"La frustration engendre des monstres et une fois de plus, le Texas les abrite !"
Ti West (“The House of the Devil�, “The Innkeepers�, “In a Valley of Violence�), réalisateur américain de 42 ans, semble ne pas être né à la bonne époque. En effet, au vu de sa filmographie, il est acté que le bonhomme voue un amour inconditionnel au cinéma des années 70 et début 80. “X�, sa dernière réalisation en est une preuve indéniable, en plus d’être un film réellement intéressant à bien des égards.
Les premières minutes sont d'ailleurs sans équivoque, Ti West s’est transformé en Tobe Hooper version “Texas Chainsaw Massacre�. À travers la porte d’une grange, on aperçoit une vieille ferme, sur le perron trône une voiture de police. Un travelling avant dévoilera une deuxième voiture, puis une troisième. A l’intérieur de la maison, dans le poste de télévision, un évangéliste crache sa bile verbale sur les suppôts de Satan et l'univers de perdition qu’est le sexe (des propos qui prendront bientôt tout leur sens). Un officier de police et ses hommes s’arrêtent devant des corps sous des draps ensanglantés. En quelques minutes, Ti West - au même titre qu’Hooper avec ses clichés morbides dans le cimetière - vient de poser les jalons du récit horrifique qui va suivre. Nous sommes en 1979, lorsqu’une petite équipe de tournage d’un film pour adultes, quitte Austin (Texas) pour la campagne. Composé de Wayne (Martin Handerson), le manager motivé, de R.J (Owen Campbel), le caméraman qui veut faire du Godard, d’une jeune preneuse de son (Jenna Ortega), de deux actrices (Mia Goth et Brittany Snow) et d’un comédien noir (Scott Mescudi), la fine équipe s’enfonce dans les profondeurs texanes, véritable lieu de perdition pour toute une génération de cinéastes. Le petit groupe investit la dépendance de la propriété d’un couple d’étranges retraités, en leur ayant bien évidemment caché la nature du film en préparation. N’oublions pas qu’au Texas, les apparences peuvent être trompeuses ! À noter que la photographie lumineuse et poussiéreuse, couplée à la luxuriante végétation naturelle, donne au film cette touche d’authenticité qui fait la différence. Rien à voir avec le dernier “Texas Chainsaw� chez N…..X, tourné en Bulgarie dans un décor à la Scooby-Doo ! Bref, de l’authenticité, je vous dis ! Quand on ne prend pas le spectateur pour un neuneu, on peut lui raconter une histoire. Et celle de “X� va s’écrire en lettres de sang. Le choc du citadin contre l’autochtone et la fracture générationnelle seront les leitmotivs de ce troublant survival au relent de slasher, mais pas seulement, car le film cache une trame sociétale, comme ce fut le cas avec “Texas Chainsaw Massacre� (1974). À l’époque, c’était le trauma Vietnamien et la désertification des campagnes qui hantaient le Texas de Hooper. ! Avec “X�, sous couvert d’une véritable révolution sexuelle et surtout culturelle, Ti West nous narre les prémices de l’énorme industrie pornographique domestique en devenir lorsque Wayne au détour d’une conversation dit : “Bientôt, avec nos films, les gens pourront regarder du porno dans le confort de leur salon, sans peur du jugement�. Plus qu’un jugement, c’est une véritable guerre idéologique que mène une Amérique prude, traditionaliste, et ultra-religieuse s'échinant par tous les moyens, à contrer ce qu’elle appelle le Mal absolu...