La vengeance est un plat qui se déguste entre deux popcorns ! On n'a pas vu les 3h passer (on sait qu'elles sont là, le film est "copieux", sans que cela ne soit désagréable : on ressort juste en n'ayant vraiment plus faim), Pierre Niney est étincelant comme jamais (le rôle où il nous a scié), les intrigues se suivent popcorn suspendu dans les airs à mi-chemin de la bouche (salle pleine à craquer : pas un seul bruit dans les scènes silencieuses d'explications), nous-même en train de laisser fondre la glace sur les genoux (tant pis pour le froc, mais on est trop bon public pour les intrigues à suspens). Alors non, ô malheur, on n'a pas lu le lourd roman (1900 pages) d'Alexandre Dumas, on n'a pas vu le téléfilm avec Gérard Depardieu, on n'a même quasiment jamais entendu parler de l'histoire du Comte de Monte Cristo (on a fait des saltos arrière à la première bande-annonce qui spoile tout), et quelle histoire ! Les faux-semblants, les trahisons, l'injustice, mais surtout trouver la force d'être quelqu'un de bien même au travers de la pire haine possible (oui, on a versé une grosse larme lors d'une des scènes finales), Le Comte de Monte Cristo recèle de valeurs universelles dans lesquelles on peut tous se reconnaître, et Pierre Niney est la meilleure toile pour qu'on se projette dans cette histoire rocambolesque. On n'oublie certainement pas les rôles secondaires brillants, à commencer par Anaïs Demoustier déchirante en femme abusée, Laurent Lafitte vraiment cathartique dans les rôles de "méchant" (on le dit poliment), Patrick Mille impeccable en vilain simplet, Pierfrancisco Favino qui nous a (encore) fait verser la petite larme (il a un quart d'heure d'écran, mais il ne vient pas pour rien), et les jeunes acteurs fabuleux que sont Vassili Schneider (le fils de la femme aimée, que Monte Cristo doit faire tomber), et Julien de Saint Jean (le fils du méchant, que Monte Cristo doit réintégrer à la vie mondaine : c'est contre-intuitif, et c'est là que c'est génial). Les prothèses faciales sont impressionnantes (on a beau capter que la jointure se fait au-dessus des pommettes, impossible de voir les bords : superbe), les costumes flattent l’œil, la musique s'écoute presque yeux fermés (il ne faut pas, vous allez rater le film), les décors sont magnifiques (tant les châteaux - à moitié numériques ! : croyez-le ou non - que les paysages ensoleillés du Gard et de l'Hérault), le rythme est plus que soutenu : tout, vraiment tout, dans cette production, nous a agréablement surpris. Allez, si l'on voulait chipoter, on pourrait redire à la facilité (à but de romantisation) de quelques scènes (
l'ellipse quand Monte Cristo remonte à la surface près de la prison, pour éviter de dire que les gardes l'ont vu ou l'ont pourchassé - comme le Chef gueule à l'évasion depuis cinq minutes... -, ou le grand classique littéraire du personnage dont on se débarrasse "mais en fait non, car un témoin était dans le buisson et l'a sauvé"
) ou un certain nombre de personnages qui peut déstabiliser (
la fille de Victoria, qui reluque Suzanne au lieu du "Prince" : on n'a pas bloqué sur sa préférence sexuelle, mais sur le fait qu'on a hésité sur l'identité de son père, et surtout "mais c'est qui, Suzanne ?"
). Un film copieux, comme on a dit, en aventures, en romances, en vengeances cathartiques (on ricane du malheur des méchants) et générosité au milieu de la colère (de l'émotion, ce qui nous a le plus plu), en multitudes d'intrigues dans lesquelles le Monte Cristo jette ses lignes en attendant de tout ferrer d'un coup (et on ne veut rater cela pour rien au monde), et un très grand soin qualitatif qui fait du bien. Cela faisait longtemps qu'on n'avait plus vu telle démesure, telle envie de cinéma, tel film familial qui nous prend au jeu de ses histoires dont on veut absolument savoir la fin, et évidemment tel casting qui n'est pas là pour aligner les jolis noms sur l'affiche, mais se donne à mille pour cent. Et, à ceux qui ne sont pas d'accord, on a un bâtonnet de glace fondue bien affuté : en garde !