, Lolita Chammah, et le réalisateur lui-même, parfait en Cardinal del Monte. Le parti pris de faire surgir la beauté de la misère, la saleté et la violence sauve le film de l’académisme qui reste le grand piège de ce genre de portrait. Une fois de plus, si le génie naît du chaos, la confusion du scénario n’aide pas à apprécier à sa juste valeur ce que certains n’hésitent pourtant pas à qualifier de capolavoro. Beau mais confus.