Fins de soirées diffciles
Pour les personnages de cette grosse entreprise de démolition signée Jean-Christophe Meurisse, c’est certain. Pour les spectateurs sûrement pas à condition d’apprécie l’esprit cynique et grivois du Hara-Kiri des années 60, - si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le ! -. 102 minutes très dérangeantes mais d’une originalité telle qu’on n’a pas le droit de passer à côté, histoire de se faire une idée. Au même moment en France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de rock, un ministre est soupçonné de fraude fiscale, une jeune adolescente rencontre un détraqué sexuel. Une longue nuit va commencer. Les chiens sont lâchés. L’ombre du professeur Choron et de Cavanna plane sur cette comédie noire. Ce film a été présenté en séance de minuit au Festival de Cannes 2021… on comprend mieux pourquoi.
Ces Oranges sanguines – ô combien ! -, sont politiques et surtout incorrectes, en montrant une vision critique de la société française. Tout le monde en prend pour son grade. On dira pour résumer que cette comédie exprime le bon-sens de gauche… enfin quand la gauche existait encore. La scène du ministère avec les idées de réformes pour gagner du pognon est emblématique de cet esprit. On pourrait penser que tout y est exagéré mais la réalité est encore pire que ce que qui est montré, sachons que les scénaristes ont été conseillé par des figures politiques de premier plan. Ça fait frémir. C’est un peu filmé à la hache et éclairé à la va-comme-j’te-pousse, mais on s’amuse beaucoup tout en sachant que dans le genre clivant, on atteint les sommets. Le film entremêle plusieurs récits, sans rapports évidents des uns avec les autres, afin de livrer un croquis de la société française, ce qui donne à l’ensemble la forme d’un film à sketches en forme d’OVNI. Mais les ambitions du film, qui passent par l’irrévérence, le mauvais goût et même le trash, sont parfaitement assumées et abouties. Un formidable jeu de massacre.
Outre les têtes d’affiche que sont Denis Podalydès, Blanche Gardin, - ahurissante en gynéco cynique -, Vincent Dedienne, Olivier Saladin, Christophe Paou, qui s’en donnent à cœur joie, on retrouve au casting des membres de la compagnie de théâtre des Chiens de Navarre fondée par le réalisateur. Ça sent bon l’impro et c’est follement réjouissant. Un must dans le genre, mais qui laissera pas mal de gens sur le côté du chemin. Cette comédie, qui explose tous les critères habituels du genre, a même le culot de ne nous présenter que des personnages antipathiques, cruels, parfois même stupides, et pourtant, on les suit avec gourmandise dans un de ces moments très rares que peut encore nous réserver un cinéma iconoclaste et déglingué. Une sorte d’Affreux, sales et méchants à la française.