Un film soigné mais sans tension, qui retrouve l’univers de Predator sans jamais en raviver l’instinct.
Un Predator dans la prairie, une héroïne contre les traditions et un chasseur venu d’ailleurs. L’idée était belle : ramener la saga à son essence, la confrontation primitive entre la ruse et la force. Mais entre l’ambition et le résultat, la flèche s’est perdue dans la brume.
Sorti en 2022 sur la plateforme Hulu, Prey est un préquel à la franchise initiée par John McTiernan en 1987. Le film se déroule en 1719, au sein d’une tribu comanche des Grandes Plaines. Réalisé par Dan Trachtenberg, tourné en Alberta et accompagné d’une version doublée en langue comanche, il cherche la justesse historique et culturelle. Sur le papier, tout respire la sincérité et le respect d’un peuple souvent trahi par le cinéma. Dans les faits, cette quête d’authenticité débouche sur un film appliqué, visuellement soigné, mais sans véritable intensité.
Le scénario reste prévisible, la tension artificielle et les dialogues peinent à donner chair aux personnages. Prey veut paraître minimaliste, mais frôle le vide. La première demi-heure, lente et hésitante, accumule les incohérences, les animaux agressifs par convenance et les plans contemplatifs sans portée. Le rythme s’améliore ensuite, sans jamais retrouver de souffle durable.
L’héroïne, Naru, incarnée par Amber Midthunder, incarne un modèle d’émancipation trop parfait pour être crédible : elle anticipe tout, comprend tout, réussit tout. On sent la volonté de célébrer la revanche féminine, mais sans faille ni nuance. En cherchant à prouver qu’une femme peut affronter le danger, le film oublie de la rendre humaine.
J’ai eu du mal à m’attacher au récit. Par moments, j’y croyais, je me laissais prendre à l’ambiance, puis un cliché ou un dialogue creux venait tout casser. À chaque fois que le film semblait trouver son rythme, quelque chose d’appuyé me faisait décrocher. J’espérais retrouver l’énergie, la tension, le danger des précédents Predator, mais cette intensité ne revient jamais. Peut-être que ma nostalgie me joue des tours, mais ce Prey m’a paru trop sage, trop lisse, comme s’il refusait d’affronter la brutalité de son héritage.
Malgré tout, le film trouve une cohérence dans sa manière de filmer la nature. La forêt, la rivière et les plaines respirent selon leurs propres lois. Ce rapport charnel à l’environnement demeure sa plus belle réussite. Le Predator y devient une anomalie, un chasseur étranger dans un écosystème équilibré. À travers lui, Prey évoque la domination coloniale, la présence des trappeurs français et la fin d’un monde ancien. Ces passages symboliques offrent une lecture plus riche, même si la représentation des Comanches et des colons reste caricaturale, réduite à un affrontement binaire.
Prey célèbre la ruse, la survie et la mémoire, mais sa mise en scène manque de tranchant. Les idées s’enchaînent sans relief, la tension retombe, et la conclusion, attendue, referme le piège sans éclat. Un film sincère et ambitieux dans ses intentions, mais figé dans son exécution. Beau à regarder, inspiré mais sans fièvre ni danger.