Le personnage historique le plus représenté au cinéma est, sans surprise, et de très loin, Napoléon Bonaparte, suivi parait-il de Hitler et de Jésus. L'empereur est aussi le plus incarné dans les asiles mais ce n'est pas précisément le sujet. Quid donc de la nouvelle folie de Ridley Scott, qui a osé prendre la suite de Abel Gance (lyrisme à tous les étages) et Sacha Guitry (malice et fantaisie) dont il aurait pu reprendre l'idée de confier l'interprétation de son héros à deux comédiens, de Bonaparte (Gélin) à Napoléon 1er (Pellegrin). Cela aurait évité à Joaquin Phoenix de jouer le rôle du futur vainqueur d'Austerlitz de l'âge de 24 ans (au moment de l'exécution de Marie-Antoinette) à sa mort, intervenue à 51 ans, soit, à deux ans près, l'âge actuel de l'acteur. Question crédibilité, cela part donc mal au côté de Vanessa Kirby, plus proche du personnage de Joséphine de Beauharnais, laquelle était d'ailleurs l'aînée de 6 ans du Corse. Mais passons car ceci n'a pas dû intéresser Ridley Scott, qui n'a pas non plus tergiversé quand s'il est agi de faire parler tout ce beau monde dans la langue de Shakespeare, superproduction internationale oblige. Faut-il aussi laisser de côté les raccourcis ou approximations historiques et certains oublis gênants (la campagne d'Italie, essentielle au glorieux destin de Napoléon ou ses décisions en matière de politique intérieure, capitales) ? L'on peut évidemment arguer que le film est amputé de deux heures par rapport à la version intégrale qui sera proposée plus tard sur une plateforme, mais cela ne change guère l'impression que le réalisateur a voulu filmer "son" Napoléon, le guerrier et l'amoureux, principalement, en se débarrassant de ce qui l'éloignait de son cahier des charges. Sachant qu'avec le cinéaste de Blade Runner, l'empire n'est jamais sûr, Napoléon n'est pas un film catastrophique, n'exagérons rien, mais le sujet dépasse largement ses compétences, lui qui s'était révélé avec le très brillant Duellistes, dont le récit inspiré s'appuyait sur un scénario cohérent et exaltant. Rien de tel ici, où hormis les images spectaculaires d'Austerlitz, le film semble progresser de vignettes en saynètes plus ou moins bien confectionnées, avec énormes ellipses à la clé. Reste la romance entre la Beauharnais et son mari où Ridley Scott semble résister à l'idée de faire de celle-ci le personnage principal de son film. Les scènes entre les deux protagonistes sont les plus captivantes même si certains trouveront sans doute le Napoléon transi d'amour un tantinet benêt. Cela le rend plus humain et peut-être pas si éloigné de la vérité, si l'on se réfère aux lettres enflammées qu'il envoya à sa bien-aimée.