Black Phone — le tueur en série qui décroche jamais… mais t’appelle quand même
Bienvenue dans l’Amérique des années 70, celle où les gamins rentraient seuls de l’école, où les darons fumaient à table, et où les psychopathes avaient pignon sur rue. C’est là que débarque Black Phone, un film qui te rappelle que l’époque bénie sans smartphone, c’était aussi celle où tu pouvais finir enfermé dans une cave par un clown masqué sans que personne te retrouve avant le JT de 20h. Scott Derrickson (le mec de Sinister) signe un retour à l’horreur à l’ancienne : crade, poisseuse, et sans jumpscares de TikTokers.
Ethan Hawke, c’est le genre de mec qui peut te réciter La Fontaine en t’effrayant à mort. Ici, il joue un tueur avec un masque digne d’une collab entre Satan et Jim Carrey. Il enlève des mômes et les garde dans une cave insonorisée, comme un collectionneur de malheurs. Il est glaçant, imprévisible, presque trop calme. On dirait un croisement entre Hannibal Lecter et un prof de yoga qui a mal tourné. Sa performance, c’est de l’horlogerie suisse : pas un mot de trop, chaque regard te fout la gerbe.
Le concept du film, c’est ce téléphone noir accroché au mur. Mort depuis des années, mais qui sonne quand même. Et quand le gamin décroche, c’est les anciens morts qui lui parlent. Le film aurait pu virer au ridicule, façon hotline du purgatoire, mais non : ça marche. C’est glaçant, bien écrit, et le côté paranormal vient renforcer la tension sans jamais tomber dans le grotesque. Ce téléphone, c’est un peu la vengeance du filaire contre la 5G.
Visuellement, Derrickson te balance une ambiance sale, moite, pleine de bruit de respiration et de silence pesant. Le sous-sol, c’est presque un personnage à part entière : un espace étouffant, vide, où la peur suinte des murs. La lumière jaune, la pellicule granuleuse, tout te renvoie dans un cauchemar rétro à la Stranger Things mais sans les ados cools ni les clins d’œil de hipsters. Ici, y’a pas de synthwave ni de vélos : juste la peur brute, la vraie, celle qui te serre la gorge.
Le petit Mason Thames assure grave. Le môme passe de victime à stratège sans jamais devenir un super-héros. Pas de révolte hollywoodienne ni de punchlines (enfin, si, des vraies). Et sa sœur, jouée par Madeleine McGraw, est un rayon de lumière au milieu de toute cette crasse. Elle prie, elle rêve, elle balance des insultes à Jésus — bref, elle a plus de couilles que la moitié des adultes du film. Le final est sec, violent, jouissif. Ça ne révolutionne pas le genre, mais ça le respecte, et ça, c’est déjà héroïque aujourd’hui.
Black Phone, c’est un uppercut. Pas besoin d’un démon en CGI ni d’un prêtre en crise de foi : juste un tueur, un gosse, et un téléphone qui grésille. C’est simple, efficace, angoissant comme un sermon du dimanche après une cuite. Ethan Hawke signe l’un de ses rôles les plus flippants, Derrickson prouve qu’il sait encore faire du vrai cinéma d’horreur, et toi, tu ressors en vérifiant que ton téléphone est bien débranché. Bref, décroche pas.
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